REPRISE DE CONSTANTINOPLE
presque pas de rôle dans l'architecture byzantine. Ces exagérations de quelques savants ne s'attachant qu'à un côté de la question, doivent nous engagera la prudence, sans, pour cela, nous faire renoncer à une méthode utile ; car, dans les questions de ce genre, l'étude systématique de la langue grecque promet encore beaucoup, selon les temps et les lieux. Ainsi, par exemple, la décadence de la marine de Byzance et l'abaissement de son commerce au profit des marchands et des banquiers italiens se manifestent dans une langue, où presque tous les termes de marine et les mots tels que capital, caisse, change, crédit sont d'origine italienne. Le purisme du dixneuvième siècle a voulu transformer ces termes en vocables ayant un air de grec ancien. La tentative a parfaitement réussi pour la finance; mais les matelots et les marins grecs, les pêcheurs d'épongés et les petits caboteurs ont conservé les dénomi- | nations et les commandements dont leurs pères ' se servaient quand ils anéantissaient les croiseurs j turcs. Et l'état a dû se contenter de traduire en ! grec actuel ces nouvelles expressions antiques dans [ ses règlements maritimes.
Après la conquête de Constantinople, il fut bientôt visible que l'empire latin n'aurait qu'une courte durée. Les treize mille hommes qui avaient pris cette ville en étaient réduits à leurs seules ressources, dans un vaste pays dont la population indigène les considérait comme des barbares et des brigands. La flotte des A^énitiens put seule empêcher l'armée
des croisés, qui fondait rapidement, de céder plus tôt aux chefs grecs, qui, avec beaucoup d'audace et, parfois même, avec quelque apparence de légitimité, continuaient la tradition de l'empire byzantin. Les plus puissants de ces chefs étaient les souverains de Nicée, en Asie mineure ; leurs talents militaires avaient forcé pour longtemps les Seldjoucides à garder la paix, et leur gestion économe avait procuré au royaume fondé par eux tout l'argent nécessaire pour la guerre. Les deux rivaux grecs de ce nouvel empire, le tyran d'Épire et le souverain de Trébizonde, durent renoncer à leur espoir de s'emparer de Gonstantinople ; le premier, en dépit de l'aide que lai donnèrent les Francs, fut battu et son territoire annexé ; quant à l'autre, il dut se contenter d'une partie de l'ancien royaume du Pont, où ses descendants végétèrent encore quelques années. Sous un usurpateur de la famille des Paléologues, les Grecs de Nicée parvinrent enfin à reconquérir sans trop de peine la vieille ville impériale, en l'enlevant aux misérables Francs qui restaient. Ainsi finit une domination de cinquante-sept ans, aussi fatale aux vainqueurs qu'aux vaincus, non seulement à son début mais encore pendant toute sa durée.
L'ancien empire romain d'Orient était donc rétabli ; mais en le comparant même à ce qu'il avait été pendant les années difficiles où Alexis F'' ne disposait que de faibles ressources pour tenir tête à des ennemis l'assiégeant de toutes parts, il faut reconnaître qu'il ne présentait plus qu'un reste insi-