‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 46 sur 122 · STE SOPHIE ÉGLISE CHRÉTIENNE ET MOSQUÉE · texte numérisé non relu

STE SOPHIE ÉGLISE CHRÉTIENNE ET MOSQUÉE

milieu qui étreignait le visiteur d'un sentiment indéfinissable ; c'était bien plutôt la majesté joyeuse de la Foi triomphante qui s'imposait à lui.

Si l'on admet qu'après avoir brillé un moment à l'époque des Antonins, l'art romain perdit alors définitivement son éclat, on ne s'expliquera pas comment, au sein d'une décadence aussi profonde, un pareil chef-d'œuvre d'architecture antique ait

pu être créé. Car il est visible que Ste Sophie est il un produit de l'architecture classique. La cons- H

traction des voûtes n'est pas liée aux colonnes sans cohésion; loin de là, les colonnes accusent dans leurs chapiteaux une modification qui a un but et qui témoigne ainsi d'un développement organique : quand les colonnes ne sont plus jointes par des architraves, mais qu'elles servent de point d'appui à des arcs, il faut transporter la poussée vers le milieu du chapiteau ; il faut aussi que les volutes, dont aucun poids ne peut expliquer la courbure, ou bien disparaissent ou soient couvertes d'une pièce de transition ou second chapiteau, qui supporte les extrémités inférieures des arcs. Ces deux alternatives ont trouvé ici leur application et nous voyons ainsi se développer le nouveau système de construction.

Ce qui subsiste des centaines d'églises érigées du temps de Justinien montre clairement que, tout en appliquant le même principe de la coupole, on conservait dans l'exécution la plus grande liberté. Ainsi, saint Vital de Ravenne, par exemple, est une église à coupole et à pendentifs, mais qui est presque

. circulaire. Cette indépendance et ce développement I organique, dont nous nous bornons à signaler un I seul exemple, prouvent que l'art byzantin est vraiment la continuation de celui de l'Hellade et * de Rome.

Quelques louanges que l'on accorde à la puissance créatrice des architectes de Ste Sophie, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, cette puissance ne suffit pas à expliquer l'existence et le libre développement d'un style architectural byzantin, pas plus que le génie d'un Dante ou d'un Shakespeare ne rend à lui seul raison de l'efflorescence de la littérature au quatro cento ou au temps d'Elisabeth. Dans un cas comme dans l'autre, on est porté à chercher les précurseurs qui ont préparé l'avènement de la nouvelle période.

Comment la nouvelle Rome est-elle arrivée à ce mode de construction fondé tout entier sur un calcul ingénieux, où chaque détail est subordonné à sa fonction bien déterminée, où tout l'ensemble témoigne de la subtilité des architectes ?

Ce n'est pas dans l'Occident que l'on trouvera les

précurseurs immédiats des maîtres byzantins. Il est

vrai que les Romains, héritant de l'ancien art

I indigène et s'inspirant, en outre, des enseignements

)■ des maîtres grecs, montraient de la hardiesse à

; construire des voûtes ; mais, sans aller plus loin, ils

Ine surent qu'élever des voûtes rondes sur des surfaces également rondes. Le Panthéon de Rome, dont la coupole date du règne d'Adrien, en est le plus beau

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