PRATIQUE
00 GltlfiBALB
SytléoMliane ou spéciue.
D«teripUre.
Htftoriqne.
Physiologie
Zoologie.
Géographie
Paléontolo-
Arts qui utilisent
compre-
Botanique.
biologique.
gie.
plus spéciale-
ment des con-
ranatomie.
naissances bio-
la patholo-
logiques :
gie et leurs
Hygiène et Ihéra-
diverses
peutique.
braaches.
a). Végétales (agriculture, silviculture« etc.).
6). Animales (élevage, pisciculture, etc., médecine vétérin.)
c). Humaines (médecine).
Examinons maintenant si la biologie est une science distincte, ou si elle se ramène aux sciences physico-chimiques; autrement dit, si. en passant de Tétude des propriétés de la matière en général aux propriétés spéciales à la matière vivante, nous ne faisons que poursuivre le développement d'une même science, abordant et résolvant, avec les mêmes concepts fondamentaux et les mêmes principes, des problèmes de plus en plus complexes, — ou si nous entrons dans une . science nouvelle, caractérisée par des principes et des concepts nouveaux et irréductibles.
\, — Pour beaucoup de biologistes, tous les phénomènes vitaux doivent pouvoir se réduire à des phénomènes physiques et chimiques. Celte doctrine est souvent désignée sous le nom de mécannme.
BIOLOGIE ET PSYGUOLOQIE 163
Pour d'autres, il y a dans la vie quelque chose d'irréductible au mécanisme physico-chimique. Le vitalisme et ranimisme sont aujourd'hui abandonnés; c*était expliquer obscurumper obscurius et renouveler les qualités occultes. S'il était intéressant, au point de vue clinique, de prendre en considération la c vitalité > plus ou moins grande de chaque individu, ce pouvoir inégal de résistance aux agents morbides, il était puéril ou suranné d'expliquer la vie par un principe vital, qui fait songer à la vertu dormitive de l'opium. Ecartons aussi Torganicisme de Rostan, pour qui l'être vivant est c une horloge remontée «. Elle marche; son mouvement est un pur mécanisme; mais à l'origine elle a été remontée par le grand Horloger de l'univers. Cette doctrine n'est pas vitaliste, elle est pire: elle est théologique; elle explique la vie par un principe surnaturel. Mais il faut prendre en considération une autre doc* trine qui n'est ni métaphysique, ni mystique, d'après laquelle, dans la série des phénomènes vitaux, s^interposeraient des éléments qui ne seraient ni mécaniques, ni physiques, ni chimiques, mais proprement vitaux, c'est-à-dire psychiques.
Peut-être n'avons-nous pas besoin de choisir entre les deux hypothèses pour résoudre le problème de logique qui nous occupe. Si nous montrons que, même dans l'hypothèse du mécanisme, même si tout le détail des phénomènes dont se compose une fonction est mécanique, physique ou chimique, l'explication d'un tel processus exige des éléments d'une autre nature, il faudra faire de la physiologie une science distincte et originale.
On ne donne pas le nom de fonction à tous les phénomènes qui se passent dans les organismes, mais seulement à ceux que les organes présentent en tant qu'ils sont adaptés à une certaine fin. L'oxygène atmosphérique, dans le poumon, se dissout dans le plasma du sang, en une proportion qui dépend de la composition de ce plasma, de sa température et de la pression de l'oxygène dans l'atmosphère ; c'est là un phénomène physique. L'oxygène se fixe sur le globule en formant avec l'hémoglobine un composé défini ; c'est là un phénomène chimique. Le sang ainsi oxygéné chemine dans les veines pulmonaires ; puis la contraction du ventricule le chasse dans la grande circulation; c*est là un phénomène mécanique. Ces trois phénomènes peuvent se produire en dehors des corps vivants; on peut, in vitro, dissoudre l'oxygène dans le plasma, oxyder et réduire tour à tour l'hémoglobine; on peut faire circuler le sang ou un autre
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liquide dans un appareil artificiel plus ou moins analogue an système circulatoire. Mais nous exprimons une loi de pbysio^ logiCt si nous disons que la fonction du sang est de porter aux éléments analomiques du corps tout entier l'oxygène dont ils ont besoin.
