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LES BULGARES

Pendant que l'empereur défendait l'empire contre g^^^ rislam, sur la frontière du nord apparut une nouvelle puissance hostile, l'empire bulgare. Les Bulgares, j d'origine ouro-altaïque, réussirent à unir les tribus ; slaves éparses et à en former une confédération, 1 dont ils prirent la direction. Les Bulgares étaient | moins nombreux que leurs alliés slaves; dans le j cours du temps, ils désapprirent même leur langue. Mais le nouveau peuple formait une nation indépendante, qui allait menacer la Rome orientale pendant des siècles. Provisoirement, Byzance désarma, par des présents, ces nouveaux ennemis : il lui fallait la paix à tout prix. ^

A la fin de la vie de Constantin IV, la paix ^^i religieuse fut également rétablie par un concile, qui décida au profit des antagonistes la querelle du monothélisme (doctrine qui professe l'unité de la volonté dans l'homme-Dieu). Le monophysitisme, base du monothélisme, n'était plus en effet représenté ni défendu, depuis que ses plus chauds partisans, les habitants de la Syrie et de l'Egypte, étaient tombés au pouvoir de l'empire arabe.

Les vingt ans qui suivirent la mort de Constantin IV donnent, en raccourci, le tableau de l'histoire de Byzance, telle qu'on se la représente communément : Ç i un tyran cruel sur le trône, chassé par un de ses y^^^ officiers, mutilé par lui et exilé. Puis, vivant en ^ barbare, au milieu des barbares il parvient à se créer des partisans et à rentrer dans son palais. Là il règne en tyran jusqu'à son assassinat par de

nouveaux conjurés. Ajoutez à cela des intrigues de palais, dés prodigalités, la honte d'échapper aux guerres en payant rançon aux envahisseurs, la perte de territoires : tel est le sombre tableau de Byzance à cette époque.

A la fin de cette période, l'empire est de nouveau sauvé comme après les temps violents de Phocas (ci-dessus, p. 6Q). Mais ce n'est plus Carthage qui délivrera cette fois l'Orient, car les Sarrasins l'ont conquise ; c'est de l'Asie Mineure que vient le héros qui prendra le pouvoir en main: Léon l'Isaurien

'^ }v.>- Les Arabes n'avaient pas renoncé à leurs plans de conquête après l'échec de leur attaque contre la capitale. Le calife Soulaïmâne mit sur pied, trente ans après, une armée de quatre-vingt mille hommes. Cette armée traversa l'Asie Mineure ; en même temps

^J une flotte de 800 navires devait opérer sur mer. La famine, pensait-on, finirait par forcer la ville de Constantin-le-Grand à se rendre. Mais le feu grégeois parvint chaque fois à rompre le blocus ; en outre, la ville était bien pourvue de vivres, mieux que les assiégeants, exposés, en outre, à une terrible gelée, contre laquelle ni leurs tentes ni leurs vêtements ne pouvaient les protéger complètement. Des renforts qu'on envoya au printemps servirent à prolonger le siège, mais sans amener la solution qu'on désirait ; et, à la saison chaude, les Arabes étaient assez affaiblis pour que Léon pût prendre l'offensive. Il

/ c les battit sur terre et sur mer et, finalement, l'ennemi

s'estima heureux de pouvoir regagner des ports sûrs avec le tiers seulement de son armée.

L'attaque des agresseurs était donc arrêtée définitivement. Il est vrai qu'il y eut encore plusieurs fois des incursions; mais si la guerre contre l'Islam devait encore durer des siècles, l'existence même de l'empire ne fut plus jamais menacée par les Arabes. Quand Charles Martel défit en 732 les Sarrasins au centre de la France, il arrêta un dernier effort considérable de cette menaçante invasion ; mais déjà quatorze ans auparavant, on avait brisé le premier et le plus violent élan de la dangereuse attaque qui venait du sud.

Léon l'Isaurien devait la couronne aux aristocrates de l'Asie mineure, que l'empereur précédent avait persécutés. Ces grands propriétaires s'étaient révoltés contre le despotisme du maître de Constantinople et avaient su lui substituer l'un de leurs compatriotes, avec l'aide des troupes de l'Asie mineure, l'élite de l'armée byzantine. Mais quand Léon fut monté sur le trône, les circonstances montraient qu'il fallait un autocrate, un organisateur qui rendît une nouvelle force à l'armée et aux lois. Le nouvel empereur convenait parfaitement pour cette tâche et s'il a déçu, par son absolutisme, le parti auquel il avait appartenu, aucun juge impartial ne pourra nier que ses lois, notamment en matière religieuse, ne se soient inspirées des idées d'une élite, qui, se tenant à l'écart du milieu corrompu de la cour, réclamait une réforme générale de l'empire.

L'une des innovations de Léon eut pour effet de

Î donner à l'empire plus de force de résistance: il supprima la stricte distinction que Dioclétien avait \ établie entre l'autorité civile et la force militaire, et « la remplaça par une organisation militaire. Dans les régions qui couraient le plus de danger d'être arrachées à l'empire, la bureaucratie était déjà remplacée par l'autorité militaire, sans que cela fût formellement décrété ; c'est ainsi que nous voyons, dans les parties occidentales de l'empire, les chefs des armées usurper mainte fonction administrative. Au temps de Constant et de Constantin IV, quand commença avec l'Islam cette lutte dont l'enjeu était la vie ou la mort, on vit s'accroître la puissance du militarisme ; mais c'est seulement sous Léon que fut sanctionné législativement ce qui, auparavant, était un excès de pouvoir.

Les grands commandements ou corps d'armée,

(appelés Yflusidird «themata», deviennent plus qu'une simple circonscription militaire de l'empire; leurs chefs sont chargés en même temps de l'administration i civile ; les thèmes servent à désigner les circonscriptions. Pour un peuple engagé depuis des siècles dans une lutte sans merci, il était nécessaire de prolonger cette sorte d'état de siège. Telle était la I force de cette organisation que les Arabes ne purent I plus penser à la conquête de l'empire, et se bornèrent à des razzias : elles se produisaient régulièrement d'après un système précis qu'ils avaient déterminé mais elles étaient tout aussi systématiquement

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