‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 70 sur 122 · LA BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE

d'un manque de goût enfantin et d'une vanité qui voudrait en imposer ; néanmoins, il ne juge pas défavorablement sa langue, et lui accorde un éloge général, probablement parce qu'il est évident qu'il a lu beaucoup. Photius connaissait encore, en tout ou en grande partie, différents historiens dont nous ne savons que ce qu'il en dit ; et, par là, son œuvre a une valeur singulière et de tout premier ordre pour l'histoire de la littérature.

Ce n'est pas seulement dans sa Bibliothèque que Photius a déployé sa science, mais aussi dans un lexique expliquant les termes vieillis que ses contemporains ne comprenaient plus. Ses écrits théologiques semblent également plutôt des compilations érudites que des œuvres dues aux méditations savantes de l'auteur ; la sagesse y est répandue d'une main légère, comme dans la Bibliothèque. C'est qu'il n'avait pas, comme Jean Damascène, le talent de systématiser.

Depuis l'antiquité jusqu'à la chute de Constantinople (1453), nous avons, à Byzance, une série d'historiens comme n'en possède aucun autre peuple de l'Europe ; il y a cependant une lacune pour les deux siècles qui suivent la mort d'Héraclius (641). A la fin de cette période apparaissent des chroniqueurs, puis, bientôt après, des historiens proprement dits ; ils ont, chacun, une forte individualité. Mais, de même que les écrivains mentionnés plus haut (p. 102), ils se ressemblent sous beaucoup de rapports et comprennent tous leur tâche de la même manière.

Les grands événements ont donc bien pu modifier à Byzance la production littéraire, mais sans lui donner une vie nouvelle : jamais les révolutions n'ont, pour cela, pénétré assez profondément.

Nous savons, par la Bibliothè que de Photius, quell partie importante de l'héritage des anciens s'était conservée malgré tous les troubles. Dans le siècle qui commença quelques années après sa mort, on mit de l'ordre dans ces richesses. Le dixième siècle est ^ ^ l'époque des encyclopédies et ce fut l'empereur luimême, Constantin Porphyrogénèle, qui organisa ce travail académique. On fit des extraits d'ouvrages sur l'agriculture, la médecine, l'art de la guerre, la théologie, la zoologie; quant aux lois, le prédécesseur de l'empereur, Léon le Sage, avait déjà entrepris une compilation et une refonte des codes. En réalité, Jean Damascène le premier avait donné l'exemple de semblables collections en réduisant Tancienne théologie en système. Le même souci se montre encore plus clairement dans la Bibliothèque de Photius. Mais, avec Constantin, c'est devenu la tendance bien nette de toute l'époque : elle nous fait penser à la science actuelle, qui s'efforce d'inventorier, pour les différentes branches du savoir, la somme de nos connaissances dans des corpus ou des manuels. La différence entre la science byzantine et celle de notre temps, c'est que, de nos jours, le principal, c'est l'étude inépendante de la science, la recherche de vérités nouvelles. Ces gigantesques collections des Grecs et des Latins ne sont plus, à nos

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