PSELLUS, SA JEUNESSE ET SA VIE PUBLIQUE
il se peut que les assistants fussent, en même temps, des étudiants qui devaient se former à la pratique ; ou, encore, qu'un lit ait parfois reçu plus d'un malade en même temps. Il n'en est pas moins certain que cet hôpital du douzième siècle de notre ère peut, pour son organisation, être comparé avec des fondations de notre temps. Les hôtels-Dieu et les alberghi dei poveri de l'Europe occidentale du moyen-âge, auquel le haut pourcentage de leur mortalité a valu une si mauvaise réputation, sont ici dépassés de beaucoup.
Dans les sciences naturelles, les Byzantins ne sont, en général, pas allés fort loin et n'ont guère eu qu'une connaissance empirique des faits. Dès qu'ils se risquaient à parler d'autre chose que des nécessités pratiques, ils se livraient à de véritables radotages ; la minéralogie devenait la science des vertus secrètes des pierres, la zoologie décrivait des monstres, l'astronomie ne sortait pas de l'astrologie ; ici, toutefois, l'influence de la science persane et arabe amena quelques progrès.
Toutes ces particularités de la civilisation byzan- ly^Cdkê tine dans la période dont nous nous occupons fl.^JL s'incarnent, pour ainsi dire, dans le remarquable^ -, poly graphe Psellus, dont nous avons déjà apprécié C d'un mot la philosophie. Psellus, dans un panégyrique de sa mère, nous raconte que, grâce à l'énergie de cette femme remarquable, il reçut une éducation qui lui fit connaître, à lui né de parents sans fortune, toutes les sciences où l'on pouvait exceller de son
temps. Son robuste cerveau résistait aux leçons où, pendant le jour, on lui inculquait les sciences et aux répétitions que, sous la direction de sa mère, il prolongeait jusque fort avant dans la nuit. L'écolier sage dont nous parle un poète emploie, huit siècles après lui, les mots mêmes dont Psellus se sert pour nous raconter ses études : « Le jeu, pour moi, c'est d'étudier et mon étude est un jeu ». A l'université, Psellus se lia avec des jeunes gens intelligents, qui faisaient figure dans le monde. Grâce, en partie, à ses talents innés, grâce aussi à l'influence de ses puissants amis, il put, de la position subalterne qu'il dut d'abord accepter pour gagner son pain, s'élever aux plus hautes fonctions de 'l'état. Il fut ministre sous cinq empereurs et, en même temps, pendant une certaine période, professeur de philosophie à l'université de Gonstantinople. Pour comprendre le rôle qu'il jouait dans l'empire, il faut se rappeler que le gouvernement effectif se trouvait aux maii des fonctionnaires principaux ; car la plupart des empereurs étaient, à cette époque, confinés dans 1( palais ; personnages purement décoratifs, ils n'ei sortaient qu'à propos de certaines solennités, quam on voulait donner au peuple l'occasion de satisfaire son besoin inné de pousser des acclamations.
Quand Psellus et les siens furent au pouvoir, o^ put croire à l'avènement de cet âge d'or, où, comme Platon le souhaitait, les philosophes seraient devenus rois. Mais son Excellence le professeur de philosopie n'était pas philosophe ni même homme d'état