LES THÈMES
repoussées par les Byzantins, et ne furent jamais suivies d'une conquête durable.
La puissance extraordinaire accordée à ces généraux, qui étaient en même temps gouverneurs, menaçait incontestablement le pouvoir central; mais cet inconvénient était compensé par l'unité obtenue ^' ainsi dans l'administration ; avec le temps, nous " voyons les thèmes se multiplier et perdre de leur étendue ; cette mesure a eu pour but et pour résultat de diviser la puissance et, par là, de la rendre moins nuisible.
Les historiens qui nous rapportent les faits et gestes de Léon et de sa maison sont presque tous des moines. Inutile de dire qu'ils ont donné libre cours à leur haine contre cet empereur hérétique, qui pensait comme un sarrasin. Malgré cela, il résulte de leur récit même, que Léon n'a pas agi en despote désireux de dominer l'Eglise, mais qu'il a sincèrement essayé de la purifier, et d'élever la religion des masses.
Quand on lit les vies des saints du temps de Léon, on a l'impression que le peuple, qui se croyait le champion de la doctrine chrétienne, professait, au fond, un véritable paganisme et n'avait de chrétien que le nom. C'est ainsi qu'à Thessalonique le culte de 1 Dieu avait en réalité fait place à celui de Démétrius, \ le héros du pays ; lorsque la cité est en péril, il [ déclare que son existence, comme celle d'un antique . génie local, est liée indissolublement à celle de ses ) concitoyens. « J'ai, dit-il au Christ, pris part en
158 CHAPITRE m.
esprit à leurs fêtes ; je ne les abandonnerai pas dans le danger : je veux être sauvé avec eux ou périr avec eux ». Il apparaît corporellement et vivant au milieu de ses concitoyens, si bien que non seulement ceux qui sont initiés à la foi, mais même les Juifs, le voient ; couvert d'un manteau blanc, il court sur l'eau et sur la terre et frappe de son bâton les Slaves qui pénètrent dans la ville. La légende ne souffle mot de Dieu le père ; le Christ est le juge impitoyable du monde, sévère comme Jupiter ou le Destin et un archevêque parle même, comme d'une nouvelle trinité, du Christ, de St Démétrius et du Saint Esprit. Ce que nous savons par hasard en détail de Thessalonique s'applique à la majeure partie de l'empire; partout on voit l'étroitesse d'esprit et la plus grossière superstition régner à cette époque de guerre et de barbarie. Sans aucun doute, le clergé, sauf peut-être les moines, n'a jamais enseigné ni cru des extravagances aussi contraires à l'esprit du christianisme ; néanmoins il est responsable de cette survivance ou de cette renaissance du paganisme. Il a toujours proclamé, dans ses écrits savants, qu'on doit se garder de diviniser des hommes ; les reliques, dit-il, ne peuvent faire des miracles dans des cas donnés que grâce à la toute-puissance de Dieu ; il ne faut pas confondre les images des saints avec la divinité ou avec les saints eux-mêmes. Mais il n'a pas assez pris soin d'empêcher l'enseignement de l'Eglise de faire naître des malentendus dans l'esprit des laïques peu éclairés.