APERÇU HISTORIQUE ET POIJTIQUE
Les conquêtes de l'Islam. — Gonstantinople menacée. — Le feu grégeois. — Les Bulgares. — Troubles intérieurs. — Aristocratie terrienne d'Asie Mineure. — Léon l'Isaurien. — Les thèmes. — L'iconoclasme. — Les moines grecs. — Re vision de la législation. — Situation de la population des campagnes. — Rétablissement du culte des images. — Les apôtres des Slaves. — La dynastie macédonienne. — Léon le Sage et Constantin Porphyre génète. — L'Empereur et les cérémonies de la Cour. — Nicéphore Phocas, l'art militaire. — Augmentation du nombre des monastères. — Basile II le Tueur de Bulgares. — Les grands propriétaires. — Vladimir, prince de Kiew, se fait baptiser. — Les conseils de Gécauméne — Ses idées sur l'Empereur et sur le clergé.
Au moment où les Perses, qui avaient menacé les Grecs et les Romains pendant tant de siècles, venaient
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d'être définitivement réduits à Timpuissance et où Héraclius avait atteint l'apogée de sa gloire, le vainqueur et les vaincus reçurent un message d'un peuple que tous deux méprisaient ; et, vraiment, à cette époque, ce message ne pouvait manquer de faire une impression de naïve arrogance. Il exprimait, en effet, le vœu de voir le prince grec et le prince perse embrasser la doctrine prêchée par Mahomet.
Le plus faible des deux empereurs répondit qu'en temps utile, il chargerait de fers le nouveau prophète. Le Byzantin, plus avisé et plus fort, lui envoya des présents, dans le but de gagner un nouvel allié et fit semblant de n'avoir pas remarqué la question théologique. Aucun des deux souverains ne comprit la gravité de l'affaire, pas même quand, l'année d'après, une bande de musulmans pénétra en Syrie.
Mais, quelques années plus tard, le successeur de Mahomet, Abou Bekr, envoya une grande armée dans la province romaine d'Asie ; la forteresse de Bostra à la frontière tomba par trahison aux mains de l'ennemi et, l'année suivante, en 635, la ville de Damas fut prise. On comprit alors combien était sérieux le nouveau danger. Héraclius en personne se rendit dans le pays menacé à la tête d'une grande armée ; mais rien ne pouvait résiter à l'élan des Arabes ; coup sur coup, l'empereur se fit battre ; il parvint, il est vrai, à sauver de Jérusalem « le bois de la croix qui donne la vie » ; mais la ville elle-même dut bientôt céder et la province entière fut perdue.
LES CONQUÊTES DE l'iSLAM. 149
L'Egypte fut conquise tout aussi rapidement, si bien qu'en 641 , à la mort d'Héraclius, la Syrie tout entière était au pouvoir des musulmans et, en Egypte, seule, Alexandrie résistait encore. La même année, la dernière armée du Chosroës de la Perse fut anéantie et tout le royaume subjugué.
L'histoire présente peu d'exemples d'une conquête aussi rapide. On ne peut l'expliquer uniquement par l'héroïsme des Arabes, car les Grecs aussi luttaient vaillamment et opposaient au fanatique mépris de la mort de leurs adversaires, la discipline de leurs soldats et, avant tout, la science de leurs généraux. Mais le mécontentement de la population de la Syrie ei de l'Egypte favorisa les Arabes. Héraclius n'avait , pu rendre les grandes sommes que l'Eglise et les i couvents lui avaient prêtées, qu'en imposant de lourdes contributions aux provinces conquises : elles payaient ainsi bien cher l'honneur, qu'elles n'avaient , pas ambitionné, d'appartenir à l'empire romain.
Combien d'ailleurs étaient lâches les liens qui les unissaient à Byzance ! Une grande partie de la population n'était pas orthodoxe aux yeux du clergé de Gonstantinople; la tentative raisonnable qu'avait faite le patriarche Sergius de contenter leur monophysitisme en admettant que le Christ a bien eu deux natures, mais qu'il n'avait qu'une volonté, vint échouer contre la stricte orthodoxie de l'ouest et du nord de l'empire. En outre, les habitants de la Syrie tout au moins appartenaient plutôt à la race Sémite qu'à celle des Grecs, dont la langue était devenue
prédominante dans leur pays. Les conquérants arabes étaient, au surplus, des maîtres indulgents, se contentant d'une capitation modérée et, à cette époque, pratiquant beaucoup mieux les vertus chrétiennes que les chrétiens eux mêmes. Les églises et les synagogues furent respectées; l'exercice des cultes fut permis, avec cette seule restriction qu'on ne pouvait montrer des croix en public ni faire résonner les planches qui servaient de cloches. Dans les luttes les plus ardentes, on respectait la vie et la propriété des citoyens et des anachorètes vivant à l'écart; seuls, les prêtres pouvaient être mis à mort par les soldats. Et Abou Bekr avait expressément défendu de détruire les arbres et de voler le bétail, pratique habituelle, chez les Grecs, depuis la guerre du Péloponnèse.
