‹ Essai sur la colique de plombChapitre 9 sur 16 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Symptômes caractérisant la colique saturnine.

Lorsque la colique saturnine s’est définitivement déclarée, on observe que les douleurs abdominales deviennent plus intenses; elles sont continues, mais s’exaspèrent cependant à des intervalles plus ou moins rapprochés; elles s’irradient vers les lombes, le rachis, les parois thoraciques, et jusque dans les parties génitales et dans les membres inférieurs. Elles offrent en général pour caractère essentiel de se calmer par la pression; elles s’accompagnent parfois de rétraction des muscles abdominaux; puis surviennent des accidens d’embarras gastrique, tels que : amertume de la bouche , nausées, vomissemens bilieux et verdâtres. Du côté des intestins, ce sont presque des

signes d un Véritable étranglement, car il y a arrêt dans le cours des matières stercorales, et même des gaz; ceux-ci en effet sont excrétés en totalité par la bouche : la sécrétion urinaire diminue d’abondance; souvent le liquide n’est rendu qu’en faisant éprouver au malade une cuisson plus ou moins vive. Au milieu de ces souffrances, qui quelquefois sont atroces, le pouls reste calme, le nombre des pulsations artérielles est quelquefois même moins considérable que dans l’état normal. Enfin, on observe quelquefois, soit pendant la maladie, soit après, et comme symptôme consécutif, divers accidens relatifs aux fonctions de l’axe cérébro-spinal, tels que convulsions, délire, coma ; enfin des paralysies générales ou partielles affectant les membres ou les organes des sens.

Voilà un résumé des principaux symptômes de la colique saturnine; je vais maintenant étudier chacun d’entre eux en particulier.

Douleurs abdominales. Parmi les symptômes, le plus constant de tous , celui qui marque le mieux le début de l'affection, consiste dans des douleurs abdominales, variant en intensité ; leur invasion peut se faire à toute heure du jour ou de la nuit. Sur seize malades chez lesquels j’ai noté avec soin l’époque précise du début, il n’en est que six chez lesquels la colique ait commencé pendant le sommeil quelle a interrompu. Les douleurs abdominales sont ou bien obtuses, et alors uniformément continues, ou bien très-intenses , et elles reviennent dans ce cas par crises plus ou moins rapprochées : les malades les comparent à des piqûres, à des tortillemens, à des élancemens, ou à une compression des plus pénibles. Dans trois cas elles occupaient tout le ventre à la fois ; mais le plus ordinairement elles étaient limitées à une ou deux régions ensemble; ainsi, neuf fois elles occupaient l’hypogaslre, quatre fois l’ombilic, six fois la région épigastrique ou sus-ombilicale. Dans tous Jes autres cas les malades souffraient dans plusieurs régions du ventre à la fois, et souvent il y avait un point quelconque de l’abdomen dont ils se plaignaient spécialement. Ces douleurs s’étendaient parfois vers les fosses

iliaques, très-rarement vers les hypocondres ; quelquefois elles paraissaient être le point de départ d’élancemens qui s’irradiaient vers les cordons testiculaires, dans les lombes, et jusque dans les membres inférieurs : elles étaient parfois si aiguës qu’on voyait les malades en proie à l’anxiété la plus vive; ils poussaient des cris, s’agitaient sans cesse ; leur corps entier était pris de mouvemens saccadés analogues au frisson ; c’est alors qu’ils prenaient dans leurs lits les attitudes les plus bizarres pour soulager leurs maux. Ces crises survenaient le plus souvent sans cause appréciable. Dans quelques cas, les efforts d’une toux accidentelle et même les mouvemens respiratoires aggravaient les souffrances ; de là ce faciès grippé qui donnait à quelques-uns d’entre eux un certain air de ressemblance avec les malheureux atteints de péritonite. Cette altération profonde des traits était remarquable surtout au moment de l’entrée des malades à l’hôpital ; mais il suffisait souvent de quelques heures de repos au lit pour rendre à la physionomie un aspect moins souffrant, quoique cependant les douleurs restassent les mêmes. Celles-ci se calment souvent par la pression exercée sur le ventre. Ce phénomène a été signalé comme constant par beaucoup de médecins. Cependant, en analysant mes cinquante-deux observations de eolique saturnine, je trouve que la pression avait soulagé dans quarante cas seulement. Pour les faits tjuî restent, j’en ai noté sept dans lesquels l’action de presser n’augmentait ni n’allégeait la douleur; et enfin dans les cinq autres, une compression sur le ventre, forte ou légère, exaspérait les souffrances. Chez quelques individus on soulageait par une pression forte, tandis que la pression légère aggravait la douleur ; celle-ci, chez deux malades, se calmait dans un point, tandis qu’elle s’exaspérait dans un autre : cela dépend souvent du mode d’exploration. Pour pouvoir apprécier l’existence ou l’absence de ce symptôme, on devra comprimer sur l’ombilic, peu à peu, avec la face palmaire, d’une main déployée , et en recommandant au malade de ne pas contracter les muscles abdominaux. Si on comprime, même en suivant ces préceptes , la région épigastrique et les hypocondres , immédiatement

