‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 80 sur 122 · LA SCULPTURE SUR IVOIRE · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE SUR IVOIRE

couvercles et les parois latérales de coffrets destinés à des usages ecclésiastiques.

Pour nous rendre compte, autant que possible, de l'impression que cet art donnait aux contemporains, nous devons, bien plus que lorsqu'il s'agit de miniatures, nous en représenter les productions sous une forme un peu différente de celle qu'elles nous offrent dans beaucoup de collections particulières et surtout au South Kensington Muséum de Londres. Le temps a fait disparaître la polychromie qui, sans aucun doute, vivifiait ici aussi le relief; les parties saillantes, telles que le nez, sont parfois endommagées ou usées ; impossible souvent de reconstituer l'ensemble, parce que les parties intégrantes des petits ou des grands meubles, ornés de feuilles d'ivoire incrustées, se sont dispersées. Si nous parvenons à le rétablir dans notre esprit, nous constaterons une concordance frappante avec les Madones et les saints des miniatures ; la Yierge des ivoires unit aussi la grâce à la noblesse et l'image qu'elle nous présente nous fait connaître le caractère personnel de Tartiste, mieux que mainte image plus correcte au point de vue de l'anatomie, ce côté faible des maîtres byzantins. La matière employée contribue, sous certains rapports, à rendre l'impression plus profonde encore ; ainsi, par exemple, la matière rebelle que travaille l'ivoirier s'accommode mieux que la peinture des lignes dures de la draperie; d'autre part, la couleur mate de l'ivoire donne aux visages une distinction que le miniaturiste réussit

bien moins à produire avec les moyens dont il dispose.

La valeur commerciale de la matière a sauvé

jusqu'à nos jours une grande quantité de créations

!de l'orfèvrerie byzantine. Les fournisseurs delà cour de Byzance se distinguent surtout dans la fabrication de ce qu'on appelle les émaux cloisonnés: ils [ versaient des matières précieuses en fusion dans I de petites cloisons de métal et les réunissaient en ; mosaïque pour représenter des figures. Quand on ne dispose pas de reproductions à mettre sous les yeux du lecteur, on retombe fatalement dans des généralités et des répétitions, si l'on veut décrire cet art de plus près après avoir parlé de l'art des peintres et des ivoiriers. Il en est de même pour la broderie sur soie ou pour le sertissage des joyaux. Il serait injuste de n'expliquer la valeur de ces objets que par le prix des matériaux et le mérite de la difficulté vaincue dans le travail ; rien que le sens des couleurs, qui va souvent même jusqu'à l'aiféterie, doit nous préserver de jugements empreints d'une telle sévérité. Mais il faut reconnaître que nous rencontrons ici un caractère particulier de l'art byzantin, qui le met en opposition avec la plus belle qualité de la vie grecque de l'antiquité, telle qu'elle se manifeste dans l'art d'Athènes au cinquième et au quatrième siècle.

!A Athènes, l'amour du luxe passait pour un défaut de barbares; l'or et l'ivoire, pris en eux-mêmes, / n'étaient pas plus importants pour l'artiste que la i' pierre ou l'argile. La civilisation si harmonieusement

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développée des contemporains de Périclès n'était pas due à cette circonstance que la bourgeoisie pouvait vivre de ses revenus en laissant faire tous les travaux par des esclaves ; mais (les manuels d'économie politique de toute tendance ont beau prétendre le contraire) elle provenait de l'union que l'on ne con-<^/^c>^^ naît pour ainsi dire plus de nos jours du sentiment "(^\^*"''^ du beau avec la modération des besoins. A Byzance,/*^''^^ ^ ou tout au moins à Gonstantinople, ville d'industrie " ^''^^ et de commerce, on était plus près de la conception | moderne ; le beau, disait-on comme chez nous, est | tout d'abord destiné à ceux qui peuvent payer et là j où il y a de l'argent, l'art se produit spontanément. Toutefois les patriciens de Byzance n'avaient pas au même degré que certains de nos contemporains la manie d'entasser, dans leurs salons, des trésors artistiques ou des productions considérées comme tels. On a le droit de l'affirmer quand on constate une certaine sobriété dans l'ornementation des manuscrits, et l'absence de détails superflus dans les œuvres d'art. C'est ce que prouve encore la survivance de la tradition dans des régions considérables de l'Orient, qui n'ont pas subi l'influence européenne.

Toutes les branches de l'art byzantin ont été prospères dans cette seconde période, et l'architecture n'est pas restée en arrière. De cette époque date l'agrandissement du palais impérial et l'arrangement qui en fit le luxueux séjour dont nous avons parlé quand il a été question du cérémonial minutieux de

la cour (voir p. 176). On bâtit une foule d'églises, toutes du style qui avait trouvé sa plus belle expression dans Sainte Sophie. Les mêmes raisons qui nous ont engagé à nous résumer quand nous avons parlé de l'art des ivoiriers et des orfèvres nous engagent à nous abstenir ici de tout détail. Aussi tiien n'avons-nous pas à signaler de profondes modifications dans la manière de construire ; notons toutefois que la sveltesse, toujours plus grande dans les figures des arts plastiques, se montre aussi dans l'architecture religieuse de cette période. C'est ainsi, par exemple, que les coupoles qui couronnent les églises s'élèvent sur de hauts tambours au-dessus de la nef ; des colonnes élancées remplacent les lourds piliers des églises anciennes ; il y a plus de fenêtres qu'auparavant. Tout cela témoigne d'une recherche d'élégance, qui, d'ailleurs, s'applique, maintenant plus qu'au temps de Justinien, à l'extérieur des constructions.

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