La formation d'un puissant empire arabe était, pour l'avenir du christianisme, une menace permanente. Mais la famille d'Héraclius produisit des hommes d'état qui comprirent leurs devoirs, des guerriers qui surent défendre leur patrie. Dans les premiers temps, d'ailleurs, la paix ne fut pas trop profondément troublée : les défilés du Taurus et, plus encore, des discordes intestines chez les Musulmans empêchèrent d'abord leurs progrès. Des peuplades slaves, qui avaient pénétré dans la péninsule des Balkans, furent maintenues en paix par le paiement de tributs ; en Italie, l'empereur Constant II (642- 668) fit en personne la guerre aux Lombards ; elle n'aboutit pas, il est vrai, au but désiré, leur expulsion
i CONSTANTINOPLE MENACÉE. — LE FEU GRÉGEOIS. 151
de la péninsule, mais elle affermit la prépondérance de l'empire en Sicile, où s'étaient réfugiés beaucoup de Grecs chassés de la Syrie.
Le fils de Constant, Constantin IV (668-685) eut
à soutenir une lutte redoutable contre le premier des
Ommiades, Moawia. L'attaque, cette fois-ci, menaça
la capitale. Une flotte sarrasine pénétra par les
Dardanelles et une puissante armée de terre vint
soutenir ses opérations. Le blocus, qui semblait
devoir finir par la chute de la ville, dura quatre ans.
TMais, cette fois encore, Byzance tint bon contre
l l'ennemi. Un Syrien parvint à perfectionner l'emploi
[d'un moyen de défense connu depuis des siècles et
\: en fit une arme terrible contre les vaisseaux arabes.
I Un grand nombre de navires furent armés en brûlots
fou pourvus de couleuvrines crachant le feu grégeois,
qu'on employait alors pour la première fois d'une
manière aussi générale.
La composition de cet explosif, le plus ancien que l'on connaisse, est longtemps restée un secret ; le gouvernement byzantin, montrant ainsi toute sa solidité, a su le garder malgré le changement des empereurs, malgré les espions et leurs tentatives de corruption. S'il en donnait parfois à ses alliés, il avait bien soin de lui laisser ignorer comment il se fabriquait. Avant le X® siècle, on n'a pas écrit sur la composition de cet explosif et, quand on le fit, ce fut en termes fort obscurs. Nous le savons maintenant, cette préparation se compose principalement de soufre, de salpêtre, de poix et de pétrole ; on la
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projetait en rayons ou renfermée dans des grenades ardentes, lancées au moyen de catapultes. L'eau ne pouvait l'éteindre.
Quelque terrible que fût l'action de ce nouveau moyen de destruction sur la flotte, on fait tort aux Byzantins quand, avec la plupart des auteurs, on attribue à leur science, tous les succès qu'ils ont remportés sur les vaillants Arabes. La preuve en est dans la bataille qui amena la destruction de la flotte sarrasine et coûta la vie à trente mille Arabes. On conclut une trêve de trente ans à condition, pour les Arabes, de payer une lourde indemnité et de fournir un tribut sous forme de don annuel.
Toutefois l'empire byzantin ne sortit pas indemne de la lutte. La mer de Marmara ne vit plus, il est vrai, de flotte arabe ; mais la guerre continua sur difî'érents points du territoire de l'empire. La Qrèt^, par exemple, resta aux mains des musulmans, qui là, comme en Syrie, se montrèrent maîtres bienveillants.
Mais ces échecs partiels ne pouvaient ternir, aux yeux de la chrétienté, l'éclat du triomphe remporté par Byzance sur les ennemis de la vraie foi. Pour la partie civilisée de l'Europe, le vieil empire romain restait toujours l'empire chrétien par excellence et, mieux qu'on ne devait le faire huit siècles plus tard, on comprenait dans ces régions l'importance du triomphe des défenseurs de la même foi et de la même civilisation. Aussi d'Occident arrivèrent des ambassadeurs à Gonstantinople pour féliciter ceux qui avaient détourné le péril.