‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 5 sur 122 · CARACTÈRE CHRETIEN ET ROMAIN DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE CHRETIEN ET ROMAIN DE CONSTANTINOPLE

« Lorsque Constantin le Grand, nous dit-on, voulut peupler sa ville, et transplanter notamment à Byzance les Romains de haut rang, il les envoya chez le roi de Perse après leur avoir fait enlever en secret les anneaux portant leur cachet. Puis, des émissaires se rendirent à Rome, et en produisant les anneaux, décidèrent les femmes, les enfants et les esclaves de leurs possesseurs à les suivre en Orient, où, disaientils, les réclamaient leurs seigneurs et maîtres. — Pendant ce temps, Constantin avait chargé des architectes de relever le plan des maisons de Rome et de les reproduire dans la même forme, sans oublier les sentiers raides et tortueux qui les séparaient. Quand donc les maris revinrent du fond de l'Asie, croyant encore avoir devant eux un long voyage pour parvenir à Rome, l'empereur leur dit : « Je me charge de vous procurer vos maisons dès ce soir ». Et lorsque en effet, ce même soir, ils revirent tout comme ils l'avaient laissé à Rome, tout, jusqu'à la vue qu'ils avaient de leurs fenêtres, ils crurent qu'un rêve leur montrait leur ville. Mais quand ils y retouvèrent aussi leurs familles et leurs serviteurs, leur étonnement ne connut plus de bornes ».

Pareille ville ne pouvait s'appeler autrement que la nouvelle Rome. On baptisa de noms latins jusqu'aux villages qui l'entouraient. La flatterie officielle suggérait le nom de Constantinople ; mais, pour le peuple, de nos jours encore, c'est la ville, r Urbs et, plus tard, la Polis par excellence : ce dernier nom subsiste encore chez les Turcs, dans

le mot de Staniboul, c'est-à-dire, en français, à la ville.

L'érection de la nouvelle cité exigea un déploiement extraordinaire d'efforts. Constantin lui-même, dit-on, détermina l'étendue qu'elle devait avoir et ses courtisans furent stupéfiés de voir à quelle distance les murailles allaient se dresser au delà de l'ancienne ligne de défense de la cité. Dans cette enceinte, un beau et vaste palais s'éleva sur le modèle de celui de Rome, dont il avait la grandeur ; un hippodrome y attenait, car c'était là, au temps de l'empire, le centre de la vie romaine. On ne tarda pas non plus à installer un sénat, des places publiques (fora), comme à Rome, des arsenaux et des travaux de défense de tout genre.

Il y avait toutefois un point qui distinguait de

Rome, la nouvelle résidence : elle fut, dès l'origine,

î une ville chrétienne. Dans l'Occident, on honorait

encore les images des dieux ; une grande partie de

l'aristocratie romaine continuait à fréquenter les

4emples païens et le peuple restait si attaché aux

prescriptions de l'ancienne religion, qu'à la fin

même du siècle qui vit triompher le christianisme,

on enterra vive une vestale pour la punir d'avoir

violé son vœu de chasteté. A Constantinople, rien

de semblable: les statues des dieux, amenées de

toutes les régions de l'Hellade, n'étaient plus que

j des œuvres d'art qu'on expédiait à un musée central

• d'antiquités. C'est que Constantin avait fait du

\ christianisme la religion de l'état et bien ^e, dans

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