LA CONVERSION DE CONSTANTIN
soutenir la lutte avec succès, c'était, malgré son riche fonds d'idées philosophiques, cette fermeté que le christianisme devait à sa doctrine appuyée sur une révélation précise.
Il ne faut pas s'étonner qu'une telle unité fît une profonde impression sur l'esprit d'un empereur romain : il sentait hien qu'il y avait là une force analogue à l'unité qui donnait sa puissance à l'empire ; aussi n'est-ce pas seulement par calcul, mais par conviction, qu'il prit le parti du pouvoir spirituel grandissant, auquel il ne pouvait refuser son admiration.
Dès qu'on se fut rendu compte de la différence qu'il y avait entre les Juifs et les Chrétiens, et qu'on eût aperçu clairement la portée démocratique de la nouvelle foi, on sentit à Rome que la simple doctrine de l'Evangile avait une force dissolvante qui menaçait l'empire ; mais à mesure qu'elle fit place à un christianisme dogmatique, on conçoit que des esprits impérialistes se soient enthousiasmés pour la grandiose unité qu'il réalisait. Il n'est pas nécessaire pour cela que Constantin ait été un chrétien croyant à la façon dont nous le comprenons de nos jours. On peut penser que la crainte du Dieu puissant, qui a le pouvoir de condamner le pécheur à des souffrances éternelles, aura surtout amené sa conversion, qu'il ne proclamera d'ailleurs qu'à la fin de sa vie ; et il aura été moins touché de l'idée d'un Père céleste, aux yeux de qui les esclaves et les hommes libres, les Romains et les Barbares sont égaux.
Mais il devait s'apercevoir avec déplaisir que, dans cette église chrétienne aussi, des dilFérends s'étaient produits et l'homme d'action, l'organisateur qu'il était, voulut mettre fin à ce danger menaçant. Il convoqua donc le concile de Nicée (32^) pour conr solider l'unité de l'église et déterminer ce qui était I la vérité, c'est-à-dire, au point de vue de l'état, la î paix. Car aussi longtemps que l'étude des questions métaphysiques n'agitait que l'âme des philosophes sous les colonnades de leurs académies, un magistrat rom.ain pouvait se permettre le scepticisme et demander: « Qu'est-ce que la vérité?» Mais quand cette question put menacer la Paw rornana^ il fallut aux fonctionnaires des instruclions, des notes dûment parafées, émanant d'une autorité supérieure, pour trancher la difficulté. Personnellement, un empereur pouvait considérer tel système comme le plus vrai ou chercher le repos dans l'agnosticisme ; mais, comme représentant de l'autorité, il voulait l'unité, la fixité, la soumission aux intérêts supérieurs de l'Etat ; et, en sa qualité d'autocrate, il croyait les connaître mieux que personne.
Les inconséquences de Constantin sont vraiment humaines: les héros de la foi en sont-ils donc eux-mêmes exempts? On peut d'ailleurs admettre que le même homme qui voulait briser toute résistance à son poing armé, ait pu, sans pour cela se contredire, faire des décrets qui parlent plus haut que la fondation d'églises, et qui montrent combien les idées chrétiennes avaient gagné de terrain. C'est