RAPPORTS ENTRE LA DÉCORATION ET LA LITURGIE
toujours. Chacune de ces parties ayant sa fonction i, propre, on trouve dans chacune d'elles des représen- |\ tations spéciales. Le peintre est lié, pour ces sujets, j non par une contrainte extérieure ou par la mode, ; mais par les exigences que lui impose la destination | du lieu à orner. Ceci n'exclut cependant pas la \ liberté dont il a besoin pour concevoir et pour n exécuter son œuvre. On a longtemps cru dans l'Europe occidentale que tout tableau, toute figure étaient prescrits à l'avance et que, jusqu'au pli des vêtements et la coupe de la barbe, tout était réglé. Mais cette opinion provient de l'ignorance ; on a mal compris un Livre des peintres, découvert il y a soixante ans : c'est l'élucubration d'un moine du Mont Athos, qui a essayé, au commencement du XVIIP siècle, de dresser l'inventaire des données techniques et théoriques de son art et de composer ainsi un manuel pour ses jeunes confrères.
Malgré la grande unité du style, les différents morceaux ont leur originalité. Gomme nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails, nous nous bornerons à examiner ce qu'il y a de plus caractéristique.
Dans l'abside du chœur trône au haut de la voûte la Mère de Dieu avec son enfant, qu'adorent les archanges. En dessous est peinte la dernière cène ; de même que l'évêque à l'autel donne au prêtre à gauche le corps et à droite le sang du Seigneur, de même ici le Christ se trouve vêtu en archiprêtre et est représenté deux fois : il offre le pain et le vin
aux apôtres, qui viennent à lui en deux groupes. En dessous sont écrites les paroles du vingt-sixième chapitre de St-Mathieu (cf. St-Marc XIV, 22-24) : « Prenez, mangez, ceci est mon corps », « Buvez, tous, ceci est mon sang » ; ce sont les paroles que le prêtre officiant prononce comme Lui quand, debout devant l'autel, il a ce tableau sous les yeux. Les figures des Pères qui ont fixé la liturgie de l'Église orthodoxe, surtout Basile le Grand et Jean Chrysostôme, forment la décoration de la partie inférieure du mur. Dans les deux niches latérales, il y a place pour des tableaux du Christ sur le trône et au tombeau, de son sacrifice pour les péchés du monde, du sacrifice d'Abraham, et pour d'autres représentations des grands faits de l'histoire religieuse qui ont rapport au saint sacerdoce. C'est ainsi que toutes les peintures de cette partie forment une liturgie en images, qui agit d'autant plus sur le spectateur qu'il est mieux au courant de la signification des cérémonies de l'Église.
C'est vers la voûte de la coupole que montent les prières. « Abaissez vos regards sur nous et sur cette sainte maison. Venez, sanctifiez-nous et faites luire sur nous la lumière de votre face. Étendez votre main sur nous et bénissez-nous ! » Ainsi parlent les livres de prière de l'Église. Et les yeux qui s'élèvent voient dans toute église grecque, au sommet des voûtes de la coupole, Jésus-Christ le tout puissant, qui tient, d'une main, l'Evangile et qui lève l'autre pour bénir.