Des lois purement empiriques
On peut en distinguer deux sortes.
Les premières sont obtenues par un raisonnement qui n'est autre que Yinduction formelle A' kTi^U^i^. Les logiciens ont été trop sévères pour ce raisonnement ; il a un rôle dans la science. Une propriété a été reconnue appartenir à chacune des espèces d'un genre ; elle appartient donc]au genre. Pour qu'un tel raisonnement soit possible, il faut que le nombre des espèces du genre soit limité etqu'elles soient toutes énumérées. De telles lois sont donc sujettes à revision, car des faits nouveaux venant à être découverts, l'extension du genre peut s'en trouver augmentée.
Cést ce qui est arrivé pour la loi de Bode. Soit la progression géométrique :
En ajoutant 4 à chaque terme, et en le divisant par 10, on , obtient :
Or, il se trouve que ces chiffres représentent assez exactement les distances moyennes des planètes au soleil, celle de la Terre étant prise pour unité, car ces distances sont :
• Mercure Vénoi U Terre Mars Jupiter Satame
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DÉDUCTION DANS LES SOENGES DE lA NATURE S»
excepté le chiffre 2,8 auquel devrait correspondre une planète située entre Mars et Jupiter. De nouvelles planètes furent découvertes depuis. Ce fut d*abord Uranns, vu par Herscbel en 1781 et dont la distance moyenne est 19,6, chiffre assez rapproché de celui de 19,2 que la loi de Bode faisait prévoir. Puis les planètes minuscules dont la première, Cérès, fut découverte par Piazzi en 1801. Sa distance 2,8 correspondant exactement à la lacune qui existait entre Mars et Jupiter, la loi de Bode se trouvait confirmée une seconde fois. On en célébra surtout les mérites quand les planètes télescopiques se comptèrent par centaines, suggérant l'hypothèse d'un astre qui serait brisé ou . désagrégé en cette région du ciel. Mais, en 1846, la découverte de Neptune vint infirmer la loi de Bode, car sa distance moyenne au Soleil est de 30,036 au lieu de 38^8 que la loi de Bode exi^ geait.
On trouve des lois analogues dans toutes les sciences.
Tous les métaux sont conducteurs de la chaleur et de Télec*. tricité. Comment le savons-nous ? C'est qu'on Ta constaté pour le fer, le cuivre, l'or, l'argent, le mercure, etc. L'hydrogène a des fonctions chimiques qui le rapprochent des métaux ; or, l'hydrogène se distingue de tous les autres gaz par sa conductibilité. Chaque fois qu'on a découvert un nouveau corps simple, que ses propriétés chimiques ont rangé parmi les métaux, on a observé qu'il était conducteur. Mais rien ne prouve qu'il n'existe pas quelque part un corps, inconnu jusqu'ici, ayant tous les autres caractères des métaux, mais qui serait isolant.
Si l'on range les hydrocarbures saturés C'H^'^* et leurs dérivés, alcools et. acides en séries telles que chaque terme diffère du précédent par un groupe diatomique CH' intercalé entre deux atomes de carbone, le point d'ébuUition s'élève d'un même nombre de degrés en passant d'un terme quelconque au suivant. — Mais qui sait si on ne découvrira pas quelque nouvel hydrocarbure dont le point d'ébuUition ne sera pas conforme à la loi ? Cette hypothèse restera possible tant qu'on n'aura pas trouvé une relation rationnelle entre le point d'ébuUition et la constitution moléculaire des hydrocarbures.
Tous les coléoptères vésicants présentent des hypermétamorphoses, tous se nourrissent de miel et vivent aux dépens des différents hyménoptères. Il^en est ainsi, du moins, des Cantharides, des Mylabres, des Méloés, des Lyttes, et d'autres coléoptères contenant de la cantharidine. — Mais comme l'esprit ne saisit entre ces faits aucune relation intelligible, bien qu'on les
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ait trouvés associés daas tous les cas, rien ne prouve qu'on ne les trouvera pas dissociés dans quelque espèce encore mal étudiée ou complètement inconnue.