au-dessous du rebord costal, le plus souvent alors on augmente l’intensité de la douleur, parce qu’on presse dans des points trop limités et trop rapprochés des insertions des muscles, qui alors se tendent douloureusement malgré la volonté des malades. Les cinq individus chez lesquels la pression exaspérait les douleurs du ventre étaient tous affectés de colique saturnine intense. Quelques médecins ( Thèse de M. Duchesne ) ont dit que le ventre est toujours sensible à la pression dans le moment des tranchées. Je ne puis admettre une pareille opinion d’après les faits que j’ai recueillis. L’état d’éréthisme dans lequel sont les muscles abdominaux pendant les crises a pu empêcher souvent d’exercer une compression régulière. Je n’ai jamais vu les coliques cesser tout d’un coup, circonstance signalée par quelques médecins comme devant faire craindre que les extrémités supérieures et inférieures ne se paralysent.

Les douleurs que je viens d’étudier me semblent de nature névralgique. Je n’admets point l’explication qu’en a donnée Desbois de Rochefort (Mat. méd.). Ce médecin croyait que l’air intercepté dans quelques parties du tube digestif le distendait; que d’ailleurs les intestins, étant rétractés, s’opposaient â l’égale distribution des gaz; que ceux-ci s’accumulaient dans quelques portions limitées du canal, éprouvant pour le distendre beaucoup de difficulté. C’est à ces différentes circonstances que Desbois attribue les coliques: mais ce n’est là qu’une hypothèse qui s’appuie non sur des faits, mais sur une autre hypothèse, c’est-à-dire la rétraction du tube intestinal (phénomène nullement démontré jusqu’à présent). D’ailleurs, toutes les fois que j’ai examiné le ventre pendant les crises ou dans leur intervalle, il m’a été impossible, à l’œil ou au toucher, de constater l’existence de tumeurs isolées et sonores, qui devraient se manifester si l’explication donnée par Desbois était véritable.

Rétraction du ventre. Les auteurs ont signalé la rétraction de la paroi antérieure du ventre comme un caractère spécial de la colique saturnine; mais ce symptôme n’est pas constant. Stoll même ( Loc.

cit.) avoue qu’il l’a rarement observé. Quelquefois même le ventre est plus gros et plusdévèloppé que de coutume. Sur quarante-six malades chez lesquels j’ai recherché ce symptôme avec soin, j’en ai trouvé trente-un dont le ventre avait le volume et la forme ordinaires. Quinze fois seulement j’ai trouvé celui-ci rétracté ; le plus souvent même ce symptôme était si peu marqué, que le ventre a dû être examiné avec beaucoup de soin afin d’en constater l’existence. D’ailleurs cette rétraction des parois abdominales n’a jamais augmenté pendant les accès de douleurs même les plus violens. 11 m’est donc impossible, d’après cet examen, d’adopter l’opinion de M. Mêral , qui prétend qu’on peut juger de l’intensité d’une colique saturnine par le degré de rétraction du ventre.

Ce phénomène est-il purement mécanique? dépend-il de la pression atmosphérique exercée sur les parois abdominales , et forçant cellesci à suivre le prétendu retrait des intestins ( Mërat) ? ou bien faut-il plutôt admettre dans ce cas une contraction spasmodique des muscles abdominaux s’appliquant instinctivement et d’une manière énergique sur les viscères, comme pour en atténuer les souffrances? S’il fallait adopter une de ces deux théories, je choisirais la dernière; et ce qui semble la confirmer, c’est que des cinq cas dans lesquels la pression exaspérait les douleurs abdominales, il n’y en a qu’un dans lequel le ventre fût déprimé, et cette rétraction musculaire était d’ailleurs à peine marquée.

Je n’ai jamais vu l'anus rétracté, comme quelques auteurs disent l’avoir observé. M. Chomel lui-même, qui a traité un si grand nombre de coliques, n’a jamais été témoin d’un pareil phénomène. J’ai plusieurs fois introduit le doigt dans le rectum : dans quatre cas j’ai passé par l’extrémité inférieure de l’intestin une sonde œsophagienne dans toute sa longueur et sans la moindre difficulté, excepté sur un seul malade, chez lequel les Iavemens ne pouvaient pénétrer. La sonde s’arrêtait à une profondeur de huit pouces; il me fut impossible de la faire arriver plus avant, et tous mes efforts n’avaient d’autres résultats que d’aggraver les souffrances du malade. Y avait-iî

ici contraction intestinale? ou bien la sonde n’était-elle arrêtée dans sa marche que par un amas de matières fécales endurcies? Ces deux suppositions sont l’une et l’autre admissibles. mais nullement prouvées.

Beaucoup de personnes diront, je n'en doute pas, que cet obstacle à l’introduction de la sonde dépendait de la contraction intestinale; et regarderont ce fait comme une preuve de la diminution du calibre des intestins dans la colique saturnine.

