LES MOINES GRECS
rendre au culte un caractère plus noble. Le rationalisme qui inspirait ses efforts eut de l'action sur le haut clergé qui réuni dans un concile (dont on peut, au surplus, contester la légitimité), rejeta le culte des images après une discussion de six mois ; mais il se brisa contre le fanatisme des moines, peu enclins pour divers motifs à complaire à l'empereur. La résistance armée qu'ils suscitèrent fut réprimée sans peine ; mais, à la fin, après une lutte de plus d'un siècle, on dut bien constater que le gouvernement n'était pas de force à détruire cet abus trop profondément enraciné.
A toutes les époques, il s'est toujours trouvé dans l'Eglise grecque des exemples de chefs temporels ou spirituels éclairés, que le fanatisme des moines a forcés de plier. Le monachisme orthodoxe, restant fidèle à ses origines, voulait échapper à la société, à une époque où l'Eglise, entrant plus étroitement en contact avec le monde et avec les autorités portées à imposer de lourdes charges, n'a pas tardé à perdre sa simplicité. On ne songeait plus à développer les dons reçus de Dieu ni à améliorer l'humanité ; on voulait, en renonçant à la nature humaine, se rapprocher de Dieu par l'ascétisme le plus rigoureux ; tel était l'idéal des moines grecs. Et l'Eglise reconnaissait sans restriction la légitimité de cet idéal aux yeux de Dieu ; aussi permettait-elle aux solitaires de vivre de longues années en dehors de sa communion, et donnait comme modèles à suivre les moines qui n'aidaient cependant sa propagande que fort indi-
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rectement. C'est ainsi que les anachorètes venaient immédiatement après l'église nationale ; aussi , comme nous l'avons dit plus haut (p. 150), les Sarrasins les tolérèrent, voyant en eux des êtres inoffensifs. Mais abandonner le monde, c'est en même temps renoncer à la supériorité intellectuelle ; et les moines ne pouvaient agir sur le peuple que par la force communicative du fanatisme.
Il est vrai qu'on ne trouvait que chez les anachorètes l'application stricte et complètement logique du principe qu'il faut fuir le monde, parce qu'il est mauvais ; dans les couvents, on cultivait quelques branches des sciences, telles que l'histoire et l'hagiographie et surtout l'art ; on ne perdait pas non plus de vue les œuvres charitables ; mais, quand on examine l'histoire de monastères byzantins importants, tels que celui du Stoudion de Constantinople, on voit clairement que l'idéal des solitaires restait la principale affaire ; ils ne pouvaient donc progresser ni se développer au sens Occidental du mot.
De nos jours, l'intérêt que les moines grecs prennent à la société est réduit au minimum. C'est ce que prouve surtout l'histoire des missions chez les païens. Jadis, Byzance avait converti au christianisme les Serbes, les Bulgares et les Croates et avait envoyé bien loin ses apôtres dans le Nord ; l'église orthodoxe de nos jours n'a plus de missionnaires. Des moines grecs, on peut dire que la majeure partie d'entre eux vit «Senza infamiaesenza Iode». Rien ne peut les tirer de leur torpeur intellectuelle, si ce