Les phénomènes qui s'accomplissent dans les organes sont des fonctions, quand la conservation ou le bien*ètre du vivant y est intéressé. II y a fonction partout oii il y a adaptation, et par ce mot il faut entendre une relation de convenance entre l'organe et l'organisme, entre l'organisme et son milieu.
Adaptation ne veut pas dire finalité intelligente; il semble même que le mot adaptation ait été inventé pour éviter celui de finalité. La finalité est un mode spécial d'adaptation, et jus- ' tement ce n'est pas dans les faits biologiques qu'il se rencontre. Il y a finalité dans un processus d'adaptation quand ce processus a pour origine une intention^ le désir conscient d'une certaine fin, désir secouru par un art savant. C'est le cas de toutes les machines artificielles. Le finalisme est impliqué dans la comparaison du vivant à une machine, et peut-être y a-t-il quelque inconséquence dans la pensée de beaucoup de savants qui sont à la fois adversaires de la téléologie et partisans du mécanisme vital. L'adaptation organique,, même chez les êtres intelligents, n'a jamais le caractère de la finalité intelligente. Le, travail de nutrition réparatrice, et formative, de création morphologique, s'accomplit dans le vivant à son insu; quand ses actes sont intentionnels, il ignore les changements qu'ils apportent à son organisation, et que la concurrence vitale fixera peut-être chez ses descendants. Il poursuit, sans la connaître, la destinée organique de son espèce.
Loin d'exclure le déterminisme, l'adaptation ie suppose et s'y ajoute. M. Paul Janet^ a observé avec raison que le déterminisme n'est pas une objection contre la finalité, qu'il en est au contraire une condition. La série de phénomènes par laquelle une excitation détermine une réaction peut même être toute physico-chimique : les lois communes de la matière trouvent certainement aussi leur application dans la matière vivante, et suffisent dans certains cas à rendre compte de tout le détail des phénomènes. Ce détail est la seule chose à considérer dans^ l'ordre cosmologique, où il n'y a pas d'adaptation manifeste; mais quand il s'agit de concevoir la vie, il faut y superposer un
{\) les causes finales, passim.
point de vue nouveau, une nouvelle manière d'envisager les séries causales.
L*adaplation n'est pas un fait, pas plus que le déterminisme. L^un «t Tautre sont des relations que Pesprit conçoit et.ei^ige entre les faits. Ces deux relations sont de nature différente; la première est une nécessité, la seconde une harmonie. Le déterminisme est une condition d'intelligibilité commune à tous les faits, organiques et inorganiques ; pour l'interprétation des phénomènes de la vie, deux conditions sont nécessaires : le déter^ minisme et l'adaptation.
L'esprit n'a aucune raison d'attribuer des limites à la série des faits tant qu'il n'en considère que le déterminisme ; elle se prolonge indéfiniment dans les deux sens : il y a toujours des causes des causes et des effets des effets. Mais pour rendre compte d'une adaptation, soit dans une machine artificielle, soit dans un vivant, on est conduit à détacher de la série indéfinie, où règne d'ailleurs un déterminisme rigoureux, un segment qui a son unité, qui est un tout, qu'il est superflu de pro«longer, et impossible de raccourcir. Le terme final, la réaction est un certain résultat nécessaire à la conservation, ou utile au bien-être de l'individu ou de l'espèce ; le terme initial ou excù talion est la mise en jeu de l'appareil propre à déterminer précisément la réaction appropriée. Objectivement et dans la chiaine des faits, le terme initial et le terme final sont des chaînons que rien ne distingue des autres chaînons; si l'un est initial et l'autre final, c'est au point de vue des exigences de la raison, et pour le genre d'intelligibilité que Ton cherche.
L^adaptation introduit des notions qui n'ont pas d'analogues dans les sciences physico-chimiques, celles du mieux et dupir^, du normal et du pathologique^ du progrès et du regrès. Au point de vue du déterminisme des phénomènes, rien n'est normal ni anormal, tout est naturel. Il n'y a dans le monde inorganique que des changements; dans le monde vivant, il y a évolution régressive ou progressive.
