LES CONSEILS DE CÉGAUMÈNE
autant d'impression que la pompe du culte byzantin ; c'était le ciel même qu'ils avaient cru entrevoir dans Ste Sophie.
La conversion officielle de la Russie procura d'inestimables avantages au commerce de Byzance. L'armée y recruta des troupes auxiliaires, bientôt admises dans la garde du corps de l'empereur. En Occident, longtemps avant cette époque, une princesse byzantine, femme d'Othon II, avait introduit l'art et les usages orientaux. Elle se montra bonne épouse, et, plus tard, mère judicieuse ; mais ses nouveaux sujets avaient prédit avec force lamentations que son luxe byzantin gâterait la simplicité des femmes germaines que, déjà à cette époque, les poètes célébraient dans leurs vers, tout en croyant qu elles se compromettraient facilement. L'histoire a montré combien on avait eu tort de craindre que le contact de l'étranger ne changeât Thusnelda en Aspasie.
Nous possédons un livre de la seconde moitié du XP siècle, qui a une valeur toute particulière pour la connaissance de la société byzantine et du caractère byzantin. C'est un manuel dédié par un père à son fils ; il comprend une série de conseils et de considérations, qu'illustrent des anecdotes empruntées à la vie du grand-père de l'auteur, homme en vue du temps de Basile II. Cet écrit mérite que nous nous y arrêtions un moment.
Après avoir été l'ennemi de l'empereur de Byzance, Gécaumène, qui était, semble-t-il, d'origine armé-
nienne, finit par devenir son fidèle sujet, quand il se fut établi dans la partie européenne du royaume. Allié à une famille de boyards bulgares, il donne en mariage à l'un de ses fils une jeune Bulgare de haut rang, et conclut encore une autre alliance avec une lignée bulgare ou vlache. Sa généalogie, telle qu'il nous la donne, montre qu'il y avait aussi du sang grec dans ses veines. Ce mélange d'éléments étrangers se retrouve chez beaucoup de Byzantins, dont Gécaumène est, en quelque sorte, le type. Toutefois sa manière d'écrire ne trahit point en lui le Slave ni l'Arménien ; ce qu'on retrouve dans son livre, ce sont des élément grecs, romains et chrétiens.
Une grande partie du livre traite de l'art militaire — de là son titre — et, ici, l'auteur montre qu'il partage les sentiments romains. Les exemples qu'il cite, il les emprunte à la vie de son grand-père ou à l'histoire romaine ; il rappelle, il est vrai, les hauts faits de Pyrrhus et d'Annibal, mais les noms de généraux grecs, même ceux d'Alexandre le Grand ou de Démétrius Poliorcète, semblent inconnus à ce Grec. Il insiste beaucoup sur la science, la ruse et la prudence, même pour les choses de la guerre et il attend visiblement plus des espions et des éclaireurs que de l'impétuosité des braves.
Sa sagesse n'est, en général, pas fort attrayante et, au fond, elle pourrait se résumer en cette maxime : «ne mets ta confiance en personne et défie-toi surtout de ceux qui font des serments». Cette méfiance universelle s'étend même à l'entourage le plus