L.V CROISADE LATINE
importantes. Et tout d'abord la Bulgarie. La force d'assimilation du peuple grec n'avait pas suffi pour transformer les vaincus de Basile II ; ils n'avaient jamais abandonné leur langue et leurs institutions, ni renoncé au projet de s'affranchir de la domination des Byzantins; aussi bien les impitoyables agents du fisc ne pouvaient que les pousser à la révolte. Plusieurs fois des émeutes avaient éclaté et avaient été réprimées. Mais, sous le règne des Angélus, les Slaves surent se rendre indépendants des Grecs ; et, cette fois, définitivement. L'un des empereurs menait en personne une campagne ; son frère profita de son absence pour le déclarer déchu du trône ; à son retour, il s'empara de lui et le relégua dans un monastère après l'avoir fait aveugler. Ce crime fournit aux Vénitiens le prétexte qu'ils cherchaient pour attaquer Byzance.
De même qu'Alexis Comnène avait su amener les chevaliers de la première croisade à servir sa politique, de même Venise réussit à décider les armées qui allaient en Terre sainte à exécuter ses plans. La république commerçante savait très exactement ce qu'elle voulait ; cela suffisait contre les croisés, animés de sentiments bien différents. La politique de Venise n'avait rien de noble. Par d'habiles manœuvres, elle amena les pauvres chevaliers à s'endetter ; il lui fut facile alors d'obtenir que ces champions de la foi chrétienne l'aidassent d'abord à forcer à l'obéissance une ville qui s'était révoltée contre elle, et prêtassent ensuite leur assis-
tance pour replacer l'empereur déposé sur son trône. Une expédition contre l'opulente Constantinople promettait plus de butin qu'une guerre contre des princes musulmans, avec lesquels on entretenait d'ailleurs d'importantes et amicales relations commerciales.
C'est en vain que le pape protesta contre cette honteuse violation du serment des croisés ; forcés eu partie par la nécessité, en partie attirés par la perspective des richesses à conquérir à Constantinople, les chevaliers avides d'argent, et les fanatiques qui s'étaient joints à eux, désireux de se procurer des reliques, suivirent l'impulsion de Venise. Sans rencontrer de sérieuse résistance, les alliés atteignirent leur but. L'usurpateur abandonna la ville à son malheureux sort ; provisoirement, les croisés durent se contenter de piller les habitants ; ils se récompensaient ainsi eux-mêmes du service qu'ils prétendaient leur rendre en rétablissant un indigne empereur. Le peuple, perdant enfin patience, massacra les Francs qui étaient dans la ville et ferma les portes de la cité. Les croisés tenaient enfin le prétexte qu'ils cherchaient. Ils préparèrent avec soin une attaque ouverte contre cette cité si forte, et, après une lutte furieuse, Constantinople fut prise (1204).
Quand la porte qui arrêtait l'armée des croisés eut cédé, et qu'on eut éteint un incendie qui rendait difficile l'accès de la ville, on commença, de sang froid, à piller et à massacrer, mais surtout à piller. Dans cette armée composée de tant de nations et qui,