UN TRAITÉ DE DÉMÉTRIUS GYDONIUS
était perdue à Constantinople et les efforts de savants ou d'artistes isolés ne pouvaient pas remonter le courant.
Il ne sera pas sans intérêt d'examiner d'un peu plus près ne fût-ce qu'un écrit de la littérature philosophique de la dernière période byzantine pour faire voir où, même chez les meilleurs, avait mené l'étude exclusive des modèles de l'antiquité. Nous reviendrons à Psellus; mais arrêtons-nous d'abord à l'œuvre d'un théologien, qui, environ trois siècles plus tard, montre à quoi a abouti en Grèce l'adoration par laquelle Psellus avait voulu faire revivre Platon. ,
Le livre en question est un essai de Démétrius «^v v^ Cydonius, le fidèle ami de Cantacuzène (seconde J^Aj^a^ moitié du XI V siècle). L'auteur est un savant versé IL^i^ dans beaucoup de sciences différentes. Il avait vécu " un certain temps à Milan, y avait appris le latin et s'y était familiarisé avec la théologie et la philosophie de l'Occident. C'est à lui qu'on doit les traductions de St- Augustin, d'Anselme de Gantorbery et de St-Thomas d'Aquin ; dans les deux controverses de son temps, la procession du Saint- Esprit et l'orthodoxie des Hésychastes, il se prononce pour l'opinion des Occidentaux. Il prouve, dans ses lettres, qu'il comprend parfaitement la situation critique de sa patrie, et qu'il se rend compte que, seule, une union intime avec l'Occident pouvait fournir les moyens d'arrêter les conquêtes des Turcs. On devrait donc attendre de lui, plus que
de tout autre, qu'en traitant une question philosophique, il exprimerait des pensées et des sentiments personnels. Mais on est étrangement déçu quand on lit, sous cette impression, la volumineuse dissertation où il montre combien est déraisonnable la crainte de la mort. Laissons de côté la langue, qui n'a rien d'original et qui n'est qu'un centon de Platon et des Pères de l'Eglise du quatrième siècle ; tenonsnous en tenir au contenu. Si l'on ne savait par d'autres écrits que l'auteur est un chrétien convaincu,] on ne reconnaîtrait point, çà et là, dans son œuvre d( pensées qui rappellent la foi qu'il professe. Tous s( exemples sont empruntés à l'antiquité : il parle d( Spartiates et de leurs ilotes, des disciples d'Épicure des deux Ajax comme si c'étaient des contemporaii un peu plus anciens; par contre, pas un mot d^ l'Ancien ni du Nouveau Testament. Ce traductei de Thomas d'Aquin ne lui emprunte qu'une fois ui argument ; c'est même le seul passage où il exprime un sentiment humain. Tout le reste n'est qu'un groupement factice de considérations empruntées à Platon et à Basile le Grand ; mais il n'a plus, comme ses grands modèles, ni cet idéalisme qui illumine leurs œuvres, ni cette ferveur religieuse qui leur fait reconnaître dans la Bible une bonne nouvelle annonçant le bonheur. Démétrius n'a l'air de connaître ni le drame de la résurrection, ni les paroles consolantes que Jésus a prononcées, ni aucun des exemples que les martyrs et les saints de l'Eglise ont donnés à tous les fidèles. Avec ses petits syllo-