Je ferai observer cependant que pour le cas dont il s’agit ici il n’y avait aucune rétraction des parois du ventre, tandis que pour le malade chez lequel la sonde a pénétré sans difficulté j’avais noté une rétraction de l’abdomen ; or, c’est précisément le contraire qui aurait dû avoir lieu si l’explication de M. Mérat sur la cause de la rétraction du ventre était la véritable.

Enfin, chez une femme atteinte de colique saturnine, le toucher, pratiqué par le vagin, m’a montré la paroi recto-vaginale souple, non rétractée ; le rectum ne contenait aucune matière stercorale endurcie. Mais dans les autres cas où j’ai introduit mon doigt dans le gros intestin , j’ai toujours senti bien distinctement des fèces dures, arrondies, excepté une seule fois, ou elles avaient peu de consistance.

Excrétion des gaz. Pendant la durée de la colique saturnine , les gaz s’échappent exclusivement par la bouche. Cette excrétion s’accompagne souvent d’un soulagement passager. Je crois que M, Mérat n’a pas parlé d’après l’observation, mais plutôt d’après des idées purement théoriques , lorsqu’il dit que les borborygmes sont rares à cause de la contraction presque générale du tube digestif. En effet, j’ai noté l’existence de ce phénomène dans la moitié des cas environ (i4 fois sur 29).

Dents et gencives. Chez les ouvriers cérusiers atteints de la colique saturnine, j’ai reconnu le plus souvent une coloration noirâtre du collet des dents incisives et canines, et de la portion correspondante

des gencives; j’ai regardé cette production comme étant un sulfure de plomb, quoique l’analyse chimique, que j’ai négligé de faire, eût pu elle seule m’en donner la certitude.

M. Palais ( /. c.> p. 109) a signalé comme symptôme nouveau des douleurs dentaires semblables à celles qu’on éprouve après avoir mangé des fruits acides, et qui se font spécialement sentir chez les malades en proie à de vives souffrances. Je regrette que M. Palais ne nous ait pas indiqué le degré de fréquence de ce phénomène. Je l’ai observé deux fois, c’était du moins quelque chose d’analogue. Ainsi, deux malades m’ont avoué qu’ils avaient ressenti pendant leur séjour dans les ateliers des douleurs dans les gencives; c’étaient souvent des engourdissemens qui persistaient quelquefois plusieurs jours de suite , sans que la muqueuse buccale fût saignante ou tuméfiée. Un directeur d’une fabrique de céruse, qui a eu plusieurs fois la colique , m’a dit qu’il éprouvait de temps à autre, pendant la nuit, des élaneemens violons vers la mâchoire inférieure et suivant le trajet du rameau dentaire; peut-être doit-on considérer ces douleurs non comme un symptôme de la colique saturnine, mais plutôt comme un des nombreux accidens produits par les émanations de plomb sur le système nerveux.

Langue. Dans toutes mes observations j’ai toujours trouvé la langue humide, de couleur rosée, offrant dans la moitié des cas un enduit blanchâtre ou jaunâtre, ordinairement peu épais. Chez un de mes malades, pendant le traitement, la langue devint grisâtre, fendillée au centre et sèche ; cet-état coïncidait avec la fréquence du pouls ( 88 pulsations ) et une chaleur fébrile. Ges symptômes inflammatoires disparurent dans les vingt - quatre heures , et l’organe redevint humide. Chez un autre malade, la langue fut aride pendant quelques heures sans qu’il y eût de mouvement fébrile : cet état cessa le jour même* après 1 administration du lavement purgatif.

Ainsi, ces résultats sont identiquement les mêmes que ceux qui ont été obtenus par M. Louis { Fièv. typh., t. Il, p. io 3 ).

Soif. La soif n’a pas toujours été la même : ainsi elle était mille chez le quart de mes malades , vive chez un sixième, et modérée chez: tous les autres. Ces diverses modifications de la soif ne coïncidaient avec aucun phénomène particulier, et n’étaient point liées avec le plus ou moins d'intensité de la colique* On peut donc établir que chez les cinq sixièmes des malades atteints de colique saturnine la soif est nulle ou à peine notable. Cette circonstance empêchera souvent le médecin de pouvoir administrer certains médieamens qui ne peuvent être donnés que dans une grande quantité de véhicule.

Nausées 3 vomissemens. Les nausées coïncidaient en général avec les vomissemens, et ceux-ci ont!été notés trente-deux fois sut quarantesix. Bans tous les cas, moins deux, les matières rendues ont toujours été d’un vert porracé et d’une amertume extrême. La ténacité, la fréquence des vomissemens n’étaient pas toujours proportionnées à la violence des douleurs et des autres accidens, car la moitié des observations dans lesquelles ils ont manqué étaient des cas de colique saturnine intense. On peut croire que ces vomissemens sont idiopathiques , car on les fait cesser par des moyens immédiatement dirigés sur l’estomac. Je pense donc que c’est à tort que M. Guérin de Mamers les considère comme purement sympathiques d’une affection -cérébrale ( Annales de méd. phys. , t. XII, 1827) ; leur existence d’ailleurs ne dénote aucune lésion de structure de la muqueuse stomacale.

