‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 44 sur 122 · SAINTE SOPHIE · texte numérisé non relu

SAINTE SOPHIE

contraire, toutes les cérémonies se font à l'intérieur, i et quand le prêtre célèbre le sacrifice de la messe, ^ s'il dirige aussi les regards vers l'Est, c'est en tournant le dos à la communauté. Cette différence entre les cultes nous explique pourquoi on ne peut transformer en églises chrétiennes que les temples païens d'une certaine dimension, et pourquoi, dans la plupart, il fallut encore transporter l'entrée de l'Est à l'Ouest. Il en fut ainsi, par exemple, pour le Parthénon, lorsqu'on en fit une église de la' Sainte Vierge. C'est aussi cette modification des idées au sujet du culte qui nous fait comprendre pourquoi la brillante décoration des murs extérieurs avait, chez les païens, beaucoup plus de raison d'être que dans les temples chrétiens.

Au milieu de Ste Sophie s'élèvent quatre piliers gigantesques, reliés par des arcs^ dont chacun est^'f*;^' distant de plus de vingt mètres du mur extérieur de l'église. Au-dessus de ce carré s'élance la coupole J" * ^/*» dont le bord inférieur touche le sommet des arcs et u*J^^ s'appuie, en outre, sur la base des triangles sphériques \j[Z^ concaves qui relient les arcs entre eux. Ces parties surplombantes ou pendentifs , pour employer le terme technique, présentent la solution du pro blême consistant à construire une voûte circulaire sur une surface rectangulaire.

La coupole s'élance légèrement dans les airs et, de presque tous les points de l'église, on peut suivre jusqu'au sommet ses lignes courbes. Aux côtés est et ouest de cette voûte principale s'épaulent deux

grandes demi-coupoles, pourvues chacune de deux niches, tandis que la voûte de l'abside prolonge encore vers l'orient la profondeur du plan principal. Et Ton a ainsi obtenu un espace oblong, flanqué de nefs latérales à deux étages qui reposent sur des arceaux sphériques ; à l'ouest, obliquement par rapport à l'entrée, se trouve un double narthex (également â deux étages) ; le second portique donne accès par neuf portes au vaisseau de l'église.

Ce que cette église avait de commun avec la basilique plus ancienne de Constantin, c'étaient l'extension de la partie centrale et le second étage des nefs latérales ; de bonne heure déjà en Orient, on trouvait cet étage nécessaire pour assurer aux femmes des places séparées. Ce qui la distinguait des églises antérieures, ce. qui en a fait le monument destiné à influencer, plus peut-être que tout autre, l'architecture des temps ultérieurs, c'est la manière géniale dont ses coupoles et ses demi-coupoles sont combinées pour attirer le regard vers le haut et pour créer, tout en maintenant le plan rectangulaire réclamé par les besoins du culte, un centre de lumière et d'air comme une clairière dans les bois.

Quand on voit pour la première fois l'église de St-Pierre à Rome, avec sa lourde splendeur, déparée en plus d'une place par de vains monuments funéraires, on ne s'aperçoit pas qu'on se trouve à l'entrée de la plus grande église de la chrétienté. Il faut avoir comparé à l'ensemble certaines subdivisions dont les dimensions sont appréciables à

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