ARTICLE VI
Marche et terminaisons de la colique.
La colique saturnine a offert une marche assez irrégulière : ses symptômes s’exaspéraient et se calmaient sans cause connue. La guérison survenait à une époque variable, suivant 1 intensité de la maladie, ses complications et le traitement qui avait été mis en usage. Les accidens ne disparurent pas tout à fait, et ne suivirent pas non plus, pour leur cessation complète, un ordre de marche invariable. Ce que j ai vu
de plus constant, c’est que la constipation , l’anorexie et les douleurs des membres étaient les symptômes.qui se montraient ordinairement les plus rebelles.
Guérison. La guérison est la terminaison la plus ordinaire de la colique saturnine. Je ne connais aucun exemple authentique de guérison spontanée de la maladie sous l’influence d’un mouvement critique survenu dans une partie quelconque de l’économie. J’ai noté, dans un cas, l’apparition d’une hémorrhoîde sans flux sanguin, et qui n’apporta aucun changement appréciable dans la marche de la maladie. Chez une femme, l’éruption menstruelle s’opéra à la suite d’un éméto-cathartique; l’écoulement dura moins que de coutume, et fut sans influence surl’afifection saturnine. Enfin, un dernier malade fut atteint de rhumatisme aigu dans les genoux et les pieds, qui se déclara au même instant que la colique cessa d’exister. Y eut-il ici quelque rapport entre les deux maladies? C’est ce que je n’oserais décider.
Paralysie. J’ai parlé précédemment de la paralysie ; on a vu que c’était une terminaison peu rare de la colique saturnine.
Mort. La mort rie survient guère que par suite de complications avec d’autres maladies ou après les accidens nerveux d epilepsie, de délire et de coma, signalés précédemment.
J’ai vu chez quelques malades des douleurs atroces suivies d’une espèce de prolapsus ou de coma ; il y avait des alternatives d’excitation et d’affaissement. Si les souffrances avaient continué aussi intenses , je conçois que la mort aurait pu survenir; caria source de la sensibilité se serait éteinte, comme celle du sang tarit après les hémorrhagies abondantes. Je suis étonné que ces malheureux ne succombent pas plus souvent â l’excès de la douleur. J’ai observé maintes fois une pareille terminaison chez des individus qui avaient été brûlés sur
une grande surface de leur corps, et qui mouraient épuisés par les souffrances peu d’heures après l’accident.
Gardane 3 M. Mèrat ( loc . cit . ), M. Duchesne 3 dans sa Thèse, ont donné la proportion des décès survenus parmi les individus atteints de colique saturnine qui ont été reçus à l’hôpital de la Charité pendant une longue série d’années ; mais comme les registres n’indiquent pas ou indiquent mal le nombre et la nature des complications qui ont pu exister, il est impossible d’avoir aucune confiance dans tous ces relevés. De mes cinquante-six malades affectés d’accidens saturnins aigus, trois ont succombé, savoir , deux à l’épilepsie , et le troisième à une attaque de choléra asiatique. Je négligerai ce dernier fait comme ne pouvant point éclairer la question d’anatomie pathologique. Quant aux deux autres/quoique relatifs à des cas de coliques saturnines légères, ils méritent cependant de fixer un instant notre attention. Je vais les analyser dans l’article suivant.