Stoll (l. cit.) assure que ceux qui ont vomi guérissent plus aisément et plus promptement que les malades qui n’offrent pas ce phénomène morbide , quoique peut-être ces derniers souffrent moins. L’observation m’a conduit à un résultat tout opposé à celui indiqué par Stoll. En effet , les malades qui vomissaient n’ont guéri qu’au bout de huit jours, plus un huitième. Ceux qui n’ont éprouvé pour tout indice de saburre bilieuse qu’un peu d’amertume de la bouche, quelques envies de vomir sans vomissemens, sont restés cinq jours en traitement; enfin, les individus qui n’ont offert aucun vestige d’em-

barras gastrique ont été rétablis au bout de quatre jours et quart seulement, quoique parmi ces derniers malades il s en trouvât la moitié qui fussent affectés de colique saturnine intense. Malgré un si petit nombre de faits analysés, je conclus, contrairement à l’opinion de Stoll 3 que le vomissement, loin d’être un signe pronostique favorable, indique, au contraire, que la maladie aura une durée plus longue.

Hoquet. Le hoquet n’est pas rare dans la colique de plomb ; car sur quinze malades, il yen a sept qui en ont été plus oit moins affectés. Ce phénomène a existé dans tous les cas, excepté dans un, avec les symptômes qui caractérisent un embarras gastrique. Je ne l’ai noté d’ailleurs que chez des malades affectés de colique saturnine intense ; il n’a été incommode chez aucun d’eux , et a toujours été un des accidens qui se sont dissipés des premiers.

Constipation. La constipation est un des caractères essentiels de la colique saturnine. On a donné de ce symptôme des explications diverses, mais je n’en adopterai aucune, parce qu’elles ne me paraissent s’appuyer sur aucun fait.

Circulation. Mais tandis que le malade, en proie aux souffrances les plus vives, crie et s’agite , le plomb semble en même temps exercer une action sédative sur le système circulatoire. Les auteurs , à l’exception de quelques médecins de l’école physiologique, ont en effet noté dans la colique saturnine une diminution dans la fréquence du pouls, ou du moins ils ont dit que les pulsations artérielles n’étaient pas plus rapprochées que dans l’état normal. Mes observations confirment pleinement ce résultat. Le nombre des baltemens du pouls a varié de 48 à 84 par minute dans les premiers jours de la maladie. Ces deux extrêmes ont été notés dans des cas de coliques saturnines également très-intenses. Je ne crois pas, qu’à part tous les autres symptômes, on puisse toujours , d’après le caractère du pouls, reconnaître le degré de gravité de l’affection. Je ne dirai donc point, avec

quelques médecins, que le pouls offre d’autant plus de lenteur que? la colique est plus vive. Cette proposition pourrait être vraie pour les cas dans lesquels le nombre des pulsations est au-dessous de cinquante ; car les malades chez lesquels j’ai noté quarante - huit baltemens à la minute étaient tous atteints de colique saturnine intense. Dans trois cas, le pouls s’élevait de quatre-vingts à quatrevingt-six ; mais l’un d’eux était celui d’un individu affecté d’emphysème pulmonaire et de maladie organique du cœur. Les deux autres malades présentaient des symptômes cérébraux, ou étaient sur le point d’en avoir de très-graves. J’ai vu plusieurs fois le pouls s’élever jusqu’à cent six pulsations, après avoir administré le traitement purgatif dans des cas où la maladie semblait offrir une complication inflammatoire.

Stoll ( l. cit. ) a dit que dans la colique saturnine le pouls est d’une dureté telle qu’il ne l’a vue dans aucune autre maladie; fartère, dit-il, semble un fil de fer très-tendu , frappant le doigt par un mouvement égal* lent, vibrant ; il n’a vu qu’une seule exception à cette loi. Les saignées ne diminuaient pas cette dureté, qui était d’ailleurs le symptôme le plus opiniâtre et celui qui fermait ordinairement la marche.

J’ai porté mon attention sur ce caractère du pouls, et ce n’est que chez trois malades qu’il m’a offert plus de dureté que de coutume;; chez l’un d’eux il fut même dicrote. D’après ces faits, je suis porté à croire que Stoll, en indiquant la dureté du pouls comme symptôme de la colique saturnine, a pris pour règle générale ce qui ne doit être considéré que comme exception.

Température 3 sueurs. La peau des individus atteints de colique saturnine n offrait aucune modification de température. Dans quelques cas rares, j’ai remarqué des sueurs assez copieuses, et qui ne pouvaient se rattacher à aucune circonstance spéciale. Je ne les ai notées qu’à cause de l’assertion émise par Baglivi (de Colicâ) , qui affirme que les sueurs qui surviennent pendant la colique sont un présage certain de l’arrivée de la paralysie.

