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LA LITTÉRATURE ET LES ARTS

L'histoire byzantine est la suite de l'iiistoire classique. — Siècles obscurs : Jean de Damas et ses œuvres. — Photius ; « La Bibliothèque »» — DiflFérence entre les encyclopédies du X» siècle et celles de notre temps. — L'épopée de Digénis Akritis. — Son analyse. — La poésie populaire et le rédacteur. Ce poème est l'épopée de la noblesse terrienne.

— Rapports avec la poésie classique et la poésie moderne.

— L'art après la période des Iconoclastes. — Les miniatures. — Le manuscrit de la Genèse à Vienne. — Art hellénique ou art romain. — Le caractère monumental du manuscrit de Rossano et le fragment de Sinope. — L'art dans l'Empire d'Orient. Double courant dans la décoration comme dans l'historiographie. — L'illustration populaire des psautiers. — Les psautiers aristocratiques. — Leur rapport avec l'antiquité. — Evangéliaire de la Bibliothèque de Leyde. — Caractère ascétique de plus en plus marqué de l'art au XI« siècle. — La sculpture sur ivoire. — L'art et le luxe. — Modifications dans l'architecture.

Il ne s'est pas produit, dans l'histoire de la Rome orientale, une rupture violente avec le passé païen comme celle qu'a connue la civilisation de l'Occident; aussi n'est-il pas question à Bj^zance d'une renaissance au sens strict du mot ; il y aura seulement un moment où l'intérêt pour l'antiquité s'accroîtra considérablement. En Orient, l'art antique et l'antique

littérature restent si bien la base de tout développement intellectuel, qu'aux temps où l'on néglige les anciens, toute la civilisation semble s'arrêter.

Jamais, pendant les longs siècles que dura Byzance, il n*y eut de période plus pauvre au point de vue de la vie intellectuelle que celle qui suivit la mort d'Héraclius et qui devait durer un siècle et demi. Quand on examine ce qu'on nous rapporte au sujet de la littérature byzantine, il semblerait que, à cette époque, l'art d'écrire ce que l'on pense fût complément perdu, tant est grande la lacune dans la série des écrivains.

Les époques où la production littéraire semble s'arrêter ont une extrême importance pour la littérature ; tout ce qui est vieux périt et il naît des idées plus jeunes qui, après des années de lutte, finissent par inspirer les poètes et les écrivains. Quand la barbarie s'implante à fond, elle peut, semblable à un rigoureux froid d'hiver, faire mourir toute plante dont la racine est faible ou qui a quelque tare. Mais, au printemps, les plantes les plus vigoureuses de l'été d'autan, s'épanouissent et donnent de nouvelles fleurs. L'hiver au contraire est-il rude et sec, mais sans être trop froid, il ne fait point périr les plantes faibles ; au printemps, elles reprennent le dessus et les insectes nuisibles qui se cachaient dans le sol se montrent de nouveau tout aussi redoutables après ieur sommeil d'hiver. L'Occident a eu cette gelée qui purifie ; et si même elle a détruit bien des choses qui eussent mérité de survivre, elle a du

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moins rendu possible une vie nouvelle. C'est peutêtre un bonheur pour la civilisation de l'Europe qu'il en ait été autrement en Orient. Nulle société ne peut fleurir quand elle est lancée dans la voie du progrès si une opposition conservatrice n'empêche les excès du mouvement qui l'emporte : l'Orient a été pour nous cet élément modérateur, en nous empêchant de rompre complètement avec le passé, et nous devons lui savoir gré du service qu'il nous a ainsi rendu.

A Byzance, on n'eut pas besoin de découvrir de nouveau les anciens, comme durent le faire Pétrarque et sa pléiade. Quand les écrivains se remirent lentement à l'œuvre, ils montrèrent qu'ils connaissaient encore les anciennes formules. Nous comprendrons cette perfection technique si nous lisons l'un des rares écrivains de ces siècles sombres, le seul d'ailleurs qui marque: hors des frontières de l'empire, sous la domi- /- / nation des sarrasins, il a maintenu les traditions dei' /'^' Grégoire de Nazianze et de Jean Chrysostôme. On a^^^^^^ reconnu Jean de Damas, Son exemple nous montre que l'Eglise, même dans la première moitié du huitième siècle, comptait encore des hommes qui étudiaient les classiques. Dans l'introduction de son^ Ji œuvre capitale, La source de la comiaissance, Jean, ^^{^^4^ après avoir enseigné la dialectique pour préparer tf^, ^ l'étude scientifique de la foi chrétienne, réfute une - <îentaine de systèmes hérétiques et compose une x dogmatique complète de la vraie doctrine ; c'est dans le programme de ce célèbre manuel de TEgiise ^

