RAPPORTS AVEC LA THÉOLOGIE OCCIDENTALE
solides connaissances, ils n'avaient aucune liberté d'esprit. Ils étaient les esclaves de la tradition et ne se permettaient aucune recherche, même sur les sujets que n'avaient pas traités les autorités infaillibles telles que la Bible ou les conciles. Et c'était déjà Jean de Damas qui avait donné l'exemple. Pourtant la théologie byzantine aurait eu deux moyens d'acquérir quelque originalité : elle eût pu étudier la théologie occidentale; ou bien encore, il lui eût été loisible de se rajeunir par son propre effort, à savoir en étudiant objectivement la philosophie païenne. Des essais furent faits dans ces deux voies, mais sans succès.
La division de l'Empire romain en deux parties devenant, avec le temps, de plus en plus étrangères l'une à l'autre sous tous les rapports, amena l'Orient à dédaigner sans cesse davantage l'Occident hérétique et barbare. Dans les derniers siècles de l'Empire seulement, on traduisit les grands théologiens latins, à une époque où, plus que jamais, leur seule qualité de Francs suffisait à les rendre odieux à la grande majorité du peuple. A mesure que la puissance politique avait décru, l'Église était devenue de plus en plus l'incarnation de la nationalité et il suffisait de montrer de la sympathie pour les idées latines, quelles qu'elles fussent d'ailleurs, pour se faire regarder comme traître à la patrie. Et il ne faut pas s'en étonner, car le peuple se rendait clairement compte que les essais de réconciliation avec l'Occident avaient une origine politique.
Les innombrables ouvrages polémiques qu'on écrivit sur le point le plus controversé, c'est-à-dire la procession du Saint Esprit, trouvaient certainement plus de lecteurs que nous ne pouvons l'imaginer à une époque où nul ne s'avise de les tirer de la poussière des bibliothèques pour les éditer. Mais toute cette dépense d'érudition ne convertissait personne, parce que les adversaires avaient, pour ne pas se laisser convaincre, des raisons étrangères à l'objet du débat. Le seul résultat de ces querelles, était d'augmenter l'animosité des partis et de les diviser encore davantage. Et déjà la façon toute byzantine de discuter devait produire cet effet, puisque les arguments principaux c'étaient les affirmations des Pères de l'Eglise, revêtues de tant d'autorité que l'exégèse même de la Bible devait s'y conformer; telle était, en effet, la décision d'un concile. On perdit de vue ainsi de plus en plus la question en elle-même, puisqu'on dut se borner à juger les critiques et les commentateurs.
Les convictions ne se formaient donc plus par les lentes expériences de la vie; elles avaient pour base de subtiles argumentations, s'appliquant à des points spécialement controversés. Aussi ne faut-il pas s'étonner que des savants avancés en âge aient souvent changé d'opinion. L'un des patriarches les plus instruits, Bekkos, qui avait débuté en écrivant contre les Latins, fut converti par la lecture des distinctions théologiques d'un autre théologien, ténues comme des fils d'araignée. Se rangeant à