PHOTIUS ; « LA BIBLIOTHÈQUE
littérature grecque , versés dans la philosophie , conscients d'appartenir à un état qui avait hérité de la puissance romaine, ils éprouvaient un profond mépris pour l'empire d'Occident, gouverné par un prince tel que Charles le Gros, retombé dans la barbarie, et où la connaissance du grec avait presque complètement péri. Il ne rentre pas dans notre plan de raconter le rôle politique de Photius, ni les efforts heureux qu'il fit pour ramener les Bulgares à l'Église orientale, et pour unifier celle-ci en vue de la lutte contre Rome. Mais il convient de définir d'un mot la place spéciale qu'il occupe dans l'histoire littéraire ; du même coup on aura quelque lumière sur la science byzantine de son temps.
Le patriarche Photius était extrêmement riche, et il a dû posséder une bibliothèque d'une importance extraordinaire. Quand on venait le voir dans son i salon littéraire, il expliquait ses livres à ses visiteurs. I C'était une espèce de société pour l'avancement des | sciences ; mais on aurait tort de s'attendre à y ï rencontrer des séances de philosophie où, à la façon de Platon, les invités cherchaient en commun la vérité. Ils se contentaient d'y faire montre de science, de culture et de fermeté de jugement. Nous devons le livre remarquable qui est connu sous le nom de Bibliothèque de Photius ou MyriobiUon au désir du / frère du patriarche d *être tenu au courant de ce qui se disait dans cette société. Photius y examine 280 volumes, sans ordre appréciable, au hasard ; parfois il en donne des extraits, qu'il accompagne de courtes
remarques sur la vie des auteurs. Photius, en grand personnage qui ne veut point passer pour un savant de profession, a probablement saisi le prétexte que lui fournissait le désir de son frère, pour publier un aperçu de ses auteurs de prédilection. Impossible, en effet, d'admettre qu'il ait vraiment donné lecture, aux séances, de tous ces écrivains ecclésiastiques ou profanes, historiens, orateurs, médecins, romanciers ; impossible de le croire, quoique Photius le répète à
(chaque chapitre. Dans cette collection manquent beaucoup d'auteurs païens connus, la plupart des philosophes, de grands historiens et tous les poètes. i C'est que Photius a probablement trouvé plus piquant I de ne mentionner que les livres que ne lisait pas ] tout le monde.
L'auteur donne rarement son avis sur le style ; mais, quand il le fait, c'est toujours en quelques mots précis, qui téinoignent d'un jugement profond. Ainsi, il dit de Lysias que « à première vue, il ne semble pas avoir beaucoup de force dans l'expression ; on croirait que c'est un auteur facile et, pourtant, il est bien difficile à imiter ». Tout aussi remarquable est l'avis qu'il émet sur Lucien. « C'est un de ces hommes, dit-il, qui, en somme, ne professent aucune opinion; car, tout en raillant les croyances des autres, il n'avoue pas ce qu'il pense lui-même, à moins que l'on ne dise que sa croyance consiste à n'en pas avoir ». Le style de rhéteur de Théophylacte, sa manière de citer des sentences à tout propos et hors de propos lui paraissent venir