VARIÉTÉ DE SES CONNAISSANCES
au sens le plus modeste du mot. Les discours politiques ne lui coûtaient aucune peine; grâce à ses lectures étendues, il n'avait pas à fuir les débats sur la stratégie ou la tactique; mais son regard ne dominait pas l'ensemble des événements et, n'ayant pas de principes arrêtés, il ne savait diriger convenablement la politique de l'état. Quand, en sa qualité de ministre, il se trouvait aux côtés de son ancien élève Constantin X de la maison des Ducas, il pouvait bien l'aider à rédiger des actes dans le goût plein d'afféterie de l'époque ; mais il était incapable de guider un souverain qui n'avait pas le moindre soupçon de la situation critique de son empire.
Psellus savait tout ce qu'on pouvait savoir et même plus encore ; mais c'était une science d'écolier, ou de savant de cabinet. Sous beaucoup de rapports, il nous rappelle les grands hommes de la Renaissance italienne ; mais il n'avait que leurs qualités inférieures. Comme un Alberti, un Léonard de Vinci, il possédait un savoir encyclopédique, mais non cette force d'action qui les distinguait; quand il fallait agir, son inutile science ne servait qu'à écraser son âme sans vigueur. Avant tout il manquait de caractère. A chaque changement de monarchie, il s'accommodait aux circonstances ; il salue du nom de « roi soleil » le prince qui vient à peine de monter sur le trône ; à l'empereur Isaac Gomnène, qui est fou de la chasse, il écrit qu'il lui serait doux d'être cerf, lion ou panthère pour avoir l'honneur d'être traqué par sa Majesté. Ce sont ces folies qui ont
valu à Psellus la réputation d'être un lâche flatteur, un vil intrigant; toutefois, ces épithètes ne nous donnent pas les traits essentiels de son caractère.
Au fond, c'est plutôt un homme bienveillant, d'une vanité sans bornes, et trop faible pour résister aux tentations lui donnant l'occasion de faire étalage de son talent de beau parleur. S'il avait été chargé d'un emploi tranquille, loin de la cour, où il eût pu se livrer exlusivement à la science, sa vie aurait fourni le sujet d'une biographie agréable, où il aurait été question de la tendresse de ses sentiments pour ses parents et ses petits-enfants. Mais cet homme, qui, comme le montrent ses lettres, avait beaucoup de dispositions pour « l'art d'être grandpère », devint un politicien et sa bonhomie naturelle dégénéra en une lâcheté toujours prête à plier et à s'accommoder. Quand l'empereur byzantin, fait prisonnier dans la guerre contre les Seldjoucides, revit sa patrie grâce à la générosité de son vainqueur (voir plus haut, p. 252), Psellus s'était déjà assuré l'amitié du parti qui avait déclaré le prince infortuné déchu du trône et qui, ensuite, le fit emprisonner et mutiler. Malgré cela, il se sentit porté à écrire une lettre qui mérite le nom de modèle d'hypocrite compassion, car Psellus était, sans aucun doute, moralement complice du crime dont le malheureux empereur fut la victime. « Louez le Seigneur, y est-il dit, qui d'homme vous a fait ange et qui, en vous privant de la lumière, vous a trouvé digne d'une lumière plus haute. Il vous a rangé parmi