Le mécanisme physiologique fait de tout vivant un automate. Considérons quelques exemples bien nets d'automatisme fonctionnel.
Il faut que le sang des vertébrés soit toujours suffisamment chargé d'oxygène, et l'acide carbonique suffisamment éliminé. Or l'acide carbonique a la propriété d exciter les centres respiratoires du bulbe, de sorte que si la veinosité du sang aug-
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mente, le rythme respiratoire s'accélère, si elle diminue, il se ralentit.
Chez les êtres qu'on appelait autrefois animaux à sang chaud, et qu'il faut appeler aujourd'hui animaux à température constante, la température ne peut varier sans danger qu'entre des limites étroites ; dès que le milieu extérieur se refroidit ou s'échauffe, les petits vaisseaux des tissus superficiels se contractent où se dilatent, empêchant ou favorisant la perte de chaleur par rayonnement. Or c'est justement la température extérieure, qui, excitant la sensibilité cutanée, détermine, par action réflexe, ces phénomènes de vaso-dilatation et de vasoconstriction.
C'est la présence d'un corps sur la langue qui excite la sécrétion salivaire nécessaire pour le déglutir et le digérer ; c'est le contact du sang sur les parois du cœur qui détermine les contractions cardiaques, la présence de l'urine dans la vessie qui provoque les contractions vésicales ; c'est l'action de, la lumière, sur des terminaisons nerveuses appartenant au système du trijumeau, qui règle les mouvements de l'iris et l'ouverture de la pupille.
On pourrait multiplier presque indéfiniment les exemples. Ceux que nous venons de citer appartiennent au système nerveux. Ce sont des réflexes. L'automatisme fonctionnel existe aussi chez les êtres dépourvus de système nerveux; tels sont le sommeil des plantes et les mouvements diurnes de leurs feuilles. Pendant la nuit, les feuilles opposées ou les folioles de certains végétaux se replient en s'adossant : ce mouvement a pour effet, sinon pour fin, de diminuer la perte dé chaleur par rayonnement: Les feuilles de tous les végétaux, tant qu'elles sont en voie de croissance, s'inclinent sous l'influence de la lumière, de manière à placer leur limbe plus ou moins perpendiculairement à la direction des rayons lumineux. C'est la lumière même qui cause ce mouvement, en diminuant d'un seuL côté l'activité nutritive et la vitesse de croissance des pétioles et des tiges ; celte inégalité les courbe, et fait prendre au limbe la position la plus favorable à la fonction chlorophyllienne.
De tels faits sont tout à fait comparables au jeu des machines dites automatiques. Pour obtenir de bonnes cultures bactériologiques, il faut des étuves à température constante. M. Roux a imaginé pour cela un iogénieux dispositif. L*étuve, chauffée par une rampe de gaz, renferme une longue tige métallique fixée par une de ses extrémités; elle s'allonge quand la température
Digiti
s'élève et se raccourcit quand elle s^abaisse; son extrémité libre est articulée à un levier qui règle Tadmission du gaz; c'est ainsi Texcès ou le défaut de chaleur qui diminue ou augmente automatiquement le chauffage.
On dit souvent automatiqtie au sens très général de mécanique ou de machinal. Je propose de réserver ce mot, qui fait double emploi dans cette acception trop générale, pour les mécanismes qui fonctionnent sans qu'une volonté intelligente ait à intervenir une fois qu'ils sont mis en train. Toutes les machines artificielles ne sont pas automatiques, parce qu'elles sont au service de l'homme et qu'il les dirige. Avant l'invention de M. Roux, le bactériologiste devait surveiller le thermomètre et manœuvrer les robinets. L'invention tendait précisément h rendre cette surveillance inutile.
Une soupape de sûreté est une machine automatique, car c'est la pression elle-même qui, devenue excessive, ouvre passage à la vapeur, ce qui dispense de surveiller le manomètre. Il en est de même d'une soupape quelconque : elle est ouverte par le courant qui doit passer, fermée par le courant qui ne doit pas refluer. Le tiroir de la machine à vapeur, le cuir embouti de Brama, le pendule compensateur de Bréguet, celui de Graham, le régulateur de Foucault pour la lampe à arc, et en général tous les instruments de régulation, sont des machines automatiques. Ce qui caractérise de tels appareils, ^c'est qu'ils sont mis en jeu par l'excès ou le défaut qu'il s'agit d'éviter.