orientale, que l'auteur se prononce en ces termes sur les anciens : « Je donnerai d'abord, dit-il, ce qu'il y a de meilleur chez les sages hellènes (c'està-dire les païens, voir pc 22) ; car je n'ignore pas que si une chose est bonne, c'est que Dieu l'a envoyée d'en haut aux hommes, tout don précieux, tout présent parfait venant d'en haut, du Père de la lumière (St Jacques, 1, 17). Et s'il se rencontre quelque chose de contraire à la vérité, quelque sombre invention de tromperie satanique, quelque machination du mauvais esprit, j'imiterai Grégoire, le grand théologien ; comme les abeilles, je rassemblerai tout ce qui se rapproche de la vérité révélée, prenant ainsi même aux ennemis ce qui peut servir au salut. » Son ouvrage montre, qu'en dialectique, il est le disciple d'Aristote ; toutefois, il cite aussi Euripide et commente Homère.

Cette œuvre capitale de Jean a une importance considérable. Bien que son génie n'eût aucune force créatrice et que ses pensées fussent loin d'être originales, Jean est un savant qui avait le talent de systématiser : il a su composer un tout homogène en utilisant ses immenses lectures. Et il faut prendre à la lettre l'aveu loyal qu'il nous fait à ce propos : « Ici vous ne trouverez rien qui soit de moi ; je me suis borné à rassembler et à reproduire, avec toute la concision possible, ce que des maîtres éminents ont produit. » Mais c'est précisément cette façon de résumer et de systématiser qui a assuré à notre auteur une acti(»n si étendue. L'explication de la dogmatique

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qu'il donne dans la Source de la connaissance^ | traduite en latin au XIP siècle, à même été utilisée '| par les scolastiques de l'Occident, au point que, jadis, on allait jusqu'à le nommer le père de la ^ scolastique.

De son vivant, Jean a été célèbre à cause de sa lutte contre les deux premiers empereurs iconoclastes, à cause aussi de ses hymnes. Quand on lit ses Discours apologétiques contre ceux qui osent s'attaquer aux saintes images^ on doit reconnaître que le Père de l'Église fait preuve ici de raison et d'indépendance ; il montre une modération que, d'après les idées courantes, on s'attendrait plutôt à trouver chez un philosophe laïque que chez un moine. Son principal argument consiste à distinguer avec soin entre l'idée d'adorer, et celle d'honorer, et à mettre en lumière la nécessité qui s'impose, à l'homme, être matériel, de se représenter, sous une forme matérielle, les choses immatérielles. Quand on objecte la condamnation par le deuxième commandement du culte des images, il répond que la foi nouvelle a émancipé l'humanité de l'observation de la lettre de la loi juive, et c'est là un point de vue vraiment libéral. « Nous ne sommes plus, dit-il, sous la coupe d'un pédagogue ; nous avons reçu de Dieu la faculté d'apercevoir les différences qui échappaient aux anciens ; nous savons donc le sens de l'objet représenté, nous savons ce que l'image n'exprime pas ». La tradition, à laquelle il reconnaît une autorité aussi grande, ou même plus grande, qu'à la

Bible est favorable au culte des images ; telle est du moins son opinion, qui, on le sait, est fort contestable. Mais, surtout, il s'élève contre les mesures violentes des empereurs. « Ce n'est pas aux princes pieux de bouleverser les institutions de l'Eglise; aussi les anciens souverains n'ont-ils pas agi de la sorte ; il faut persuader, et l'on peut qualifier de brigandage tout résultat obtenu par la violence. » Mais Jean Damascène croit-il que c'est faire acte de violence que d'établir la vérité par des coups de force ? Il est difficile de savoir ce qu'il pense à ce sujet.

Jean vivait loin du palais impérial, et cette circonstance explique comment^ à une époque où le césaropapisme existait déjà depuis des siècles, il a osé proclamer ce que Jean Chrysostôme n'avait pu confesser qu'au prix de sa sûreté personnelle. A savoir « que nul empereur n'a le droit de prescrire des lois à l'Église ». Son erreur dans sa défense des images, c'est de ne tenir nul compte de l'influence que le culte des images et des reliques devait exercer sur des esprits moins savants, et uicapables de distinguer les nuances comme lui; obéissant à un sentiment aristocratique, il ne se soucie pas des périls que présente la prédication aux ignorants d'une théologie édifiée par des penseurs et pour des penseurs, j Les hymnes que Jean de Damas a composées témoignent du même dédain ; il n'a nullement cure de se faire comprendre de la grande masse. On voit

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