Chez un huitième des malades environ, j’ai remarqué quelques frissons de courte durée sans chaleur consécutive ; chez un seul individu il y eut un frisson violent dès le début, mais qui ne se renouvela point. Ainsi, ces résultats sont à peu près les mêmes que ceux que M, Louis avait déjà obtenus. ( Fièv. typh. )

Sécrétion excrétion urinaires. Pendant le cours de la colique saturnine , la sécrétion urinaire a éprouvé parfois certaines modifications. Ainsi, les malades disaient uriner moins abondamment : le liquide était sédimenteux et rougeâtre, il faisait éprouver un sentiment de cuisson ou de brûlure en traversant le canal de l’urètre; mais ce symptôme, observé sur un peu moins du quart des sujets, n’a jamais été porté à un haut degré d’intensité; les malades ne s’en plaignaient pas, et ils ne m’en parlaient que lorsque j’avais appelé leur attention sur ce point. En général, je n’ai pas remarqué que la cuisson du canal coïncidât avec telle ou telle propriété du liquide excrété. Cependant, pour tirer des conclusions rigoureuses des faits que j’ai vus, il eût été nécessaire de multiplier, de varier mes expériences; il eût fallu rechercher, par exemple , si les urines, au moment de leur excrétion, ont joui de propriétés plus fortement acides. Chez un de mes malades, cette circonstance a paru la seule cause qui provoquât une cuisson de l’urètre. Les alcalins, que M. Martin-Solon administra, corrigèrent immédiatement l’acidité, et l’excrétion urinaire put dès-lot's s’opérer sans douleurs. On devrait donc rechercher si cet excès d’acidité s’observe dans tous les cas où il existe de la cuisson dans l’émission des urines ; ensuite il faudrait s’assurer si le liquide acquiert cette propriété pendant son séjour dans la vessie, ou bien s’il la possède déjà lorsqu’il arrive dans ce réservoir. Ce dernier cas ne devrait pas nous étonner s’il est vrai que dans la colique saturnine la moelle épinière soit malade, car il semble résulter des expériences de Krimmer 3 Bellingeri , Prout , que les lésions de la Moelle déterminent des changemens remarquables dans les propriétés de 'Fariné.

J’ai plusieurs fois traité ce liquide avec l’acide hydro-sulfurique ét

les hydro-sulfates solubles, et dans aucun cas je n’ai pu déterminer ni coloration noire, ni précipité.

Dance a dit (Séméiologie) que dans la colique des peintres le jet de l’urine est quelquefois soudainement interrompu par la forte contraction de l’urètre. Je n’ai jamais observé un pareil phénomène, que Stoll d’ailleurs avait déjà signalé.

Des accidens remarquables du côté du système nerveux s’observent souvent dans le cours de la colique saturnine. Indiquent-ils un effet sympathique ou plutôt une influence directe exercée par lé plomb sur l’axe cérébro-spinal? Cette question sera examinée dans la suite.

Douleurs des parties génitales. J’indiquerai d’abord ces douleurs vives, lancinantes, cestiraillemens, qui ont leur siège moins sauvent dans les testicules, comme on le dit généralement, que dans le trajet du cordon spermatique. Ces douleurs , notées chez un peu plus que du quart de mes malades, n’existaient pas exclusivement dans les cas de colique saturnine intense; jamais il n’y avait de rougeur ou de tuméfaction dans les parties douloureuses, mais dans quelques cas la pression la plus légère les exaspérait ; quelquefois même les malades, afin de se soulager, étaient obligés de soutenir avec leurs mains ou un suspensoir l’organe souffrant, comme dans une orchite très-aiguë. La douleur existait dans les trois quarts des cas vers les deux testicules à la fois ; et lorsqu’un seul d’entre eux était affecté, c’était toujours celui du côté gauche. Elle s’accompagnait, chez le tiers des malades, de rétraction des testicules vers l’aine; et si le gauche était seul affecté, on le voyait alors occuper une position plus rapprochée de l’anneau que celui du côté droit, ce qui est l’inverse de la disposition normale. Deux fois les douleurs, ayant le caractère contusif, avaient leur siège à la racine de la verge ; mais, quelles que fussent leurs variétés, elles s’exaspéraient par moment avec celles de l’abdomen, dont elles ne paraissaient être le plus souvent qu’une irradiation. D’autres fois elles m’ont semblé avoir une .connexion plus intime avec celles des lombes ; mais je les vis rarement coïncider avec les symptômes que

j’ai signalés précédemment du côté des organes urinaires. Chez la femme, je n’ai observé aucune douleur du côté de l’expansion des ligamens ronds. Une, toutefois, se plaignait vivement, pendant l’exaspération des douleurs abdominales, de picotemens incommodes dans le bassin, et d’une sensation analogue à celle d’un corps étranger qui serait dans le vagin, et ferait effort pour le franchir. (La malade n’avait pas de prolapsus de matrice. )

L’éréthisme des parties sexuelles, le priapisme, signalé par quelques-uns comme un phénomène assez fréquent des maladies nerveuses de l’estomac et des intestins, n’a eu lieu dans aucune de mes observations ; je ne l’ai même jamais rencontré dans les autres névroses nerveuses des organes digestifs. Ces faits s’accordent avec la pratique du docteur Barras 9 qui dit n’avoir rencontré ce symptôme que cinq fois. ( Gastralg. )

Douleurs dans les membres. Les malades m’ont présenté vers les membres diverses sensations douloureuses : les extrémités inférieures étaient affectées dans les trois quarts des cas, tandis que les supérieures ne l’étaient que dans la moitié, et d’une manière beaucoup moins intense et moins variée; résultat opposé à"-celui obtenu par M. Mèrat.