Par analogie, il y a automatisme fonctionnel toutes les fois que la nécessité de la fonction détermine l'activité de l'organe.
Il peut se faire que ces processus physiologiques ne contiennent en eux que des phénomènes physico-chimiques, absolument comme î'étuve à température constante de Roux, ou le pendule compensateur de Bréguet. Pourtant le mécanisme est impuissant à en rendre compte, comqie il est impuissant à rendre compte même d'une machine. Il ne suffit pas, pour qu'une machine soit expliquée, de décrire la forme et le jeu dé toutes ses pièces, et le déterminisme des phénomènes qui s'y passent, il faut remonter à son origine, et l'explication comprendra quelque chose qui n'est pas mécanique : le génie de l'inventeur et l'art de l'ouvrier. De même pour rendre compte de l'automatisme physiologique, il faut expliquer la genèse de l'organe adapté qui fopctionne automatiquement.
On admet généralement que les réflexes sont acquis ; chez
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les animaux un peu élevés en organisation, il n*est pas douteux qu'ils aient pour origine des actes conscients et intentionnels devenus inconscients et mécaniques. Les éléments psychiques, rendus inutiles par Thabitude, ont à peu près disparu; mais comme ils ont d'abord été nécessaires à la production du phénomène, ils sont encore nécessaires à son explication.
Une grenouille privée des hémisphères cérébraux retire sa patte si on la blesse, la frotte avec l'autre si on la brûle par un acide ; elle est encore capable de maintenir son équilibre par des mouvements appropriés. Je tourne lentement la main qui la supporte, ses muscles agissent, pour conserver au corps sa position naturelle, et quand vous croyez qu'elle va glisser, vous la voyez se réinstaller en une attitude nouvelle. Mais voici qui semble d'abord plus curieux, et, en réalité, ne l'est ni plus ni moins : si on a enlevé le manteau des hémisphères en respectant le mésencéphale, la grenouille est encore capable de happer au vol une mouche qui passe.
Deux interprétations de ces expériences sont possibles : ou bien l'activité psychique, qui» chez les animaux supérieurs, -semble spécialement localisée dans Técorce cérébrale est plus diffuse chez les animaux inférieurs ; les noyaux gris du mésencéphale et de la moelle sont des centres de sensibilité et de volonté ; la grenouille seni réellement la brûlure ; elle sent avec sa moelle ; elle voit réellement la mouche ; elle voit avec son mésencéphale; la sensibilité générale et spéciale, avec ses réactions motrices habituelles, est encore possible sans le manteau des hémisphères. S'il en est ainsi, l'activité psychique intervient nécessairement dans l'explication de ces phénomènes. • Ou bien l'ablation de la substance corticale a supprimé toute activité psychique ; la grenouille ne voit plus, ne sent plus, ne Yeut plus; l'excitation détermine la réaction appropriée par un processus purement physico-chimique. Un tel automatisme est un effet de Vhabitude. •
L'habitude est la transformation de l'organe par la fonction : iout acte qui se répète s'accomplit chaque fois avec un effort moindre^ pourvu toutefois qu'il n'altère pas trop profondément les tissus. Cette diminution de l'effort s'explique naturel^ lement par une diminution de la résistance, par une meilleure adaptation organique. Il n'y a peut-être dans un acte réflexe, et, en général, dans une fonction automatique, aucun élément qui ne soit physico-chimique, depuis l'excitation initiale jus«qu'à la réaction finale. La grenouille brûlée par un acide n'a
BIOLOGIE ET PSTCHOLOOIE iW
pas senli la brûlure ; le caustique en excitant les terminaisons nerveuses périphériques, a déterminé directement la réaction motrice ; Tanimal frotte sa cuisse brûlée avec son autre patte par un mouvement involontaire et inconscient. Pareillement, la grenouille a happé la mouche sans le vouloir et sans la voir. Des ondes lumineuses ont excité la rétine, Texcitation a déter-. miné non la vision, mais le .mouvement réflexe de préhension. Hais pour expliquer ce fait, il ne suffit pas de considérer la série de phénomènes qui commence à Texcitation pour aboutir à laréaction; il faut chercher comment s*est formée une telle adap- tation organique. Accordons, si Ton veut, que la modiûcation de Torgane peut bien n*étre qu*un effet purement mécanique, ou physicO'Chimique de son activité ; mais Texplication doit remonter jusqu^à l'activité non habituelle qui est à Torigine. Pareillement pour expliquer la machine artificielle, il ne sufQt pas de connaître de quelles pièces elle se compose et comment elle fonctionne ; il faut montrer comment elle a été construite, et remonter jusqu'au constructeur et à Tinventeur.
