REVISION DE LA LÉGISLATION
n'est ce qu'ils considèrent, à tort ou à raison, comme une attaque contre leur religion. Complètement incapables de comprendre le but des réformes des empereurs, les moines du VHP siècle voyaient, dans les décrets dirigés contre les symboles, une déclaration de guerre à Dieu lui-même ; et leur apathie fit place à un fanatisme qui électrisa le peuple.
Car la violence n'a pas plus de prise sur la déraison que sur la raison elle-même. Le différend, qui ne portait que sur une question théologique, prit tout de suite un caractère politique, à cause de l'antagonisme existant entre les provinces européennes et les provinces asiatiques de l'empire. En attaquant le culte des images, si peu recommandable d'ailleurs, l'empereur se donnait pour adversaires la grande masse du peuple, qui y était fortement attachée et mettait ainsi en péril l'existence même de l'empire. La crise devait se terminer par la défaite complète des iconoclastes. Le parti qui n'admettait aucune réforme triomphait donc. Ce succès, qui condamnait l'Eglise à l'immobilité, devait fatalement la faire tomber sous l'autorité de l'Etat. Aussi n'est-ce qu'après la destruction de l'État qu'elle a retrouvé son indépendance.
Si l'on considère seulement la codification du droit gréco-romain, on comprend que, dans l'opinion de beaucoup de savants, il ne puisse être question d'un empire byzantin proprement dit avant le YIIP siècle. Les lois de Justinien étaient romaines de forme et de fond ; or, le code de Léon, que nous avons encore, montre un tout autre caractère. On
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aurait tort cependant d'en conclure que, de Justinien à Léon, il s'est produit un changement absolu dans l'état moral du peuple. Justinien ne s'était pas soucié du droit populaire ; Léon, au contraire, a voulu mettre les lois écrites en harmonie avec les coutumes et le droit canon. De là cette différence frappante entre les deux législations. Toutefois, l'influence du christianisme ecclésiastique, qui se manifeste si visiblement dans le Gode de Léon, agissait déjà depuis des siècles. On ne saurait mieux caractériser ce code qu'en rappelant son titre ; c'est « une anthologie de lois et règlements du grand Justinien, améliorés dans un sens plus humain ».
Les considérants de la plupart des décisions sont des citations bibliques. On peut prendre pour exemple la législation de Léon sur le divorce. Le droit romain de Justinien ne reconnaissait au mariage aucune valeur sacramentelle, et le divorce était aussi facile et aussi licite que le concubinat. Mais l'Église pensait autrement à ce sujet : le mieux, c'était de ne pas se marier ; mais, pour employer les termes mêmes dont se sert Grégoire de Nazianze, « le mariage est légitime ; les secondes noces sont une concession (à la faiblesse de la nature humaine) ; un troisième mariage est illégitime ; le quatrième n'est que la vie d'un porc». Acceptant cette manière de voir, Léon décide que le divorce n'est permis que dans des cas déterminés (adultère, impuissance du mari, tentative de meurtre, lèpre ; d'après le Deutéronome, XXIY, v. I). La folie de l'un des conjoints n'était pas plus