Du côté des membres pelviens, c’étaient le plus souvent un sentiment de fatigue ou de brisement, surtout dans les genoux, ou bien des douleurs vives, lancinantes, dilacérantes, vers la partie supérieure et interne des cuisses; dans deux cas, elles paraissaient suivre en arrière le trajet des nerfs sciatiques. C’étaient d’autres fois des crampes dans les mollets, ou une sensation d’engourdissement vers ces parties. Cinq de mes malades se plaignirent spécialement de fourmillemens, picotemens ou élancemens dans la plante des pieds, augmentant en général par la chaleur et le séjour au lit, diminuant par l’application des corps froids ou par l’exercice des membres; quelquefois, au contraire , empêchant la progression, ou du moins la rendant pénible.

Vers les membres thoraciques, je n’ai noté qu’un peu de fatigue ou quelques douleurs contusives dans les bras, ou bien aux épaules et aux coudes. Dans quatre cas, c’étaient des crampes dans les muscles des avant-bras; et chez tous ces malades, excepté chez un, c’étaient les muscles fléchisseurs qui seuls se trouvaient affectés. D’ailleurs je n’ai jamais remarqué de symptôme de paralysie ni aucune perversion de la sensibilité des parties affectées.

Ces douleurs étaient quelquefois si fortes, la nuit surtout, que les malades négligeaient presque celles du ventre, moins vives que les premières, dont ils se plaignaient spécialement. Chez plusieurs individus, elles semblaient se rapprocher beaucoup de celles qui ont été signalées comme formant le caractère principal de la maladie nommée acrodynie.

Douleur des lombes. Après les douleurs que je viens d’étudier, les plus remarquables sont celles que j’observai du côté des lombes et du rachis. Elles existaient chez le tiers des malades. Variables en intensité, elles m’ont paru siéger dans les muscles lombaires, augmentant souvent par la pression, par les mouvemens du tronc, indépendantes quelquefois des douleurs abdominales, se continuant dans certains cas avec celles des cordons testiculaires ou des membres inférieurs. Elles coïncidaient fort rarement avec d’autres douleurs ayant leur siège dans le rachis lui-même, aussi souvent dans les régions lombaire et sacrée que dans la région dorsale; deux fois seulement elles se propageaient tout le long de la colonne vertébrale. Le caractère qu’elles offraient est très-favorable à la théorie d 'Astruc sur le siège de la colique saturnine : en effet, elles augmentaient souvent par la pression, et on les voyait alors, s’irradiant en ceinture, aller aboutir vers le sternum, l'épigastre, l’ombilic, et sur les parois du bassin, exactement comme ces douleurs symptomatiques d’une lésion de la moelle épinière. M. Mérat considère les douleurs que j’ai signalées du côté des lombes comme appartenant aux diverses portions du colon; mais elles me paraissent tout à fait musculaires, car elles m’ont offert les caractères

de celles qui appartiennent aux muscles des membres : elles s’irradiaient quelquefois en ceinture, comme celles qui ont leur point de départ au centre de la moelle épinière. D’ailleurs les douleurs locales, indices d’une altération de ce centre nerveux, ne siègent pas toujours sur les os ; on les rencontre quelquefois exclusivement dans les muscles vertébraux : c’est ce qui résulte du moins d’une observation de ramollissement très-étendu de la moelle que j’ai recueillie à l’hôpital Beaujon.

Douleurs thoraciques. Il y avait parfois quelques autres parties douloureuses chez les sujets atteints de colique saturnine. Ainsi, de vingt malades chez lesquels j’ai porté une attention spéciale sur tous les phénomènes thoraciques, j’en ai trouvé trois qui éprouvaient une constriction sternale plus ou moins incommode. Deux se plaignaient d’une sensation d’étouffement. Dans un dernier cas, c’étaient des douleurs vives, augmentant par la pression, et ayant leur siège dans les muscles pectoraux. Des quatre femmes qui ont été soumises à mon observation, l’une d’elles seulement a accusé des douleurs vives et une sensation de coupure vers les glandes mammaires. D’ailleurs, dans la colique saturnine, je n’ai noté du côté de l’organe pulmonaire d’autre modification qu’une fréquence plus grande dans les mouvemens respiratoires j puisque j’en ai compté jusqu a quarante-huit par minute. Cette accélération dans le nombre des respirations ne s’observait que dans les coliques les plus intenses sans mouvemens convulsifs. Ce trouble reconnaissait souvent pour unique cause la crainte qu’avaient les malades d’augmenter les douleurs abdominales par des inspirations trop profondes.

