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FONDATION DE LA VILLE DE CONSTANTIN. J

ne songea pas à Rome, ne l'ayant guère habitée, mais à une capitale située en Orient et peu distante des ennemis les plus redoutables de l'empire, les Goths et les Perses.

Il n'eût pu découvrir d'emplacement plus approprié à ses vues que l'antique Byzance. De son temps, dévastée en grande partie par Licinius, qui, de co-régent, était devenu l'ennemi de Constantin, elle ne possédait pas grande importance ; mais il suffit de voir une fois son incomparable situation pour s'étonner de ne pas y trouver, dès les âges les plus reculés, une ville puissante, un grand centre politique, et l'on comprendra sans peine que Constantin l'ait choisie pour y établir sa nouvelle résidence (328). Au milieu du détroit qui unit le bassin de la Méditerranée à la Mer Noire, s'ouvre, sur un mille et demi, une petite baie étroite, dont les eaux profondes, protégées contre les ensablements par des courants maritimes et l'afflux d'une rivière, forment un port naturel, qui présente un mouillage toujours sûr, à l'abri de toute attaque, pour un nombre presque illimité de navires. La rive occidentale de cette baie, connue de temps immémorial sous le nom de Corne (Voï\ voit s'étendre la ville sur une langue de terre terminée en pointe ; de deux côtés, l'eau lui fournit nn rempart naturel ; quant à la partie, beaucoup moins considérable, qui fait face au continent, il est facile de la mettre en parfait état de défense. De plus, les courants maritimes de la Propontide, qui se dirigent vers le Sud et les vents du Nord, qui

y régnent en été, rendaient toute attaque du côté de la mer extrêmement difficile pour les navires, qu'on ne manœuvrait alors qu'au moyen de voiles ou de rames. Et c'est ici que l'Asie et l'Europe prennent contact et rivalisent par la richesse de leurs productions de terre et de mer.

Les plans grandioses de Constantin étaient encore favorisés par ime circonstance, qui, dans l'antiquité surtout, avait sa très grande importance : c'est que, tout près de là, à Prokonnése, on trouvait un marbre brillant, qui a valu à l'île le nom de Marmara, ainsi d'ailleurs qu'à la mer qui l'entoure.

Mais la grande ville qui allait s'élever aux confins de la Grèce et de l'Asie n'était nullement destinée, dans l'esprit de son fondateur, à reproduire quelque combinaison d'éléments grecs et romains dans son architecture ou dans son aménagement. Les courtisans avaient beau le comparer à Alexandre le Grand : il ne rêvait pas, comme lui, d'unir l'Hellade et l'Orient. Loin de là, la ville devait être romaine, purement romaine, par son administration, sa langue et son architecture: pour mieux dire, c'est Rome elle-même qu'on voulait transporter sur le Bosphore. Le témoignage d'écrivains du quatrième siècle, catégorique dans sa concision, l'établit en toute évidence. L'anecdote suivante, que nous raconte un auteur beaucoup plus récent, tout en n'étant qu'une légende, ne prouve pas moins que la postérité la plus lointaine avait conservé le souvenir du but que poursuivait Constantin.

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