PHOTIUS ; « LA BIBLIOTHÈQUE
clairement, par son exemple, comment et pourquoi les promesses que semblaient donner les efforts de Romanos ne se sont pas réalisées. Au lieu d'adopter une forme et une langue simples, il s'attache à des ornements artificiels, et en revient aux principes d'une métrique fondée sur la différence de la quantité des voyelles ; cette différence, pourtant, n'existe plus depuis des siècles. Mais s'il nous est impossible de pénétrer dans le sens de la plupart de ces hymnes ; aux yeux des Byzantins elles paraissaient belles précisément à cause des particularités que nous condamnons comme des fautes. La forme savante des hymnes n'empêchait pas les simples d'y retrouver les idées qu'ils rattachaient au thème connu et qu'ils aimaient à entendre répéter. A l'époque surtout des persécutions, quand sévissaient les plus violents iconoclastes, on ne se lassait pas d'écouter des bénédictions bibliques et des vers consolateurs, cent fois répétés. L'élément dramatique devenait de plus en plus insignifiant, comme si l'édification ne dépendait plus que de la longueur des cantiques. Les poètes postérieurs à Jean, dont la prose était pourtant si simple, ont encore dépassé sa prolixe emphase.
Aux débuts de la période dans laquelle on se mit à étudier l'ancienne littérature avec un intérêt croissant, et où cette étude donna naissance à de . ^ nouvelles productions, nous rencontrons Photius. r^ Deux empereurs, par leurs décisions arbitraires, ^^ élurent, déposèrent, élurent de nouveau ce patriar- ^ che pour le confiner enfin dans un couvent. C'est lui
qui fit éclater la haine de l'Église orientale contre Rome. Le différend religieux datait d'ailleurs de la fondation de Gonstantinople. N'eût été le césaropapisme de Byzance, il aurait amené, bien des siècles avant l'entrée en scène de Photius, la rupture officielle qui se produisit deux cents ans après sa querelle avec le pape.
Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises de l'attitude des deux grandes fractions de l'Église ; leurs rapports furent toujours tendus, bien que les menaces de conflit fussent régulièrement suivies de rapprochements. Les prêtres mariés des Grecs faisaient horreur aux Occidentaux ; par contre, les ascètes de l'Orient flétrissaient du nom d'impiété le peu de sévérité du jeûne des Occidentaux. Mais il y avait surtout désaccord sur un point de dogme ; l'Orient professait que le Saint Esprit procède du Père ; l'Occident, qu'il procède du Père et du Fils. Or, quand, au commencement du IX^ siècle, les Bulgares se convertirent en masse, ils se rattachèrent d'abord sur ce point aussi à l'Église occidentale. Photius saisit cette occasion pour manifester son opposition. Il ne pouvait supporter que les peuples de l'Orient, convertis en grande partie par des moines grecs et, qui avaient accepté la civilisation grecque, se rattachassent à ces demi-barbares de l'Occident. Car, à ses yeux, les Latins ne méritaient pas d'autre nom.
Il est facile de comprendre le dépit de Photius et de ses partisans. Profondément instruits dans la