Avant la découverte de l'Australie, ne croyait-on pas que tous les cygnes étaient blancs ?
- L'induction aristotélicienne n'est qu'un résumé, ou plutôt un total. Elle rassemble en une seule formule générale des cas spéciaux dont chacun est déjà une loi. Ces propositions : Le fer est conducteur ; le cuivre est conducteur ; les cantharides ont des hypermétamorphoses ; les mylabres ont des hypermétamorphoses, etc., sont évidemment des loisl celle-ci : La distance moyenne de Mars. au Soleil est une fois et demie celle de la Terre, en est une également, car elle signifie que celte distance moyenne est invariable et que toutes les observations sont concordantes. Une fois ces lois spéciales admises, on peut les totaliser en une loi plus générale. L'induction formelle a donc sa place dans la méthode scientifique, mais elle ne constitue aucun accroissement matériel de notre savoir, puisqu'elle a pour condition que les énumérations soient exhaustives.
L'induction baconienne, au contraire, dépasse les faits observés. Elle conclut soit de faits individuels à une loi, soit de lois spéciales à une loi générale, affirmée de tous les cas possibles. Une concomitance a été observée dans des cas nombreux, et surtout divers; on a vu l'absence, la disparition ou la variation de l'un des termes accompagner l'absence, la disparition ou la variation de l'autre, et cela dans les conditions requises pour être en droit de conclure aux faits non observés, mais sans apercevoir de liaison causale. La médecine est pleine de ces lois empiriques. La défervescence est continue et très rapide dans la pneumonie franche, tandis qu'elle se fait par une série de rémissions matinales dans la fièvre typhoïde. Dans la rougeole, l'éruption est précédée du catarrhe oculonasal. Les accès d'impaludisme présentent trois périodes : frisson, hyperlhermie, transsudation, etc. De telles lois empiriques composaient à peu près tout le savoir médical des anciens, et c'est pour elles qu'on lit encore et qu'on admire les descriptions dé ces merveilleux observateurs sur la marche des maladies.
Bien que prouvées par l'induction baconienne, par le raisonnement expérimental tel que Stuart Mill, Claude Bernard et tant d'autres l'ont décrit, ces lois sont empiriques. Elles expriment un ordre invariable, mais jusqu'à présent inintelligible.
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de la nature. PeuTent-elles être démenties par les expérienees nltérieares ? Oui, quand leurs termes sont complexes et imprécis, comme dans celles que j*ai prises pour exemples. Pneumonie, fièvre typhoïde, fièvre paludéenne, ces mots désignent des genres mal définis, comprenant des variétés nombreuses plus ou moins continues entre elles ; les divers tempéraments ne sont pas aflectés de la même manière par les mêmes maladies ; le médecin n'est jamais sûr de se trouver en présence de fails entièrement semblables aux observations antérieures, et son attente peut toujours être trompée par une marche et par des symptômes inattendus. De là le procédé de statistiques. Entre des termes vaguement définis, on ne peut guère affirmer que des lois de fréquence, et non des relations absolument invariables.
Mais d^autres lois de concomitance où Tidée de cause n*est encore pour rien, sont parfaitement certaines et ne risquent pas d'être démenties par l'expérience ultérieure, ce sont celles dont les termes sont simples et précis. Telles sont la plupart des lois de la chimie. Sait-on pourquoi le fer brûle dans Toxy* gène, pourquoi Tammoniaque est soluble dans l'eau ? Non, mais il n'est pas à craindre qu*on trouve jamais du fer inoxydable ou de Tammoniaque insoluble. C'est que le fer et l'oxygène, l'aramoniaque et l'eau sont des corps parfaitement définis. L'ammoniaque est toujours de l'ammoniaque, l'eau toujours de l'eau : ce que le chimiste appelle ainsi, .c'est toujours HH), ÂzH' ; et les circonstances étant exactement les mêmes, les choses doivent nécessairement se passer de la même manière, en vertu du principe du déterminisme. Ainsi, ce qui fait la certitude d'un raisonnement inductif, ce n'est pas l'apereeption d'une liaison causale, c'est la précision des définitions et la rigueur des analyses.