Donc, dans, tous les cas, quand il s*agit d'automatisme physiologique, Texplication doit contenir des éléments psychiques, car la structure actuelle de tous les vivants est un effet de leur activité antérieure. Ce qui s'explique provisoirement par la structure et l'habitude, s'explique définitivement par l'activité non habituelle qui a déterminé la structure.
Il faut donc admettre qu'il est des fonctions vitales qui ne sont point automatiques, et qui exigent, je me garderai bien de dire la conscience, — mais la sensibilité et l'activité psy* chique. Il y a, même pour la plus humble des cellules, végétale ou animale — surtout pour la plus humble — un bien-être et un mal-être ; et le bien-être détermine le repos, le mal-être détermine l'action. Nombre de protozoaires sont sensibles à la lumière ; les uns la fuient, et se massent dans le coin le plus obscur de leur aquarium, d'autres la recherchent et se groupent dans la partie la plus claire ; pour d'aulres enfin, il y- a un optimum ; ils se concentrent dans une zone moyenne. Cela ne veut pas dire qu'ils voient. Mais ils s'agitent dans leur liquide tant qu'ils s'y trouvent mal, et s'arrêtent quand ils s*y sentent bien. Si on place dans une cellule soigneusement close entre une lame et une lamelle de microscope, une goutte d'eau contenant des bactéries bien vivantes, elles absorbent d'abord tout l'oxygène dissous dans leur goutte d'eau, puis elles meurent. Hais s'il se trouve dans la préparation une bulle d'air, on
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les voit se ranger en cercle tout autour, comme des grenouilles autour d*une mare. Si on chauffe légèrement le centre d'une lame de verre sur laquelle on a placé des spermatozoïdes; on les trouve, au microscope, morts et immobilisés en zone circu* laire, comme s'ils avaient cherché à fuir. On ne peut songer à reconnaître dans des organismes et des éléments anatomiques aussi simples une activité intentionnelle, ni même une conscience comparable à celle des animaux supérieurs ; on ne peut pas davantage leur refuser la sensibilité, puisque Tautomatisme, là où il existe, n'est pas seulement Tabsence, mais la disparition de la sensibilité.
Nous admettrons donc que, dans l'explication d'une fonction quelconque, il y a toujours à tenir compte soit d'une sensibilité actuelle et présente, soit d'une sensibilité antérieure et disparue. Tout organe s'adapte ou s' est antérieurement adapté : il s'adapte quand un fait de sensibilité est un élément nécessaire de la. série causale qui va de l'excitation à la réaction, c'est le commencement d*une habitude ; il s'est antérieurement adapté, quand cet élément affectif, rendu inutile par l'habitude, a disparu.
2. — Cl. Bernard, adversaire déclaré du vitalisme et de l'organicisme, refuse pourtant de se prononcer pour le mécanisme. Il pose en principe le déterminisme des phénomènes, sans lequel il n'y a pas de science ; ensuite, les phénomènes, objet de la physiologie, doivent être tous physico-chimiques, sans quoi ils se déroberaient irrémédiablement à nos procédés expérimentaux. Le déterminisme des phénomènes physico chimiques qui se passent dans les organismes vivants, tel est, pour lui comme pour les mécanistes, l'objet de la physiologie ; seulement il avoue que ce déterminisme est incapable de rendre compte de l'organisation et de la vie.
