‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 78 sur 122 · ÉVANGÉUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE LEYDE · texte numérisé non relu

ÉVANGÉUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE LEYDE

piédestal isolé, se dresse la figure vraiment byzantine de David, revêtu du manteau impérial ; et si même elle ne plaît pas à ceux qui s'en tiennent à la conception classique, on doit reconnaître cependant son caractère individuel profondément accusé. Il ne faut pas dire que ce groupement hiératique n'est qu'une maladroite juxtaposition ; c'est plutôt une manifestation de la préférence des Romains orientaux pour ce qui est cérémonie, ou, pour mieux dire, représentation.

Puisque la civilisation byzantine est double, il est peu vraisemblable à priori que tout doive être uniforme dans l'art. Entre la tendance historique et la tendance plus populaire, on constatera beaucoup de nuances, suffisantes pour réfuter le reproche de monotonie que, seul, le préjugé des ignorants fait encore à l'art byzantin. L'illustration des Évangiles et des livres liturgiques, dont on trouve d'admirables exemplaires dans les grandes bibliothèques de Rome et de Paris, nous met aussi en présence, ou de peintres, pour qui l'art est une manifestation de sentiments individuels et qui signent même leurs œuvres, ou de modestes ouvriers, qui répètent simplement, avec leurs couleurs, ce que le texte exprime.

Cette différence dans l'art byzantin ne se montre pas seulement dans les images des manuscrits célèbres imparfaitement publiées par les manuels, puisqu'ils n'en reproduisent pas les couleurs ; un évangéliaire de la bibliothèque de Leyde, qui est pour ainsi dire inconnu, ou dont on ne cite du moins

jamais les miniatures, suffit pour réfuter le reproche de raideur morose que l'on aime à faire aux Byzantins. Il est fort regrettable que ses miniatures ne soient pas plus nombreuses et que plusieurs d'entre elles aient souffert des atteintes du temps. Mais on peut encore voir très distinctement une Madone, dont le visage a une expression si douce et dont l'attitude de pieuse oraison est si frappante, qu'on peut sans crainte la comparer aux figures de Fra Angelico. A une autre page, on représente l'Annonciation ; l'ange Gabriel est peut-être un peu lourd de formes et l'expression du visage est manquée ; mais, ici aussi, la madone est excellente, bien que tout à fait diff'érente de celle de Paris. Dans notre image, plus grande d'ailleurs, le visage de la Vierge, se conformant davantage à la convention byzantine, exprime une dévotion plus grave et, comme dans les œuvres modernes, présente une expression mélancolique, que lui donne probablement la forme de certains traits, telle que la courbe hardie du nez. Par contre la bouche et le menton ont quelque chose d'aimable. L'attitude que la Vierge a prise pour regarder l'ange en laissant reposer son rouet, est pleine dévie. Les miniatures ne paraissent pas être plus récentes que le commencement du onzième siècle.

Au onzième siècle, l'art byzantin commence à prendre quelque cnose ae celte raideur hiératique, qui provient ae la prédominance dans l'art des tendances ascétiques des moines et qui, dégénérant, aux

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