‹ Essai sur la colique de plombChapitre 13 sur 16 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

Diagnostic.

La colique saturnine n’a pas de symptômes pathognomoniques , si on considère ceux-ci séparément ; mais leur ensemble suffira pour donner à la maladie un caractère spécial qui la fera distinguer de toute autre. Ainsi des douleurs de ventre exacerbantes, se calmant généralement par la pression, accompagnées quelquefois de rétraction des parois abdominales, souvent de vomissemens, et dans tous les cas d’une constipation plus ou moins opiniâtre , caractérisent déjà la maladie ; joignez-y, en outre, des douleurs vers les membres et les parties génitales, un trouble marqué dans L’excrétion des urines, et, malgré »to.us ces désordres , un calme parfait dans les mouvemens circulatoires. Yoilà un ensemble de symptômes qui ne se rencontre que dans l’affection saturnine.

Y a-t-il identité entre la colique de plomb et la colique dite végétale de Poitou ou de Poitiers ? Ces deux affections me semblent tout à fait distinctes l’une de l’autre: mon jugement ne s’appuie , il est vrai, sur aucune observation qui m’appartienne, mais uniquement sur la description que les auteurs en donnent. On reconnaît, en effet, dans les Mémoires que Bonté a insérés dans l’ancien Journal de médecine, tom. XY et XX, que l’usage des boissons acides, auquel on a attribué la production de la maladie, détermine des accidens d’inflammation de la muqueuse digestive opposés à ceux de la colique métallique; mais, précisément à cause de cette qualité des cidres et des vins , on a dû souvent en corriger la saveur avec des préparations de plomb ; on a alors pu, dans ces cas, observer des phénomènes saturnins du côté des organes abdominaux. Ainsi, dans les descriptions d’épidémies de colique de Poitou données par divers auteurs , il faudra distinguer : i° une colique minérale ; 2° une colique végétale: celle-ci, quelque effort que l’on fasse, ne pourra jamais être assimilée à la première; tout est différent entre elles, que nous les étudiions sous le rapport de la cause, des symptômes ou du traitement.

Je ne parlerai pas de la colique de Madrid , dont l’histoire est pleine de doutes et d’çbscurités. Ce que je viens de dire de la colique végétale s’applique à la colique de cuivre, qui paraît être une inflammation gastro-intestinale; elle en offre, en effet, tous les caractères; et si des ouvriers travaillant ce métal sont quelquefois atteints d’accideiis semblables à ceux de la colique de plomb, c’est que cette substance est souvent alliée au cuivre en certaines proportions, et c’est elle seule qui produit alors les accidens.

On ne possède encore aucun symptôme positif pour reconnaître l’épilepsie saturnine de celle qui est produite par toute autre cause. Quant à l’amaurose que le plomb détermine, son invasion brusque, souvent instantanée, n’est pas un moyen sûr pour la distinguer des autres variétés de paralysie de la rétine. En effet, ce caractère d’instantanéité se rencontre pour d’autres amauroses qui surviennent après des accidens nerveux, surtout chez les filles chlorotiques, comme j’en

ai observé deux exemples : dans ces deux cas , l’amaurose n’atteignit qu’un seul des deux yeux à la fois. Plus tard, lorsqu’elle se propageait à l’autre, la vision se rétablissait peu à peu dans celui qui avait été affecté en premier lieu. Chez une des malades dont je parle , la cécité de l’œil droit persista sans interruption pendant plusieurs mois ; tandis que dans les cas d’amaurose saturnine que j’ai observés ou dont la description se trouve dans les auteurs , la paralysie affectait les deux yeux en même temps. Je ne saurais affirmer si cette différence est constante, et si on pourrait établir sur ce caractère un moyen diagnostique certain; mais la science a besoin d’observations nouvelles afin d’éclairer ce point de pathologie.

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