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RAPPORTS ENTRE LA DÉCORATION ET LA LITURGIE

Tout le milieu de la coupole est occupé par ce tableau; il y est écrit, d'une façon visible pour tous: « Jésus Christ le Tout Puissant ». Mais les prières nous représentent le Sauveur entouré d'anges. « Autour de vous se rangent les séraphins et toutes les puissances du Ciel vous louent et vous chantent ». Aussi l'art, d'accord avec le culte, représente-t-il également ces êtres célestes et place-t-il, en outre, à la coupole, les prophètes qui ont annoncé le Seigneur et, dans les pendentifs (au moins dans ces églises qui sont toutes postérieures au XIP siècle) les quatre évangélistes, qui nous ont fait connaître ses actions.

L'espace restant de l'église est consacré au récit de la vie du Christ, telle qu'elle est commémorée dans les grandes fêtes ecclésiastiques. La naissance et l'enfance de Jésus ouvrent la série des tableaux que termine, au côté ouest de l'église, sa mort sur la croix. Pour la succession des événements, on ne s'en tient pas à l'ordre chronologique avec une exactitude scrupuleuse; mais on ne l'interrompt pourtant pas à la légère et il faut, pour qu'on le fasse, des raisons dérivant du sujet même que l'on représente. Sous les tableaux consacrés à Jésus, se succèdent les images des saints qui n'étaient pas revêtus de quelque dignité ecclésiastique ou qui n'ont pas souffert le martyre ; car il convient que l'ordre suivi ici bas reflète celui qui règne au ciel.

Dans le narthex on fait allusion, dans une forme plus sommaire, à ce qui est reproduit à l'intérieur de l'église en détail et à une place fixe. En outre, dans

le portique, on a l'occasion de figurer des représentations qui, dans l'église même, nuiraient à la souveraine majesté des puissances célestes. Ainsi nous avons déjà vu que dans Ste Sophie, au-dessus de l'entrée de l'église, se trouve une mosaïque représentant l'empereur ; mais, cette fois, il est aux pieds du Christ.

Les tahleaux détachés exposés dans l'église, en

différentes places et à différentes époques, et les

peintures de la cloison, haute d'environ deux mètres,

qui fermait le chœur, sont conçus dans le même

I esprit. On y retrouve l'union intime de la construc-

! tion avec le culte et l'ornementation, qui, parfois,

\ ne recule devant aucune conséquence pour suivre à

Hi la lettre la liturgie.

Donnons un exemple de cette particularité : c'est la Maria platytera ou représentation de la Ste Yierge, qui se fonde sur le texte d'une hymne où on lit : «Il a fait de votre giron un trône et rendu votre intérieur plus large {platytera) que les cieux». Et un autre chant, consacré à Marie, dit : «Vous êtes plus large que les cieux, puisque vous avez porté notre Créateur que les cieux ne peuvent contenir ». L'art a rendu, je ne dirai pas cette pensée, mais ces mots, en représentant le Christ devant ou dans le corps de Marie, qui lève les mains pour prier.

Il faut avouer que cette façon de comprendre les choses montre la tendance rationaliste de ces Grecs qui, depuis Sophocle jusqu'à Romanes, ont mis en prose tant de passages de leur poésie. Celui qui

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appelle l'art byzantin mystique, ou bien donne à ce mot un sens erroné, ou bien — et cela arrive encore ailleurs — dissimule, sous un nom qui ne lui est pas bien clair à lui-même, son ignorance des intentions des artistes.

Exposer l'influence que Fart des Byzantins a exercée sur celui d ^autres peuples, même dans cette première période, nous entraînerait trop loin. Disons seulement d'un mot qu'on reconnaît de plus en plus que tous les pays méditerranéens ont subi cette influence à l'époque où l'empire de Justinien avait de nouveau fait de la Méditerranée un lac romain.

Sans vouloir se prononcer sur l'épineuse question de savoir si, déjà avant Cimabue, on peut parler d'une école nationale de peinture en Italie, il est facile de montrer que les artistes de l'exarchat de ' Ravenne se trouvaient fortement influencés par l'Orient. Les produits artistiques qu'on importait de l'Orient romain, ont dû servir de modèle aux maîtres peu ou point connus de nationalité italienne qu'on trouvait dans la péninsule des Apennins. Dans les siècles suivants, c'est surtout dans l'Italie du sud que se manifesta l'action de Byzance.

Mais la question byzantine, avant même d'avoir

reçu une solution pour l'Occident, a pris une nouvelle

importance depuis que, naguère, on a étudié plus

ittentivement les restes de l'art copte, et les vestiges

'anciennes églises chrétiennes de la côte septen-

•ionale de l'Afrique. Les résultats de cette enquête

semblent de voir montrer, de plus en plus, l'importance

du rôle de Byzance dans l'histoire de Tart.

On n'a pas encore examiné d'assez près ce que l'art des Arabes doit aux maîtres de Constantinople et de l'Asie mineure ; mais il est permis d'affirmer nettement que la conception des artistes byzantins a été prépondérante et l'est encore chez tous les peuples chrétiens de l'Orient. Elle a pénétré dans le Sud aussi loin que se sont étendues les conquêtes de

ff la foi de l'Eglise orientale. Un voyageur français a j vu naguère des fresques de style byzantin dans les \ églises très primitives de l'Abyssinie. Les sujets bibliques rappellent par leur forme, leur couleur, r ainsi que par l'application des canons, l'art des W moines du mont Athos. Mais il ne peut être question ici d'une reproduction servile de modèles employés depuis des siècles pour les mêmes sujets ; la preuve en est dans un tableau d'autel, dont le panneau de droite célèbre, en style byzantin, la victoire remportée par Ménélik à Adoua sur les Italiens commandés par le général Barattieri. Du ciel on voit descendre ' St-Georges, qui, armé de sa lance et de son glaive, se mêle au combat, où figurent des canons se chargeant par la culasse, et des mitrailleuses. Et c'est ainsi que Byzance survit encore dans les régions qui s'étendent au delà du territoire conquis par l'Islam.

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