‹ Essai sur la colique de plombChapitre 11 sur 16 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Anatomie pathologique.

Chaz les deux individus qui ont succombé à des accès d’épilepsie saturnine, tout l’appareil digestif fut examiné avec le plus grand soin , et je n’ai rencontré nulle part ni coloration anormale, ni ramollissement, ni hypertrophie des tissus. Ces faits sont exactement les mêmes que ceux qui ont été publiés par MM. Louis (Mém. sur les morts subites) ; Rufz (Compte rendu de la clinique de M. Rallier ); Gorbin ( Gaz. méd., t. I", i83o ); Laennec (Rev. méd. ) ; Martin (Thèse, 1829, n° 117); Martinet (Revue) ; par la Lancette (t. n 8 63), et enfin par M. Andral (Clin. méd.).

Il résulte, en effet, de toutes ces observations, que les individus qui succombent pendant le cours de la colique de plomb ne présentent à l’autopsie aueune trace de phlegmasie dans l’estomac et dans les intestins- Je noterai, comme une circonstance importante ,

que chez tous les malades on avait administré le traitement drastique, et cependant la muqueuse intestinale n’offrait aucun vestige de l’action de ces médicamens irritans. D’après les faits énoncés ci-dessus, je suis surpris qu’un médecin d’un grand nom dise (Annal, de méd. phys. , t. IX ), que toutes les fois que l’on a eu l’occasion d’observer les organes à la suite de la colique de plomb , on a trouvé la muqueuse gastro-intestinale dans un état d’inflammation.Si, comme le veut cet auteur, le plomb à l’état moléculaire produisait par son contact sur la muqueuse digestive une inflammation même légère, il me semble que les symptômes de la colique devraient être et plus prompts et plus intenses lorsque le métal est introduit directement dans le canal digestif. Or, c’est le contraire qui arrive: ceiix qui respirent les émanations de plomb contractent plus facilement la colique que ceux qui avalent le métal, qui, donné d’ailleurs à dose élevée, provoque, non pas les symptômes de la colique saturnine, mais ceux de l’empoisonnement, c’est-à-dire d’une inflammation violente de la muqueuse digestive. ( Orfila> Toxic., t. I er .) Gette distinction est, comme on le voit, très importante à établir,

La contraction , la sécheresse des intestins, et surtout du cohon, que Desbois de Rochefort [toc. cit.), Leroux (Méd. pr., t. I er ) et d’autres médecins disent avoir observées dans cette maladie, sont loin d’être démontrées ; peu habitués aux recherches d’anatomie pathologique, la plupart de ces auteurs ont pu très-bien s’en laisser imposer par une fausse apparence ; et, pour nous mettre à même de juger ce qu’ils avancent, ils auraient dû, au lieu d’une simple assertion, nous donner une description détaillée et complète des antécedens, des symptômes et des lésions observés. Or, nous savons aujourd’hui que la capacité , que l’cpaisseur des intestins éprouvent des modifications remarquables dans certaines maladies qui ont apporté un trouble profond dans la nutrition générale ; et d’ailleurs, quand même on eut observé cette contraction sur des sujets auparavant bien portans, ne voyonsnous pas tous les jours dans nos autopsies les diverses parties du colon inégalement développées? Ne voyons-nous pas, dans un grand

nombre de cas, la portion gauche de cet intestin rétractée, revenue sur elle-même, à un point tel qu’elle permet à peine l’introduction du doigt indicateur? et cependant ces individus n’avaient pas eu la colique saturnine. C’est à des rétractions de ce genre que se rapportent la plupart de celles qui sont signalées par les auteurs comme appartenant à la colique des peintres.

A l’autopsie des deux sujets morts d’épilepsie saturnine, j’ai vu les Circonvolutions cérébrales généralement aplaties, très-rapprochées les unes des autres, les anfractuosités presque effacées; la consistance du cerveau était diminuée partout. Dans un seul cas,la moelle elle-même avait moins de cohésion que de coutume; je n’ai pu trouver d’ailleurs ni injection, ni épanchement séreux ou sanguin dans aucun point des centres nerveux. Cette lésion du cerveau a déjà été signalée par M. Miquel (Bull, de thér., t. YI), par Laennec (Rev. méd., 1826, t. III), par mon ami le docteur Cazeaux { Bull, de la Société anat.). Gn peut dire toutefois qu’elle n’a été que rarement notée par les médecins, puisqu’elle n’est indiquée dans aucune des douze observations d’épilepsie saturnine que j’ai trouvées dans divers recueils scientifiques. Ces douze faits sont incomplets pour la plupart. On n’a rencontré d’altérations appréciables que dans la moitié d’entre eux ; c’était ou un peu plus de densité de la substance cérébrale, ou un ramollissement de la moelle , borné à sa région dorsale ou lombaire* On ne peut accorder une grande valeur à ce plus ou moins de densité des centres nerveux ; car il y a beaucoup de circonstances ,• comme l’âge, la température, etc., qui peuvent la modifier. Quant aux ramollissemens partiels de la moelle , toutes les fois qu’on s’est donné la peine de les décrire ( ce qui est rare ), on voit qu’ils étaient blancs; or, je crois qu’il faut regarder comme suspects les ramollissemens des centres nerveux qui ne s'accompagnent d’aucun changement dans la coloration , surtout pour la moelle ; car,, en ouvrant le rachis, il arrive souvent que par des coups portés sur elle on diminue sa consistance, déjà si faible # et on produit des ramollissemens qui en imposeront à des yeux peu exercés aux recherches d anatomie

pathologique. M. Thomas (Thèse) prétend que dans l’épilepsie saturnine les os eux-mêmes sont souvent affectés. Mais l’auteur a oublié de nous indiquer l’espèce de lésion qu’il a observée ; aussi doit-on regarder son assertion comme non avenue.

Chez un des individus qui succombèrent avec une paralysie saturnine, je n’ai observé dans i’axe cérébro-spinal aucune lésion appréciable. Tous les muscles des membres étaient grisâtres et d’un rouge pâle; ils n’étaient nulle part amaigris; les nerfs qui s’y distribuaient ne m’ont offert aucune altération appréciable.

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