Les douleurs que je viens d’étudier seraient, d’après Gardane, Desbois de Rochefort, etc., plus intenses la nuit que le jour. Stoll prétend meme que cette particularité est plus remarquable dans cette affection que pour la syphilis. Je crois qu’il y a ici exagération; car, sur dix-huit malades chez lesquels j’ai noté avec soin cette circonstance.

je n en ai trouvé que dix chez lesquels les douleurs s’aggravaient pen* dant la nuit.

Céphalalgie. La céphalalgie a toujours été de très-courte durée? d’ailleurs c’est un symptôme peu ordinaire, car, sur trente-sept cas, je ne l’ai remarquée que neuf fois ; c’est même une proportion un peu plus considérable que celle que M. Louis a obtenue, puisque, dans les soixante-dix-huit coliques saturnines qu’il a analysées, il n’a observé la céphalalgie que chez un sixième des individus La douleur de tête fut très-légère chez tous mes malades, excepté chez deux femmes; elle était limitée au synciput chez l’une d’elles, tandis que chez l’autre elle occupait tout le cuir chevelu, et coïncidait avec une amaurose saturnine. Dans les deux cas, elle s’exaspérait par la moindre pression, comme certaines douleurs névralgiques.

La céphalalgie affecterait-elle la femme plus spécialement? 11 est certain que par sa constitution elle doit y être prédisposée davantage. Je ne puis à ce sujet m’empêcher de signaler un fait curieux observé à la clinique de M. le professeur Chomel dans l’année iS3i. Il s’agit d’une jeune fille qui était affectée de colique saturnine. Cette maladie s’accompagnait chez elle de douleurs très-vives dans la tête, arrachant des cris, et pouvant simuler une encéphalite. Une saignée du bras ne produisit aucun effet favorable. L’opium, au contraire, fut suivi d’un soulagement immédiat. Ce faitconstitue une des variétés qui peuvent le plus embarrasser le praticien, en confondant une colique de plomb avec l’encéphalite.

Épilepsie. L’épilepsie est une des affections les plus fréquentes et les plus graves qui puissent survenir pendant le cours de la colique de plomb. Sur cinquante-huit ouvriers cérusiers ou peintres, quatre m’ont présenté des phénomènes convulsifs; mais sur ce nombre j’eu écarte de suite deux, épileptiques depuis longues années, et qui ont eu leurs accès dans la fabrique comme ils les auraient eus ailleurs. Leur séjour même dans les ateliers, au milieu des émanations satur-

aines, a été sans aucune influence sur la marche des accès, sur leur durée comme sur leur fréquence. J’en ai parlé précédemment.

Les deux autres individus qui m’ont offert des accidens épileptiques ont été affectés pour la première fois après avoir fait un séjour peu long dans les ateliers. Ils ont succombé l’un et l’autre après trente-six heures de maladie.

Mes deux épilepsies saturnines se sont déclarées brusquement. Les malades éprouvaient à peine de très-légers symptômes de colique, puisqu’ils pouvaient continuer à travailler dans leurs fabriques. Ici donc je n’attribue pas les convulsions à un effet sympathique; j-e n’accuserai pas non plus l’intensité des douleurs comme ayant réagi sur les centres nerveux, et y produisant un ébranlement général : mais je suis forcé d’admettre une action immédiate du plomb sur le système cérébro-spinal.

Autres accidens cérébraux. Outre l’épilepsie, j’ai encore observé d’autres accidens cérébraux. Ainsi un malade qui avait été traité avec succès, deux mois auparavant, d’une colique saturnine, étant rentré aussitôt après dans une fabrique de céruse, fut pris tout à coup, au milieu d’une santé parfaite, de perte de connaissance sans mouvemens convulsifs. Cet homme ne pouvait plus se soutenir sur ses jambes ; il était habituellement assoupi. Si on le faisait sortir de ce coma en l’excitant, alors il s’agitait, se remuait en tous sens, et paraissait affecté d’une amaurose complète. Chez un second malade, qui avait eu plusieurs fois la colique saturnine, j’ai observé un état voisin de la démence : les désordres de l’intelligence diminuaient parfois sans disparaître jamais complètement. Chez ces deux malades il n’y avait aucun autre trouble fonctionnel appréciable. Enfin un quatrième sujet, qui était entré à l’hôpital avec les symptômes d’une colique saturnine assez violente, fut pris d’un délire qui ressemblait à cette variété décrite sous le nom de delirium tremens. Après plusieurs récidives, dans lesquelles les opiacés avaient le plus grand succès, le malade fut pris de paralysie des membres supérieurs et inférieurs.

En même temps que ces troubles généraux de l’innervation, on peut observer aussi des accidens tout à fait locaux, et spécialement des paralysies partielles, soit des membres, soit des organes des sens.

