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LE DÉVELOPPEMENT DES SCIENCES ENTRAVÉ

La dissertation de Démétrius a été imprimée quatre fois au seizième siècle, et, dans la suite, trois fois encore. Les admirateurs de l'auteur se sont-il bien rendu compte qu'à parler ainsi de la mort, un chrétien renie le livre tenu par lui pour révélé ? Mais gardonsnous de trop blâmer Démétrius ; du grand nombre des mauvais écrivains, il était l'un des meilleurs et son admiration pour Platon est sincère. Pas plus qu'aucun de ses contemporains grecs, il n'a, il est vrai, retiré de l'étude de ce noble philosophe cette inspiration qui doit mener à l'indépendance de la pensée ; malgré cela, l'œuvre entreprise par Psellus n'a pas été sans porter des fruits. Mais nous verrons plus loin que c'est précisément l'Occident si méprisé qui en a profité.

Le caractère confessionnel de la pensée byzantine explique assez pourquoi la science indépendante ne pouvait vraiment fleurir dans la Rome orientale et pourquoi ces hommes studieux, malgré leurs connaissances étendues, malgré leurs nombreux livres, n'ont fait aucune grande découverte de quelque genre que ce soit. Ils ont conservé l'héritage de leurs j ancêtres, mais n'y ont ajouté aucune invention 1 méritant d'être signalée. On se rappelle une parole ■,., d'un historien arabe du dixième siècle : « Le doute ^ est la première condition pour parvenir à la science». . Jamais, à Byzance, on n'a proclamé un tel principe ; il n'a pas manqué à Constantinople de sceptiques aimables ou de chrétiens attachés aux enseignements de l'Église par mode ou par intérêt personnel et ils

ont dû être nombreux, surtout au temps des croisades. Mais l'histoire ne cite, parmi ces savants, aucun sceptique qui, au lieu de se borner à mettre en question la justesse de quelque point spécial de l'exégèse traditionnelle, ait voulu examiner les fondements mêmes sur lesquels s'appuient tout raisonnement et toute explication.

Quand, dans un livre infaillible, on possède la vérité sur les questions les plus importantes, quand elles sont éclairées dans leurs détails par des hommes dont l'autorité est garantie par des conciles inspirés de Dieu, on n'est plus fortement poussé à examiner personnellement ces questions, ni même d'autres ; l'esprit auquel l'autorité rappelle continuellement les limites qu'elle lui défend de dépasser, borne de plus en plus le champ de ses investigations et use ses forces à faire des distinctions subtiles. Si le savant n'a plus d'autre tâche que d'examiner de plus près ou d'appliquer pratiquement des vérités établies une fois pour toutes, son besoin d'idéal ne pourra plus se satisfaire que dans le mysticisme et, rompant avec les exigences de la raison, il se réfugiera dans l'extase. D'autre part, les savants byzantins n'avaient pas d'imagination; or, bien que l'importance de cette faculté ait été souvent méconnue, on ne peut nier que, sans imagination, il est impossible de produire une œuvre vraiment scientifique ; seule, la poésie failles grands savants comme les grands artistes.

Ce que nous venons de dire motive notre jugement

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défavorable sur la science byzantine. Confirmonsle en faisant quelques remarques sur la manière dont les Byzantins cultivaient les différentes branches des connaissances humaines.

Les Allemands et les Hollandais ont montré, au 1^ .^p,^ XVI® et au XVir, siècle que les notions pratiques du n l'^^j personnel de la marine marchande peuvent mener ii^^ à une étude théorique sérieuse de la géographie. Mais le commerce de Byzance n'est pas allé aussi loin ; il s'est borné à compiler des descriptions exactes des pays soumis à l'autorité impériale, de bons manuels de navigation, des guides à l'usage des soldats, des marchands et des pèlerins. L'histoire de Byzance n'a pas à citer des noms I comme ceux de Copernic ou de Keppler, ou, si l'on veut se contenter de moindres mérites, de Snel et de Plancius. Ici aussi c'était la religion qui faisait obstacle : on craignait d'avoir à contredire la lettre de l'Ecriture Sainte. Le seul géographe qui ne ^ poursuit pas de but pratique, Cosmas Indicopleustès, {Jf*^'^ contemporain de Justinien, écrit de son propre ^^^i^ aveu « pour ceux qui veulent rester chrétiens et *^^ C^ contre ceux qui pensent que le ciel est sphérique à l'intérieur ». Il combat l'opinion, déjà défendue autrefois par les disciples de Pythagore, que la terre est une sphère ; il s'attaque surtout au système de Ptolémée, où cette opinion était scientifiquement établie. Il est vrai que certains Pères de l'Eglise, j|| comme Basile le Grand et Grégoire de Nysse, étaient jl plus éclairés que Cosmas et défendaient la sphéri- \

cité de la terre, disant qu'elle ne contredit pas la Bible. C'est grâce à leur exemple que les Pères de l'Église latine se sont déclarés en faveur de la conception des Grecs anciens, que les savants européens devaient faire triompher plus tard. La plupart |, des exégètes de Byzance et, parmi eux, des Pères célèbres, maintenaient l'opinion que la terre est un disque et que l'univers est divisé en étages. Ici donc la science byzantine est inférieure à celle des Grecs, sinon pour les résultats, tout au moins pour . la méthode. Héritiers directs des classiques, les ' Byzantins n'ont pas su faire bon usage des trésors que leur léguaient leurs ancêtres ; ils ont laissé aux j Arabes la gloire de les utiliser et de les augmenter

encore.

a Notre jugement sur la médecine ne sera pas plus 4 favorable. Hippocrate et Galien furent longtemps les autorités qu'on osait à peine critiquer. Au^dixièmc siècle, se produit une renaissance, mais elle est ^£e"à rinflueiice des docteurs arabes ; quant aux Byzantins, ils n'étaient de grands maîtres que pour la préparation de recettes miraculeuses ou pour inventer des formules de conjuration. Leur thérapeutique, toute composée de remèdes familiers, a joui d'une réputation extraordinaire, comme le prouvent les innombrables manuscrits qui ne donnent en réalité qu'une pharmacopée insensée et charlatanesquo. Ils sont, pour la plupart, rédigés en grec vulgair*' et méritent ainsi d'inspirer quelque intérêt aux linguistes. On ne doit naturellement pas prendre

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