‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 45 sur 122 · STE SOPHIE ÉGLISE CHRÉTIENNE ET MOSQUÉE · texte numérisé non relu

STE SOPHIE ÉGLISE CHRÉTIENNE ET MOSQUÉE

première vue, pour se rendre compte des gigantesques proportions des allées de marbre et on doit tout examiner un certain temps pour remarquer combien la coupole est grandiose. Alors seulement on désapprouvera les paroles de Berlioz qui appelle l'église érigée sur la tombe de l'apôtre vénéré entre tous « la plus vaste salle de conversation du monde».

L'aspect intérieur de Ste Sophie, au contraire, impressionne et subjugue immédiatement le spectateur ; ce n'est qu'à la longue qu'il se sent désenchanté par les caractères turcs au bord des pendentifs et le tapis rayé qui couvre le sol. Mais si l'impression que l'église nous fait est aussi forte de nos jours qu'elle l'était dans l'antiquité, elle est certainement d'une tout autre nature. Les musulmans ont rendu invisible la riche décoration des murs et du pavé, les autels ont disparu, il n'y a plus ou presque plus de mobilier d'église. De temps en temps entre un croyant, qui, après avoir accompli l'ablution prescrite, se prosterne pour prier l'Etre suprême que ne représente aucune image ni aucun symbole. Le temps a couvert l'éclat des murailles d'une teinte délicate de grisaille, qui, avec le vide austère de l'église et le caractère silencieux du culte, impose au visiteur occidental un profond sentiment de respect pour le grand mystère qui a créé ce monument et qui l'a conservé. Il emporte ainsi, en s'en allant, le souvenir de quelque chose d'infiniment délicat et d'infiniment élevé.

Mais combien il devait en être autrement sous l'empire byzantin ! Car les murs du temple étaient au moins recouverts de marbre aux mille nuances, quand, sur un fond d'or ou d'un bleu sombre, des mosaïques n'immortalisaient pas la splendeur de la foi et de l'Eglise, son histoire et les grands événements de l'ancien et du nouveau Testament auxquels elle devait son existence.

Dans le narthex, au-dessus de l'entrée principale, le Rédempteur, revêtu d'un manteau de soie blanche, trônait sur son siège impérial et, à le voir lever le doigt du milieu de la main droite, on reconnaissait en lui le Logos, la Sagesse suprême. A ses pieds, un empereur prosterné dans l'adoration. Les voûtes des coupoles et les arcades surmontant les nefs latérales sont pourvues de fenêtres, dont le nombre nous étonne aujourd'hui, mais qui, jadis, étaient indispensables pour rendre visibles à la communauté les figures représentées en mosaïque. Sur l'autel étincelaient partout l'or et les pierres précieuses; au milieu de l'église se dressait la chaire de vérité, tribune de marbre à rampe d'argent ; puis, d'une colonne à l'autre, dans toute l'étendue de l'édifice, des milliers de lampes précieuses étaient suspendues à de longues chaînes.

Quand on pénétrait dans ce sanctuaire, fût-ce même en dehors des heures des offices et des chants, on devait être frappé de la beauté de l'ordonnance, mais surtout de l'éblouissante splendeur qui s'y étalait ; ce n'était pas, sans doute, la solennité du

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