‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 98 sur 122 · SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE

ses nobles champions, et, en vous enlevant une couronne terrestre, vous a orné de celte guirlande qu'on tresse au ciel ». Et pourtant, quand on lit avec attention ce factum, on se sent forcément convaincu que l'auteur éprouvait vraiment de l'admiration pour cet empereur lâchement trahi.

Psellus se donne lui-même le témoignage que « pour l'étude de la science, il est un homme, mais qu'il a un cœur de femme ». Cette tendresse se manifeste dans la façon dont il parle de ses amis et de la vie de famille. Du mariage, il dit en plus d'un endroit « qu'il doit être l'union de deux âmes », et, dans la bouche d'un Grec, cette déclaration semble presque sentimentale. La faiblesse humaine trouve en lui un juge condescendant ; il estime que la pitié est une vertu plus grande que la fermeté des convictions. 11 compare l'un de ses amis à un portrait dont les yeux semblent suivre du regard le spectateur, de quelque côté qu'il se trouve. « Il n'avait pas la vertu intolérante et farouche d'un Phocion ou d'un Gaton, incapable, de se plier aux circonstances au milieu desquelles ils vivaient ; lui, au contraire, connaissait l'art de s'accommoder aux événements ». Etant ministre, il engage à l'indulgence un gouverneur de province qui se plaignait d'un employé malhonnête. « Nous ne pouvons tous être des apôtres et des prophètes, ou, pour parler dans votre sens, des juges à l'instar de Minos et de Rhadamanthe ». Cette indulgence, il en use aussi pour ses propres défauts et l'on ne voit nulle part dans ses lettres qu'il ait

conscience de ses fautes : une confession sincère l'eût rendu intéressant, même s'il avait commis de plus grands crimes.

Mais quand sa vanité personnelle est blessée, il perd sa bonhomie. Il accable d'invectives ceux qui osent douter qu'il soit digne d'être professeur à l'Université ; il n'a pas assez d'injures pour ceux qui lui portent envie, ne souffrant pas, comme il le dit, de voir des Celtes ou des Arabes venir à Constantinople pour s'initier sous sa direction à la philosophie de Platon: il les traite de « grenouilles coassantes, de chiens qui aboient, d'insectes stercoraires ». Et ces querelles de savants s'envenimèrent tellement que l'empereur fut forcé de fermer l'université. Psellus se retira donc un certain temps de la vie publique. Il se fit moine et alla habiter le mont Olympe, sur l'autre rive du Bosphore. Mais les moines dédaignèrent sa sagesse païenne, et Psellus, guéri de ses illusions sur le calme du couvent, préféra bientôt la cité cosmopolite, avec toutes ses charges, à la société de ces saints compagnons aussi peu commodes que ses collègues de la ville. L'un d'eux, un certain Jacques, fit à son sujet, quand il quitta la sainte montagne, quelques vers malicieux :

« Père Zeus, roi redoutable, toi qui envoies tes foudres avec tant de fracas, L'Olympe n'a pas été longtemps ta demeure ; Tu n'y as pas trouvé tes déesses, 0 Père Zeus ! »

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