ARTICLE IV
Symptômes précurseurs.
Des dérangemens légers et progressifs dans les fonctions des organes gastro-intestinaux, tels que diminution ou perte de l’appétit, douleurs de ventre, rareté des évacuations alvines, qui souvent acquièrent plus de dureté et une couleur noirâtre foncée : voilà en générai les symptômes précurseurs de la colique saturnine. Leur durée a varié de deux jours à un mois, ce qui donne, pour les vingt-neuf cas dans lesquels j’ai noté des prodromes, une moyenne de neuf jours et demi. Chez deux de nies malades, l’affection s’est déclarée sans accidens précurseurs ; mais ces deux individus étaient sortis de l’hôpital peu de jours avant, en convalescence d’une colique saturnine. Ce n’était donc à proprement parler qu’une rechute, et l’absence de tout symptôme avant-coureur doit alors bien moins nous étonner; car la première invasion de la maladie est rarement instantanée. A peine sur cent sujets, dit M. Mératj en trouve-t-on un qui soit atteint aussi brusquement. Je n’ai observé aucune espèce de rapport entre l’intensité de la colique et la durée plus ou moins longue des accidens précurseurs. M. Thomas (Thèse 1823 , n° 68) assure que la colique débute le plus souvent par l’insomnie, la céphalalgie et la douleur des membres. Les faits que j’ai observés ne confirment pas complètement cette assertion. Je ne dirai rien de la céphalalgie, sur laquelle je n’ai que rarement adressé des questions aux malades. Quant aux douleurs des membres, elles ont existé huit fois seulement; enfin, l'insomnie n’a eu lieu que lorsque déjà les souffrances étaient assez vives, c’est-à-dire lorsque la maladie s’était définitivement déclarée.
La diarrhée n’est pas généralement considérée comme un prodrome de la colique saturnine : je l’ai pourtant observée cinq fois; les selles ont toujours été peu abondantes et jaunâtres, excepté deux
fois, où elles consistaient en matières glaireuses non sanguinolentes faisant éprouver un sentiment de brûlure à l’anus pendant leur excrétion. Le dévoiement durait de un à deux jours, et était aussitôt après remplacé par la constipation : celle-ci me paraît un élément indispensable pour établir qu’il y a colique saturnine ; je n’admets donc point que cette maladie existe dans les cas où'il y a un dévoiement, même peu considérable. J’ai recherché avec soin si la diarrhée pouvait se rattacher a l’action de quelque circonstance extérieure : je n’ai pu en saisir aucune; les cas dans lesquels je l’ai observée se sont à peu près également répartis dans toutes les saisons; aussi j’ai été porté à la regarder comme dépendant dé la maladie saturnine, et se développant peut-être sous l’influence de quelque prédisposition individuelle; car un de mes malades, qui avait eu cinq fois la colique, avait toujours remarqué dans chacune d’elles, et comme prodrome de la maladie , un dévoiement muqueux peu abondant.
Après les accidens précurseurs que je viens de signaler, la colique saturnine, se dessinant de plus en plus, flnit par se caractériser tout à fait à l’aide des symptômes que j’énumèrerai dans l’article suivant.