VILLES RLINÉES DE SYRIE
on lit ces mots : « Ceci a vaincu » ; c'est la réalisation I^C^lK de la vision de Constantin.
Nous retrouvons donc ici une civilisation qui, sous plus d'un rapport, ressemble à celle de Constantinople, si ce n'est que la vie politique n'y était guère développée. Pas d'inscriptions reproduisant un sénatus consulte ou mentionnant des fonctionnaires ; pas de traces non plus de théâtres ou de cirques. A cette disette d'actes officiels, à cette absence des fêtes populaires en usage dans les grandes villes correspond un autre fait : il ne se j trouve presque pas d'inscriptions latines dans ces I ruines ; de Yogiié ne nous en donne que deux. l
Mais tout ce que ces débris nous apprennent sur la façon dont étaient construits et ornés les différents monuments, concorde avec ce que nous savons ou ce que nous pouvons conjecturer au sujet de Constantinople auIV®, au V® et au YP siècle. La prospérité plus grande des provinces orientales à cette époque explique Tavance qu'elles ont eue dans leur développement artistique.
Les villes abandonnées de la Syrie n'ont encore éclairci qu'une partie des questions que soulève l'étude des monuments de l'époque de Justinien ; mais, parfois, elles nous mettent aussi en face de problêmes nouveaux. Ainsi, on aimerait à savoir quel rapport il y a entre les constructions syriennes voûtées et l'antique art des Babyloniens et des Assyriens. Ne trouverait-on pas dans une région plus septentrionale, en Asie mineure, ce qui s'est
si admirablement conservé en Syrie grâce à des circonstances particulières? N'y aurait-il pas eu là des constructions, n'y a-t-il pas encore, dans quelque coin écarté, des ruines dans lesquelles le système des pendentifs se montre dans son complet développement, et qui nous fourniraient ainsi les derniers modèles de la plus grande, de la plus belle église de l'empire ? Sainte Sophie est construite au moyen de briques et avec une espèce de marbre connu sous le nom depeperiîîo, alors que les villes syriennes sont ^ bâties en pierres taillées. Gomment a-t-on appliqué, à de nouveaux matériaux, l'art qu'on n'avait appris à appliquer qu'à d'autres ? Quelle a été ici la part des Romains ? Et ne faut-il pas reconnaître que ce n'est pas un pur eifet du hasard si les architectes de Sainte Sophie étaient tous deux originaires de l'Asie mineure ?
Nous avons tout lieu d'espérer que, dans l'avenir, on parviendra à résoudre la plupart de ces questions ; qu'il nous suffise d'avoir montré qu'en fait d'architecture aussi, Byzance a conservé, pour les générations suivantes, le trésor artistique qu'elle avait reçu des périodes précédentes et qu'elle a su l'accroître.
A ne voir que les vestiges de mosaïques qui ornent encore Ste Sophie, nous ne pouvons nous faire aucune idée de ce qu'était l'art décoratif des Byzantins. C'est à Ravenne qu'il faut aller pour comprendre combien ils aimaient la magnificence, combien ils désiraient que leurs œuvres fussent durables et monumentales ; sinon, ils n'auraient pas
LA SCULPTURE. 13Tt
mis à la place de simples peintures ces images formées de matériaux précieux, et dont les couleurs, juxtaposées sans nuances, étaient destinées à frapper le spectateur à grande distance. Dans les temples dont la splendeur date du règne de Justinien, on voit l'empereur, entouré du cortège de ses courtisans, apporter des présents à l'Eglise, tandis que. l'impératrice s'avance solennellement avec ses dames d'honneur. Ses vêtements sont surchargés d'or et de pierres précieuses ; dans ses cheveux, des colliers de perles s'enroulent autour de son haut diadème pour retomber sur ses épaules ; les longues robes sont brodées d'ornements symétriques ; au bas de la sienne, l'impératrice porte une représentation de l'adoration des mages. Ailleurs, dans la nef centrale de San Apolîinare Nuovo, se déroule, tout au haut des murs, une majestueuse procession de saints ; bien qu'ils tiennent dans leurs mains des couronnes de martyrs, ils ne le cèdent en rien, pour la splendeur de leurs vêtements, au cortège impérial des autres églises.
La sculpture vint aussi, de plus en plus, se mettre J'CaJ au service de la décoration. Le christianisme attachait peu d'importance à la beauté physique de l'homme, et, de bonne heure déjà, des clercs avaient soutenu avec conviction que Jésus n'avait pas été beau. Aussi voyons-nous, par les statues peu nombreuses datant de l'époque la plus brillante de l'art byzantin, que les artistes ne rendent bien que les attitudes les plus ordinaires, le pli le plus banal des vêtements;
quand, dans ce domaine, ils veulent faire œuvre personnelle, ils ne produisent que des figures grossières et gauches. Les visages ont toutefois quelque chose d'individuel ; on peut croire qu'il y a là une influence de traditions grecques relatives à l'art du portrait.
