LES THÈMES
Pendant que les théologiens expliquaient, par de subtiles théories, le rapport des personnes de la Trinité, et se renvoyaient des anathèmes quand ils ne pensaient pas de même sur la volonté de Dieu, et ses manifestations, ils admettaient que le peuple, prenant parti sans comprendre suffisamment la forme ou le fond de la discussion, se contentât de donner des noms nouveaux à ses anciennes divinités, et se fît des fétiches d'un éclat de bois de la croix ou de l'os d'un saint. Depuis que l'Église, devenue infidèle à son origine, s'était laissé séduire par l'atticisme des classes élevées, elle pouvait bien encore agir sur l'imagination et le sentiment des masses, mais elle perdait son influence sur l'intelligence. Quelques concessions faites par des auteurs d'hymnes n'y pouvaient rien changer.
A cette époque, l'Asie Mineure était plus éclairée que l'Europe ; en outre, elle avait été, de temps immémorial, une pépinière de toute espèce de sectes hérétiques, combattant mainte nouveauté qui avait peu à peu pénétré dans l'Église. On se rappelle comment les autorités de Constantinople, usant de la force ou recourant aux concessions, avaient vainement essayé de ramener le clergé dissident d'Asie Mineure dans les voies tracées par l'Église. Or, au VIP siècle, une hérésie dangereuse avait de nouveau gagné un grand nombre d'adhérents. A l'imitation des gnostiques du IP siècle, ils admettaient une différence tranchée entre le monde spirituel et le monde sensible ; l'un avait été créé par Dieu,
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l'autre était l'œuvre d'un démon malin, également auteur responsable du judaïsme ; ils rejetaient toutes les formes matérielles du culte, l'adoration de la croix des images et des reliques, aussi bien que le jeûne et la hiérarchie de l'Église. On les nommait Pauliciens.
Il fallut des siècles pour réduire ce mouvement à l'impuissance ; c'est surtout le côté négatif de cette doctrine qui semble avoir fait impression sur beaucoup de fidèles, révoltés par le sensualisme de l'Église. A cela s'ajoutait que la doctrine de l'Islam, quelque horreur qu'elle inspirât parce qu'elle blasphémait la majesté du Christ, n'était pas restée sans influence dans les régions qui confinaient à son domaine. Les reproches de polythéisme et d'idolâtrie jj amenaient les hommes éclairés à réfléchir, et en f forçaient plus d'un à reconnaître que ces accusations seraient fondées si l'Église persévérait à ne pas combattre plus énergiquement la confusion qu'on ' faisait entre honorer et adorer.
Or le nouvel empereur provenait d'une société où régnaient ces idées. Elles le poussèrent à des actes qui avaient pour but la réforme de l'Église. Avant î tout il s'en prit au culte des images des saints ; il \ les prohiba purement et simplement. On fit donc ' disparaître ces images et on badigeonna les fresques ; murales. Léon, pourtant, pas plus que ses successeurs, n'était un puritain, ni, bien moins encore, un impie ; il ne méprisait ni la joie ni le luxe. Ces mesures n'avaient absolument qu'un but : celui de