Le maître de la physiologie moderne a, sur ce point, des hésitations, des alternatives de hardiesse et de scrupules ; mais il préfère encore le finalisme au mécanisme. Il admet un dessein, un plan organique, une idée directrice. Il repousse toute téléologie < extraorganique >, mais il pense que la conception de finalités particulières, intraorganiques peut être un c adjuvant pourTesprit». c Dans Tindividu vivant seulement on peut voir une intention qui s'exécute. Le tube digestif de l'herbivore est fait pour digérer les principes alimentaires qui se rencontrent dans les plantes. Mais les plantes ne sont pas
faites pour lui. — La nature ne condamne pas certaines espèces à être dévorés par d*autres, elle leur donne au contraire rinstincl de conservation, de prolifération, et des moyens de résistance pour échapper à la mort. Les lois de la Qualité particulière sont rigoureuses, les lois de la finalité générale sont contingentes *• *
Cl. Bernard distingue deux sortes de phénomènes vitaux : 1® Des faits de destruction vitale, correspondant aux fonctions. L*organe s*altère en fonctionnant, c*est à Ténergie mise en liberté dans cette désintégration que sont dues les manifestations fonctionnelles. Ces phénomènes s'accomplissent sous Tinfluence de conditions dont nous disposons, et donnent prise à la recherche expérimentale ;
2^ Des faits plastiques, ou de création vitale, correspondant au repos fonctionnel et à la régénération organique. Ceux-là sont plus difGciles à connaître* . , - ■
Les anesthésiques suspendent les phénomènes proprement vitaux et respectent ceux de désintégration chimique. Le chloroforme ou Téther paralysent le ferment figuré de la levure de bière, non le ferment soluble, qui n'est pas vivant; ainsi la levure chloroformée ne transforme plus le sucre en alcool, mais elle transforme encore le saccharose en glycose. La sensitive chloroformée ne replie plus ses folioles et ses pétioles ; le chou chloroformé ne fixe plus Tacide carbonique de Tair sous rinfluence de la lumière ; mais ces plantes continuent à respirer. Les anesthésiques sont ainsi de véritables < réactifs de la vie > ; ils permettent de séparer les phénomènes physiques et chimiques qui se passent dans les vivants, des phénomènes qui sont la vie elle-même.
La création vitale est une double synthèse, chimique et morphologique. La synthèse chimique est difficile à étudier, parce qu'elle ne peut être réalisée artificiellement que par des voies très indirectes, mais elle est encore accessible à la recherche expérimentale. La synthèse morphologique est irréductible au déterminisme, autant dire inexplicable. Chaque vivant continue et répète ses ancêtres, obéissant à une sorte de « consigne > ; le germe c semble garder la mémoire » de l'organisme dont il procède. Sur ces lois morphologiques nous n'avons aucune prise : la zoologie et la botanique se bornent à
(1) Leçons sur les ph. de la vie, 8* leçon.
les (c' contempler Vi. CL Bernard se résout aiusi & soustraire à la science et à vouer au mystère impénétrable toute une partie, et la plus importante, des manifestations vitales.
Il n'y a pourtant pas lieu de frapper d*interdit, ou de transférer à la métaphysique, tout un domaine dont la plupart des savants ne sont pas d* ailleurs, malgré TinsufOsance du savoir présent, disposés à se dessaisir. Le problème de la création morphologique n*est pais résolu, mais il n'est pas désespéré. Seulement te déterminisme des phénomènes est insuffisant pour en rendre compte ; car la création morphologique, c'est l'adaptation.
Le déterminisme, on ne saurait sérieusement le contester, s'étend aux faits de création morphologique. On sait qu'il existe, chez les métazoaires, des cellules dites indifférentes, qui semblent pouvoir devenir, selon la place qu'elles occupent, cellules conjonctives, glandulaires, épithéliales ou autres, ou rester indépendantes et migratrices. Inversement les cellules fixes d'un tissu, dans des conditions déterminées, l'inflammation par exemple, subissent une sorte de fonte régressive, et redeviennent indifférentes. Ainsi, il y a une certaine ambiguïté dans la destinée future des éléments histologiques : des cellules identiques peuvent évoluer différemment, et chacune concourt, pour sa part, à la réalisation du plan morphologique. Hais elle y est contrainte par les circonstances dans lesquelles son évolution s'accomplit. Cela est plus intelligible qu'une consigne. Un embryon de chien est quelque temps indiscernable d'un embryon humain ; mais Tun se développe dans un utérus de chienne, l'autre dans un utérus de femme, sans parler des différences que le microscope et les réactifs ne révèlent pas. toutes les transformations posst^/e^ d'un élément sont limitées par sa constitution propre, toutes ses transformations effectives sont déterminées, par les conditions propres, locales et temporaires, du milieu où il se trouve placé.