Amaurose. J’ai vu trois fois l’amaurose double, et les yeux ne m’ont offert de remarquable qu’une grande dilatation de la pupille. Chez un de ces malades, la conjonctive présentait cette décoloration qu’on rencontre dans les chloroses avancées. Dans les deux autres cas, il n’y avait aucune turgescence des vaisseaux sanguins de la conjonctive et de la sclérotique, deux malades qui ont pu me rendre compte de leur état ne se sont plaints que d’une légère pesanteur dans les yeux, et nullement d’un Sentiment de tension ou de plénitude dans l’organe, caractère regardé par Weller comme indiquant une amaurose succédant à un empoisonnement par les préparations de plomb (Weller; t. II, p. 26). Chez ces mêmes malades il y avait aussi une douleur frontale plus ou moins vive. Dans aucun cas, quelque large que fût la pupille, elle n’a jamais été complètement immobile. L’amaurose est survenue brusquement, ou du moins en quelques heures. A cause de cette circonstance, le pronostic fut moins grave, car il est d’observation que les amauroses qui offrent le plus de chances de succès sont celles qui sont récentes et qui se sont développées trèsrapidement. Les amauroses traumatiques forment peut-être une exception à cette règle.

L’époque à laquelle la vue s’est rétablie plus ou moins complètement a varié entre douze heures et huit jours. D’après les faits que j’ai observés, et d’après ceux que M. Duplay a réunis dans son Mémoire (Archives, deuxième série, t. Y), on peut dire que l’amaurose saturnine s’accompagne à peu près constamment de troubles variés dans l’innervation, tels qu’épilepsie, délire, état comateux; le premier est sans contredit le plus fréquent de tous. C’est ce qui pourrait jusqu’à un certain point rapprocher cette amaurose de celle que Beer a décrite comme succédant aux accès d’épilepsie. Mais ce rap-

prochement devient impossible lorsqu’on saura que dans quelques eas (comme dans deux que j’ai observés ) l’amaurose précède les symptômes de convulsion et de coma. J’ai même vu les accidens convulsifs n’apparaître que lorsque déjà l’amaurose était sur son déclin.

Dans toutes les observations d’épilepsie saturnine terminées par la mort, que j’ai recueillies dans les hôpitaux ou dans les journaux de médecine, je n’ai pu dans aucune d’elles rencontrer de complication amaurotique; d’une autre part, cependant, je vois l’amaurose, quand elle existe, s’accompagner à peu près toujours des divers accidens cérébraux signalés plus haut.

Il paraîtrait évident, d’après cet examen, que dans les phénomènes d’épilepsie , de déliré, de coma, dépendant d’une cause saturnine, l’amaurose qui survient ne doit pas être considérée certainement comme un symptôme favorable ; mais toutefois elle ne me paraît pas non plus devoir aggraver beaucoup le pronostic général. Je n’émets cette proposition que sous forme de doute ; car pour la résoudre il faut un plus grand nombre de faits, et plus circonstanciés que ceux que nous possédons jusqu’à présent.

Paralysie. La paralysie des membres est encore un accident de la colique de plomb; on l’observe soit comme épiphénomène, soit comme symptôme consécutif. Je ne l’ai vue survenir qu’une fois à l’hôpital ; c’était chez un homme athlétique, atteint pour la première fois d’une colique saturnine accompagnée de délire. Chez ce malade, les membres supérieurs ont paru les premiers affectés ; on employa chez lui des saignées générales et locales. Est-ce à cette circonstance qu’il faudrait attribuer l’invagion de la paralysie? J’avoue que je n’ai que des doutes à ce sujet, n’ayant pas assez de faits pour établir mon opinion d’une manière sûre. J’ajouterai que, chez le malade dont je parle, on avait aussi donné l’opium à haute dose, et chacun sait qu’on a accusé ce médicament de produire parfois des paralysies. On trouve dans la Thèse de M. T anquerel des Planches une ob-^

servation dans laquelle on voit le traitement antiphlogistique être suivi de la paralysie des extrémités supérieures. J’ai observé deux autres exemples de faiblesse, plutôt que de paralysie, chez deux ouvriers qui avaient contracté plusieurs fois la colique saturnine. La maladie était caractérisée chez eux par un tremblement général, qui rendait la préhension des objets incomplète, la démarche vacillante, peu sqre, les chutes fréquentes; il y avait aussi un peu d’hésitation dans la parole. Un des malades a cru remarquer que les tremblemens étaient plus forts la nuit que le jour; ils ne s’élaient d’ailleurs accompagnés, dans aucun cas, de douleurs même légères, il n’y a jamais eu non plus de paralysie, bornée soit aux muscles extenseurs, soit aux muscles fléchisseurs seulement.

Les faits que j’ai observés sur la paralysie saturnine ne sont pas assez nombreux pour que je puisse en tirer des conclusions générales ; toutefois je dirai, en terminant ce sujet, que tous les accidens cérébraux , quels qu’ils soient, et même la paralysie des extrémités, ne peuvent dépendre, comme quelques personnes le veulent, d’une action sympathique exereée par la colique. Par quelle sorte de sympathie , en effet , se produiraient ces accidens cérébraux ou paralytiques qui surviennent primitivement? et quand même ils seraient consécutifs à une colique, pourquoi persistent-ils souvent lorsque la maladie première est guérie, et par conséquent lorsque la source de la sympathie se trouve tarie ?

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