LE SYMBOLISME DANS LA DÉCORATION
des signes avant-coureurs de la nouvelle religion : telle était la représentation d'Orphée, sous le nom duquel circulaient des poésies à tendances monothéistes ; telles ces couronnes, récompense de ceux qui avaient achevé la lutte de la vie ; tels ces paons, dont la chair passait pour être soustraite à la corruption. Il en était de même des représentations du bon pasteur, du poisson, de la colombe, de l'agneau, du palmier : on employait tous ces motifs pour rappeler à la communauté ses croyances et ses espoirs, au moyen de la langue de naïves images.
Ce qui attire dans cette symbolique , c'est un caractère de joie. Dans cet art de croyants souvent méconnus ou persécutés, on ne trouve pas trace d'aftiiclion, d'irritation, de vengeance ou de terreur. L'histoire biblique faisait aussi l'objet de représentations ; mais c'étaient certains tableaux constamment reproduits; dont le but était toujours le symbole, le caractère obscur de beaucoup de ces symboles prouve qu'ils sont nés dans un cercle limité d'initiés. On n'invente guère de nouvelles formes d'art ; on ii préférait donner à d'anciennes représentations un sens nouveau et impropre ; ou bien encore on tolé- l' rait les images païennes quand elles ne choquaient { pas les croyances chrétiennes. On allait fort loin dans l'emploi que l'on faisait ainsi de l'antiquité ; rappelons - nous, par exemple, cette mosaïque en petites pierres de couleur qui a servi à orner le sol : au milieu d'une couronne entourée de branches détachées, se lit dans un cadre carré l'inscription
suivante, qui serait mieux placée dans la bouche d'un stoïcien revêche que dans celle d'un humble chrétien : « Le juste est à lui-même sa loi ».
Ces courtes remarques sur Tart chrétien primitif, qui devait bientôt s'éclipser en Occident avec la civilisation classique, étaient nécessaires pour montrer plus clairement parle contraste, comment, en^rient, les changements politiques ont favorisé une renaissance artistique brillante. Ici rancienne civilisation ne périt point ; elle s'est même développée, mais en prenant une direction vers laquelle elle commence à peine à s'orienter dans l'antiquité classique. L'art des chrétiens n'est plus l'expression des sentiments d'une communauté libre, d'abord persécutée et, plus tard, tacitement tolérée. Il est maintenant au service d'une église dont les enseignements prennent de plus en plus la forme d'un système solidement établi ; le symbolisme passe à l'arrière -plan et l'art de TEglise triomphante, l'art joyeux qui chante victoire, devient historique et dogmatique.
~ Il va de soi que, là où se concentrait la force de l'empire, là aussi devait se manifester son art. C'est en Orient qu'était né le christianisme ; aussi, à l'origine, Antioche et Alexandrie eurent-elles, au point de vue du nouveau système, une plus grande importance qu'une capitale qui venait à peine de naître; mais, dès le quatrième siècle, en Asie mineure et sur le Bosphore se manifeste un art particulier, moins simple que celui de l'Occident.
L'art byzantin naît de ces éléments originaux, à la