Le déterminisme ne souffre sans doute en biologie aucune exception; mais il n'y rend pas compte de tout. Il ne faut pas le nier : il faut le dépasser. Il explique la liaison des moyens ; mais il faut tenir compte de la fin, c'est-à-dire terminer la
(1) • Nous séparons la phénoménologie vitale de la morphologie vitale^ La morphologie vitale, nous ne pouvons guère que la contempler, puisque son facteur essentiel, l'héi^cdité, n'est pas un clément que nous ayons en notre pouvoir et dont nous soyons maîtres comme nous le sommes des conditions physiques des manifestations vitales ; la phénoménologie vitale au conti'aire nous pouvons la diriger » (Ibid., 8* leçon, p. 342).
série causale à un état qui, en est la raison d'être, parce qu'il est un bieii. Au point de vue physico*chimique, la série des causes et des effets se prolonge indéfiniment; au point de vue physiologique, elle a un terme. Le professeur Balbiani a montré que la forme des protozoaires dépend de la composition chimique de leur protoplasma ; dès que cette composition s'altère, la forme change ; dès qu'elle se rétablit, la forme primitive est restaurée. Or la composition s'altère et la forme change toutes les fois que la cellule fonctionne; Tune et l'autre tendent à se reconstituer, par absorption de certains matériaux et expulsion de certains autres, puis par un travail intérieur qui est Y assimilation; ce dernier phénomène est sous la dépendance du noyau : c'est à peu près tout ce que nous en savons. Il y a donc pour la cellule un état chimique et morphologique, qui est son état normal, son bien; elle tend à y revenir quand elle s'en est écartée; elle se transforme jusqu'à ce qu'elle y soit revenue ; et quand elle y est revenue, elle demeure en repos jusqu'à ce qu'une excitation nouvelle provoque à nouveau la fonction.
La création morphologique, l'adaptation, c'est proprement la physiologie même. Etudier les osmoses et les dialyses, les oxydations, réductions, dédoublements qui se passent dans les vivants, c'est faire de la physique et de la chimie biologiques, c'est-à-dire tout simplement de la physique et de la chimie. Ces recherches, indispensables à la physiologie, ne sont pas plus la physiologie que le calcul différentiel n'est la dynamique. On ne dit pas que ia dynamique se confond avec l'algèbre parce que tout s'y réduit à des relations entre des quantités : car on cesse de faire de. la dynamique si l'on ne considère plus que ces quantités sont des vitesses, des masses et des forces. De même on ne fait pas de la physiologie, si l'on ne considère pas que le déterminisme des phénomènes s'y dispose en processus d'adaptation.
3. -— On est quelquefois porté à considérer le transformisme comme une explication complète et purement mécanique de l'adaptation. Il n'en est qu'une explication partielle, et cette explication n'est pas purement mécanique.
Il consiste, au total, à rendre compte de l'adaptation par la disparition de tous les individus non adaptés. On a souvent insisté sur les variations et les différenciations des espèces; il est bon de remarquer que l'élimination constante des imper-.
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fections organiqaes est également propre & faire comprendre la flxité relative du type spéciQque. Tant que les conditions d'existence restent les mêmes, il se maintient, par élimination des écarts ; à mesure que les conditions changent, il tend à se modifier, par élimination des individus qui ne se transforment pas.
