UN TRAITÉ DE DÉMÉTRIUS GYDONIL'S
gismes, il voudrait mettre au pilori, comme n'ayant pas de cause, la grande angoisse de l'humanité. Sa démonstration fait penser à l'éloge de la vieillesse par Cicéron ; quand le grand orateur romain, plus éloquent d'ailleurs que Cydonius, a bien prouvé que la vie humaine n'est belle qu'à son déclin, son lecteur est convaincu, mais ne peut s'empêcher de constater avec terreur que ses cheveux, blanchissant, lui annoncent une mort prochaine.
« Gomment en vient-on », s'écrie Démétrius « à regarder la mort comme le plus grand malheur ? » Il nous le dira. Il faut diviser les calomniateurs delà mort en trois groupes qui, comme dans les sermons à la vieille mode, seront tour à tour réfutés. « Les hommes les plus légers, mais en même temps les plus sincères, et sachant le moins cacher leur honte sous des fleurs, déplorent d'être privés des jouissances des sens, et jugent que la perte de ces plaisirs doit être la chose la plus désagréable et la plus terrible du monde. Les esprits plus raffinés, qui rougiraient de faire ou de permettre quelque immoralité, disent que la vie et le désir de vivre sont naturellement innés dans tous les hommes ; et quand quelque chose vient enlever l'objet des désirs de tous, chasser l'existence, apporter la destruction et répandre, par la corruption, la laideur sur ce que la nature a fait si plein de beauté, qui ne tremblerait pas devant cette chose terrible, qui ne la haïrait, qui ne repousserait pas, jusqu'au nom de cet ennemi de la nature ? Et cette chose n'est pas seulement l'ennemi
de la nature ; elle l'est aussi de Dieu. Dieu n'a-t-il pas seul, en effet, une complète immortalité? Y a-t-il rien de plus contraire à sa volonté que la mort, puisqu'elle détruit et décompose ce qu'il a voulu produire et conserver? Ainsi parlent les savants qui invoquent la nature pour prouver combien leur aversion est légitime. Le troisième et dernier groupe, composé de gens plus modestes et plus réfléchis, s'attribuant des vues plus raisonnables que celles des autres, ne trouve pas équitable de déclarer la mort mauvaise pour les raisons précédentes. Leur motif, c'est qu'après avoir quitté la vie, nous serons forcés de rendre compte de nos œuvres, et de subir éternellement les châtiments les plus pénibles et les plus douloureux ; or nous ne les éprouverions pas si la; mort ne séparait l'âme du corps et ne la livrait auxj lois et aux enquêtes au delà de la tombe. Quelques personnes qui, par ces raisonnements, s'effraient e| effraient les autres, se troublent déjà au seul mot d( mort et portent leurs semblables à partager leurs terreurs ».
Avec cette prolixité, avec ces synonymes qu'il accumule sans avoir à exprimer des idées différentesj l'auteur a la prétention de guérir les hommes, qui^ comme le dit la dernière phrase, s'inspirent mutuellement la crainte de la mort ; il suffira de leur fain remarquer que les jouissances des sens sont condami nables, que la libération de l'âme mérite la préft rence et que c'est chose utile et agréable de menei une vie vertueuse.