LA SCULPTURE SUR IVOIRE
siècles suivants, en formalisme machinal, a été la principale cause du mauvais renom qui s'est longtemps attaché, dans l'Europe occidentale, à toutes les productions byzantines. Les mosaïques qui se trouvent encore sur les murs de deux célèbres couvents grecs, offrent des spécimens de ces formes de transition du style byzantin. Une image du Christ dans le monastère de St-Lucas en Thessalie présente déjà un long visage émacié, aux traits durs et vieillis ; la Madone, non plus, n'a pas conservé la grâce juvénile de l'art antérieur. Son image peinte sur les murs du couvent de Daphni, aux environs d'Athènes, montre beaucoup de ressemblance avec la Madone du manuscrit de Leyde. Mais si l'ovale du visage est aussi beau, si l'expression est tout aussi profonde, par contre, l'artiste a donné à la bouche cette expression hystérique que les miniaturistes devaient encore exagérer dans la suite et qui, loin de nous paraître sublime, nous déplaît profondément. Quand enfin la j tendance ascétique a triomphé complètement, les 't visages du Christ et de Marie montrent bien qu'aux | yeux des Byzantins, l'Evangile est, pour parler avec > St Paul, une force divine pour le salut. Mais ce n'est j, pas, pour eux, une force divine qui donne la joie, J comme on peut le constater plus tard dans les peintures pleines d'allégresse qui ornent les murs du couvent de St Marc à Florence.
La sculpture monumentale des Byzantins n'a jamais rien produit qui puisse être comparé aux chefsd'œuvre de l'art classique. Déjà au cinquième siècle,
la sculpture sur pierre, si étroitement unie au culte des païens, passe au second plan et la faveur va à des arts plus intimes et moins robustes: ceux des orfèvres, des ivoiriers, des émailleurs et des brodeurs. L'art chrétien antique avait déjà créé des ivoires remarquables, conservant ainsi des traditions qui, depuis le temps de Phidias, ne s'étaient jamais perdues dans l'Hellade ou à Rome. Innombrables sont les objets ornementés d'ivoire (notamment une quantité énorme de peignes) que nous ont donnés les catacombes. Mais ce qu'il y a de plus instructif pour l'histoire de la sculpture sur ivoire, ce sont les diptyques où l'on consignait, pour les honorer, les "'/'' noms des consuls ou, plus tard, ceux des bienfaiteurs des communautés chrétiennes ; on les offrait en présent à des personnages importants, quand l'Eglise ne les gardait pas comme de précieuses archives. C'est ici, en effet, que se montrent le plus clairement les liens avec le passé.
Ces matériaux coûteux répondaient tout à fait au goût que la cour byzantine avait pour la magnificence. Aussi la majesté des figures se manifeste-t- ' elle surtout à l'époque où l'Empire, après avoir triomphé des iconoclastes, avait retrouvé une nouj velle splendeur. Les productions antérieures à ce temps, quoique non sans mérite dans leur libre imitation des modèles antiques, ne comptent pas quand on les compare avec les représentations, datant du dixième ou du onzième siècle, qu'on trouve sur les reliures des manuscrits ou sur les