‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 88 sur 122 · DÉCADENCE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE GÉNÉRALE

gnifiant de son ancienne splendeur. En Europe, les Bulgares et les Francs avaient entamé le territoire de l'empire ; dans les îles, c'étaient les Vénitiens qui dominaient ; à l'Orient, la tribu turque des Osmanlis prenait déplus en plus d'importance. Il est pourtant permis de croire que tous ces ennemis, par quelque heureuse faveur de la fortune, par le génie d'un grand général, ou surtout à cause do leur manque de cohésion, auraient pu, une fois encore, succomber devant la ténacité et l'habile gouvernement des Byzantins, si la force économique de la capitale n'avait pas été brisée à jamais. L'importance de l'état avait cessé avec la décadence du commerce de Constantinople ; la science, la sagesse des hommes d'état purent bien retarder encore sa chute ; mais la force vive qui permettait de lutter était épuisée. Les deux derniers siècles de l'existence de Byzance répondent parfaitement au tableau qu'avec ses préjugés, l'Europe occidentale a coutume de se faire de l'histoire entière de la Rome orientale. Byzance avait perdu son importance comme boulevard de la civilisation de l'Europe et peu de mots nous suffiront pour esquisser la marche de sa décadence définitive.

Une armée de mercenaires siciliens, appelée par ^^^ (j un empereur byzantin, obtient quelques avantages en /Vvw^ Asie Mineure, mais, se retournant bientôt contre son t^ .* chef, pille une grande partie de l'empire et, à son retour d'Asie, abandonne définitivement aux musulmans les provinces orientales. Un autre empereur, Cantacuzène, demande secours aux Serbes, aux

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Turcs même et tombe ainsi sous la tutelle des ennemis les plus acharnés de l'empire. Un instant on put croire qu'une invasion des Tartares en Asie Mineure offrirait aux chrétiens une dernière chance de se délivrer des Turcs ; mais ce ne fut qu'un vain espoir. Les Paléologues essaient sans succès d'obtenir l'aide de l'Occident, même en sacrifiant ce qu'on avait considéré pendant des siècles comme le palladium de l'Empire : la foi orthodoxe. Plus d'une fois, pendant les temps périlleux, on avait fait savoir à Rome que la réunion des deux Églises n'était pas impossible ; mais la proposition de se soumettre au pape n'était, au fond, pas sérieuse. Le premier empereur de la famille des Paléologues s'était, dans son angoisse, tourné vers le pape, promettant d'accepter son autorité spirituelle ; il voulait échapper ainsi à Charles d'Anjou. Il le fît, quand il se trouva dans le plus extrême danger, quand les Serbes refusèrent de l'aider et que Venise, qui avait quelque temps soutenu l'empire, se montra disposée à faciliter, comme trois quarts de siècle auparavant, aux chrétiens d'Occident la conquête de Constantinople, assez riche encore pour tenter leur convoitise. L'initiative de l'empereur était heureuse, puisqu'elle pouvait amener immédiatement un résultat favorable ; ce n'était toutefois qu'un expédient peu digne d'un politique prévoyant l'avenir. Quant au peuple, l'union lui faisait horreur et la partie la plus intelligente et la plus sincère du clergé refusa de céder. Le fils et successeur de cet empereur ne voulut

LA CHUTE DE l'eMPIRE. l'ÉGLISE NATIONALE. 209

d'abord pas accorder à son père des obsèques impériales, ni même le faire enterrer en terre sainte ; la veuve de l'empereur fut forcée de révoquer l'acte impie de son mari et de condamner sa doctrine, qui faisait horreur aux Grecs. Cette conversion apparente n'avait donc eu d'autre résultat qu'une plus grande animosité contre l'Occident; et ce rapprochement sans sincérité rendit encore plus difficile Tunion des états chrétiens contre l'Islam. Une autre tentative, essayée un siècle et demi plus tard, eut la même issue, bien que, cette fois, les Byzantins eussent fait toutes les concessions à Rome. Au concile de Florence (1439), l'avant-dernier empereur de Gonstantinople passa au catholicisme ; de retour dans sa capitale, il resta fidèle à sa foi latine, malgré l'irritation du peuple et du bas clergé, qui déclaraient ouvertement mieux aimer être turcs que papistes.

On sait que tout cela ne servit de rien. Le pape ne put porter secours et les princes occidentaux ne le voulurent pas. Abandonné de tous, Gonstantin XI fit un suprême effort; quand, enfin, après une défense héroïque, la ville succomba, il mourut à la tête de ses concitoyens dans les rues de sa capitale.

Le sultan victorieux avait conquis un empire affaibli, mais l'hellénisme n'était pas, pour cela, anéanti. Il trouva asile dans l'église nationale pendant les longs siècles de la domination turque ; par sa puissante influence en bien et en mal sur les descendants des Grecs et des Byzantins, il a montré sa force impérissable; mais cette force n'agit plus do nos

jours que sur une faible partie de l'Europe ; même dans la péninsule balkanique, l'hellénisme rencontre en face de lui une civilisation dont il ne triomphe qu'en partie. La Macédoine actuelle lutte ouvertement et avec ardeur pour obtenir l'hégémonie, qui a jadis appartenu à Byzance. Les Slaves, qui semblent rester ici maîtres du terrain, continueront-ils à refouler les Hellènes? Cela est douteux; mais il est évident que leurs succès, aussi bien que les échecs des Grecs, aifaiblissent le prestige des vainqueurs des Byzantins, ces Turcs dont l'empire est entré dans une période de décadence qui rappelle les derniers siècles de la Rome de l'Orient.

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