Mais cette explication toute négative est loin de suffire ; elle fait voir pourquoi des êtres non adaptés n'existent pas, non pourquoi des êtres adaptés existent. L^impossibiiité du contraire n'est jamais une preuve ; on sait que si deux propositions contraires ne peuvent être toutes deux vraies, elles peuvent être toutes deux fausses . L'existence d'une espèce n'apparaît pas comme nécessaire parce que toute autre espèce était impossible dans les mêmes conditions, car il était peut-être possible que celle-là n'existât pas davantage. L'adaptation se produit, nous dit-on, parce qu'il faut qu'elle se produise et que sans cela l'espèce disparaîtrait. Mais pourquoi ne disparaît-elle pas? Il faut que des caractères nouveaux apparaissent. Mais comment apparaissent-ils? Il faut que ces caractères se fixent. Mais comment se fixent-ils ? On rencontre ici les grands mystères de l'histogenèse et de l'hérédité, c'est-à-dire les aspects principaux de la création morphologique.
L'élimination des individus non adaptés est quelquefois considérable. La conservation de certaines espèces exige parfois des conditions trop complexes, des rencontres trop extraordinaires pour n'être pas exceptionnelles. Les ténias ne peuvent subsister que par un double parasitisme ; chacun d*eux doit traverser d«s animaux différents, parfaitement déterminés pour chaque espèce. Ainsi le Ténia Inerme vit d'abord dans le muscle du bœuf, où il ne peut se reproduire ; parvenu à un certain développement, il s'enkyste et meurt, à moins que la chair du bœuf, imparfaitement cuite, ne soit, juste à ce moment, ingérée par un homme ; alors commence une seconde vie parasitaire dans le tube digestif de l'homme; les cucurbitins expulsés avec les excréments contiennent des œufs qui seront détruits avec le temps, à moins qu'ils ne soient avalés par un bœuf. Le cycle peut alors recommencer. Un ténia, parasite de rintestin du porc, a pour hôte intermédiaire le rat ; la propagation de cette curieuse espèce a pour condition qu'un rat, qui ait préalablement mangé des excréments d'un porc infesté, soit à son tour mangé par un autre porc, circonstance assurément rare, le porc n'étant pas naturellement Carnivore. Des espèces, dont la conservation est subordonnée à des conditions
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aussi étranges, n'auraient qu'une existence précaire, si le nombre prodigieux des œufs n'était suffisant pour assurer quelque probabilité de survie.
Nous comprenons bien que les seuls ténias qui existent doi* vent être doués de cette fécondité inouïe, parce qu'ils sont les seuls possibles. Beaucoup d'œufs périront, faute d'être ingérés par un animal, et par celui-là seul où ils peuvent se développer ; beaucoup se fourvoient dans les tissus d'un hôte où ils peuvent commencer leur évolution, mais non la poursuivre ; d'autres ne passeront jamais à la seconde vie parasitaire, ou ne la conduiront pas jusqu'à la maturité sexuelle. Aussi ces animaux, qui a'ont pas d'appareil digestif, pas d'organes respiratoires, un système de cirenlatian très rudimentaire, ont des organes sexuels, très développés, qui occupeat presque tout le corps de chaque cucurbitin. Nous voyons bien qu^fl &at que ce soit ainsi; nous voyons aussi qu'à mesure que les conditions de Texistence parasitaire devenaient plus étroites, plus spéciales, il fallait que la fécondité augmentât. Mais comment ces organes sexuels si développés, si complexes, se sont-ils formés, accrus? Comment se forment-ils aujourd'hui dans chaque animal ? Les moins féconds, ont disparu, soit ; mais comment y en a-t-il eu de plus féconds? Comme il y a lutte pour la vie, il y a naturellement des blessés et des morts ; mais comment y a-t-il des combattants ?
Loin de ramener la science de la vie au déterminisme physico-chimique, le transformisme nous montre au contraire partout le spectacle de la sensibilité et de Teffort. Le vivant est un lutteur qui s'ingénie et s'évertue, qui répugne à la souffrance, qui aime la vie, et use de toutes ses ressources pour la conserver et pour l'accroître. Le transformisme est assurément l'une des plus belles conquêtes de la science ; il élimine de la biologie la conception paresseuse de la finalité théologique, mais il n'exclut pas, il suppose au contraire l'existence d'un facteur psychique sans lequel ses explications, toutes néga* tives« sont incomplètes.