C'est à cause de ces modèles, à cause aussi du caractère propre de l'art byzantin, que les sculpteurs, n'ayant pas le goût d'étudier plus à fond le corps humain et devenant de plus en plus incapables de se livrer à ce travail, consacrèrent toutes leurs forces à traiter la partie ornementale ; aussi remportèrentils dans cette voie leurs plus éclatants succès. On traita les fleurs et les feuilles en serrant de près la nature ; les motifs qu'on rencontre sur les sculptures de Syrie, d'Asie mineure, de Rome, du IP au IV® siècle, prirent une vie nouvelle quand on les appliqua à l'architecture byzantine.
Nous aurons encore l'occasion de nous étendre sur la peinture des miniatures, qui est, sans contredit, l'une des manifestations les plus caractéristiques de la vie artistique des Byzantins, ainsi que sur l'orfèvrerie, dont on peut affirmer la même chose. Rien n'est important pour l'histoire du développement de l'art comme l'étude de ces deux catégories ; mais le mieux sera de l'aborder plus tard dans son ensemble. Pour donner, comme résumé de tout ce qui précède, une idée claire de la conception propre des Byzantins, qui, une fois formée et affermie, s'est maintenue pendant des siècles, il y a mieux à faire que de passer
CARACTÈRE GÉNÉRAL DE l'aRT BYZANTIN. 139
en revue ce qui subsiste en fait de fragments du passé. Observons plutôt ce qui se montre encore de nos jours dans un milieu qui n'a presque pas subi de modifications. Ce milieu, c'est le Mont Athos, la montagne sacrée des Grecs .
Abandonnant donc l'ordre chronologique, nous recourrons dès maintenant, pour esquisser le caractère général de l'art byzantin, à ce témoignage contemporain.
La population du Mont- Athos se compose exclusivement de moines ; au nombre de plus de six mille, ils sont répartis entre de nombreux couvents, dont le plus ancien fut fondé au X® siècle. Aussi aucune architecture, aucune ornementation ne provient de la période d'efflorescence de l'art byzantin ; et on ne trouve pas de peinture qui remonte au delà du commencement du XIV® siècle ; la plupart même ne datent que du XVP siècle et des siècles suivants. On constaterait certainement des différences très intéressantes dans les parties accessoires, si nous pouvions comparer des églises et des couvents intacts du YP siècle : mais, quant à l'inspiration qui s'y manifeste, le tableau des deux périodes serait, sans aucun doute, le même.
Ici, nous ne parlerons que des églises qui appartiennent aux monastères et qui sont d'ordinaire •encloses dans des murs solides, embrassant Tensemble des constructions. L'architecte qui, de nos jours, assiste à la construction oU à la réparation ^d'églises de ce genre, peut, grâce à la seule technique
des ouvriers, apprendre beaucoup au sujet de l'architecture byzantine. Les maçons grecs de la Turquie actuelle imitent si fidèlement les procédés de leurs ancêtres, qu'on a pu dire que leur art est le meilleur commentaire des monuments byzantins.
On ne rencontre pas au Mont Athos le luxe des églises de Justinien. On trouve, pour couvrir le sol, du marbre multicolore et orné au moyen du motif de la croix, traité de beaucoup de manières différentes ; mais on ne s'en sert pas pour le revêtement des parois. Si l'on veut se faire une idée de la magnificence des murs incrustés de marbre, on peut en trouver encore de nos jours un brillant spécimen dans l'église de Parenzo en Istrie, qui date du VP siècle. Il n'y a pas non plus de précieuses mosaïques au Mont Athos. Seuls les produits de l'ancienne orfèvrerie ont une grande valeur vénale ; mais, naturellement, on ne met aucun empressement à les montrer aux étrangers. Dans notre étude, nous nous en tiendrons à ce qu'il y a de plus facile à voir et à comprendre, c'est-à-dire aux peintures qui couvrent tous les murs.
Les églises grecques peuvent se diviser en trois parties, au point de vue de la facilité qu'elles offrent pour l'ornementation ; le chœur, où les prêtres seuls peuvent pénétrer, et qui est séparé de la nef par une cloison pourvue de portes ; la coupole avec le reste du bâtiment, placée à l'ouest ; vient ensuite le portique ou l'avant-salle, le « Narthex » qui se rattache étroitement au reste, mais qui ne se rencontre pas