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LE MANUSCRIT DE LA GENÈSE A VIENNE

et même bien des siècles avant celle d'Héraclius ; mais, dans les limites de ce byzantinisme proprement dit, il faut constater , il est vrai , des changements intéressants après la période des désordres.

Les empereurs iconoclastes ont eu plus qu'une influence négative sur l'art de leur empire. Nous verrons que, malgré leur défaite, l'art de leurs adversaires les plus puissants, les moines, montre encore des effets de leur action.

Les décrets qui défendaient les images ou qui ordonnaient de les détruire ou de revêtir d'un badigeon les murs ornés des églises, ont rendu tout art monumental impossible pendant quelque temps. Mais ils ne pouvaient empêcher que, derrière les murs des couvents, des croyants illustrassent leurs livres saints avec plus de zèle encore qu'auparavant ; en exerçant plus intimement leur culte, ils voulaient se dédommager de ne pouvoir manifester ouvertement leur religion. L'art qui trouva asile dans les monastères reflète sans aucun doute les mesures violentes de l'autorité séculière ; mais comme ce n'était plus une afl'aire d'état, ses productions montrent plus nettement leurs attaches avec le passé ; aussi son histoire se prête-t-elle parfaitement à une exposition d'ensemble. C'est pourquoi nous parlerons aussi ici des miniatures qui nous restent de la première période de l'art byzantin.

La bibliothèque de Vienne possède deux manuscrits, qu'on peut appeler les monuments les plus anciens de l'art de la miniature byzantine. L'un

comprend l'illusti-ation d'une partie de la Genèse ; l'autre, le texte richement orné des œuvres du médecin Dioscoride. On connaît la date de ce dernier manuscrit ; elle nous est fournie par la dédicace, qui est adressée à une princesse de Gonstantinople vivant à la fin du cinquième siècle et au commencement du sixième. Le fragment de la Genèse, à en juger par l'écriture, doit être à peu près de la même époque. Différents artistes ont travaillé à cette Genèse de Vienne ; il est facile d'y constater une différence de style. Les savants modernes ont surtout été frappés de ce que certains tableaux sont combinés à la façon d'un récit dont les épisodes se déroulent devant nous. En outre, ils sont traités avec un réalisme original, résultant du caractère fugitif donné au dessin : l'artiste ne marque pas les rapports géométriques des lignes, mais, comme l'ont fait les grands peintres espagnols ou néerlandais du dixseptième siècle, ou les dessinateurs français du dix-neuvième, il laisse à l'œil le soin de former un ensemble des traits qu'il se borne en quelque sorte à indiquer. Le propre de ce système, c'est de ne pas fixer, comme le faisaient les classiques, un point central dans la suite des événements, mais de rendre le développement de l'action par une série de tableaux. Ce qu'il y a de sommaire dans le dessin donne à la représentation sa vie et son caractère moderne. Ces deux caractères devraient, selon certains auteurs , être attribués à une influence romaine. Et c'est ainsi qu'on en est venu à voir, dans ces

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