‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 75 sur 122 · ART HELLÉNIQUE OU ART ROMAIN · texte numérisé non relu

ART HELLÉNIQUE OU ART ROMAIN

miniatures, et d'autres du même genre, des produits d'un art impérial romain, développé spontanément après l'efflorescence des écoles d'Alexandrie et de Pergame et dont le caractère particulier serait un vif sentiment individuel.

Une connaissance plus approfondie de l'art byzantin a fait justice de cette hypothèse éphémère. La manière narrative provient de ce que l'on eut d'abord à illustrer des rouleaux et non des livres analogues aux nôtres. Quant à la technique illusionniste, pour lui donner ce nom, qui, au fond, se ramène à la prédominance de la peinture sur le dessin, on la déduit de la technique de la peinture, c'est-à-dire de l'encaustique : avec une spatule de fer chauffée on brûlait dans le bois ou sur les murs les couleurs liées au moyen de cire. L'apparition de la peinture à l'huile a produit, dans des temps plus récents, une évolution analogue de l'art da dessin.

Il faut chercher chez les Byzantins l'origine de ces deux conceptions, qu'on voulait attribuer en propre à l'art impérial romain. Si cette façon de procéder avait été romaine, on devrait s'attendre à rencontrer une idée du même genre dans les miniatures latines les plus anciennes; par exemple, dans celles de l'Itala (la plus ancienne traduction latine do la Bible) découverte à Quedlinburg ; or, il n'en est rien. D'autre part, si l'on étudie avec soin le naturalisme de quelques tableaux des illustrations de la Genèse — un admirateur, enthousiaste à l'excès, a dit que la représentation du rêve de

Joseph est une pastorale à la façon de Van Ostade — on peut en réalité les rapprocher à bon droit des descriptions de la nature que donnent les romans grecs, dont nul ne songera à contester le caractère hellénique.

Il est tout aussi peu vraisemblable que l'idée illusionniste ait une origine occidentale. Quand on examine les images des deux manuscrits devienne, ce qui frappe tout d'abord, c'est ce qu'on pourrait appeler une ressemblance avec les fresques murales de Pompéï ; aussi n'a-t-on pas hésité jadis à établir un rapprochement entre les particularités de Pompéï, et l'art romain proprement dit. Ceux qui ont eu l'occasion d'admirer, il y a quelque dix ans, les peintures égyptiennes exposées dans plusieurs grandes ville, par un marchand de Vienne, M. Graf, se rappelleront que les portraits placés sur les momies offrent la plus grande ressemblance avec les figures de Pompéï, dont tout le monde a vu des reproductions. Ceux qui ont fait cette comparaison trouveront qu'une représentation comme la Médée de Pompéï est une continuation de l'art égypto-hellêne, dont la généalogie remonte jusqu'aux statues de bois si réalistes des anciens Égyptiens, bien plutôt qu'un type hellénique dont le génie romain aurait fait un portrait. On ne peut plus croire pourtant que ces portraits égyptiens, dont quelques-uns datent, semblet-il, du temps de l'empire romain, aient subi aussi l'influence de ce qu'on nomme l'art impérial ; cette hypothèse est insoutenable depuis qu'on a découvert

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