CHAPITRE II
L’insuccès de nos tentatives avec les couleurs à l’huile, insolubles, nous a conduit à étudier l'effet des colorants solubles.
Nos premiers essais se sont naturellement tournés du côté des couleurs solubles, dérivées de l’aniline, de la naphtaline ou de l’anthracine, dont l'emploi en histo-bactériologie est actuellement courant et que nous avons voulu étendre à la coloration extemporanée des pièces ou coupes macroscopiques.
TECHNIQUE
a) Nous avons commencé par colorer des pièces retirées de l’eau et légèrement desséchées à l’air libre, avec une dissolution aqueuse ou alcoolique de matière colorante.
Avec quelques pré‘autions, la coloration est facile et la diffusion immédiate assez faible.
Les pièces une fois séchées étant remises dans l’eau pure ou additionnée de formol, la diffusion est par contre considérable : il se produit aussitôt un véritable gâchis des teintes employées, d'autant plus que les couleurs étaient plus concentrées.
b) Nous avons alors cherché à réaliser la fixation de la couleur, au moyen d’une substance insoluble, formant revêtement protecteur. Différents vernis, à l'alcool ou à la térébenthine, ne nous ont donné que des insuccès.
Nous avons alors employé des substances coagulables, albumine et gélatine, d'après la technique suivante :
Procédé à l’albumine. — La pièce, préalablement égouttée ou
CHOQEE
débarrassée de l'excès d’eau qui l’imprègne, estpeinte avec des couleurs d’aniline à l’eau ou à l'alcool. La couche colorée élant aussi sèche que possible, on passe à la surface un peu de blanc d'œuf comme suit :
Un œuf étant cassé avec précaution, on recueille l’albumine visqueuse, peu maniable, s'étendant difficilement, et la rend plus fluide par agitation rapide avec une baguette de verre.
La mousse surnageant est arrêtée par passage sur une mousseline claire : d’ailleurs, il est utile de préparer cette albumine à l'avance et de la laisser s’épaissir légèrement à l’air libre.
Avec un pinceau fin, on passe alors sur les couleurs déjà sèches : la diffusion immédiate est nulle. La couche vernissée, mince, obtenue, sèche très vite, surtout si l’on a ajouté à l’albumine quelques gouttes d'alcool qui augmente l’évaporation et le pouvoir coagulant.
Immédiatement, on repasse pour plus de süreté une seconde couche et même une troisième, si la pièce présente de nombreuses saillies et aspérités.
Une fois la dernière couche bien sèche, on immerge le tout dans une solution formolée étendue : le formol se teinte légèrement, mais la diffusion est relativement faible et la pièce peut très bien servir pendant plusieurs jours. (
Ce procédé comporte une série de désavantages : la couche d'albumine est délicate à étendre, les couleurs sont peu solides au frottement, l’adhérence du vernis albumineux étant toujours faible.
Il nous à paru beaucoup plus simple d’incorporer la couleur d'aniline à l'albumine, formant ainsi une sorte de peinture très maniable. Voici notre façon de procéder :
Dans un godet plat de porcelaine, on prend au pinceau une quantité variable de poudre colorante, selon la nuance à obtenir. Cette poudre est additionnée d’une ou deux gouttes d’eau, de façon à former au fond du godet une masse colorée pâteuse.
A la couleur on ajoute alors peu à peu, par petites quantités, de l’albumine bien homogène, aussi fluide que possible.
or
Remué soigneusement avec le pinceau, le mélange est alors prêt pour l’emploi.
On passe avec précaution les couleurs sur la pièce égouttée, tamponnée avec de la ouate et exposée à l'air depuis quelques heures.
L'étalement est parfait: il est facile de juxtaposer plusieurs couleurs sans qu’elles se mélangent.
Une fois les teintes disposées, laisser sécher. Ce temps est d’ailleurs raccourci si, pour dissoudre, on s’est servi de quelques gouttes d'alcool, qui facilite la dessiccation et hâte la coagulation.
Une fois les couleurs sèches, on plonge le tout avec précaution, à plat, dans un récipient contenant du formol à 10 pour 100. L'albumine ne tarde pas à se coaguler, « encollant » en quelque sorte la couleur. Quand la fixation est suffisante, ce dont on s'assure sur un Coin de la préparation, on retire et conserve soit dans une solution formiolée très faible, soit dans de la glycérine.
Si l'on craint spécialement la diffusion et s’il s’agit de teintes très nombreuses et particulièrement délicates, on peut fixer la pièce par les vapeurs de formol de la façon suivante : au fond d’une cuvette, déposer un volumineux tampon de ouate hydrophile imbibé de formol pur. Par-dessus, une mince couche de coton ordinaire, recouvert d’une gaze sur laquelle on arrange la pièce bien à plat. Le récipient, convenablement fermé, est laissé au repos jusqu'au lendemain, où l’on peut alors, en toute sécurité, procéder à l'immersion dans le bain, l’albumine étant déjà coagulée.
Si l’on dispose d’un pulvérisateur, rien de plus facile que de pulvériser à la surface de la pièce du formol concentré.
Avec quelques précautions, on peut également coaguler à la vapeur d’eau, comme nous le verrons plus loin, mais ce procédé est délicat, car les couleurs sont très solubles!
Procédé à la gélatine. — Nous avons également fait une série d'essais avec la gélatine fine du commerce, dite colle de Paris ;
nous n’insisterons pas, sa technique étant exactement la même que celle exposée plus loin pour la fixation des couleurs moites.
C) Dans l’industrie, la fixalion des couleurs d’aniline par l'albumine a perdu peu à peu de son importance. Le véritable mordant des couleurs d’aniline est, en effet, le tanin, qui forme avec elles des laques colorées, mais à condition d'observer certaines précautions, entre autres de fixer le tanin sur la matière à teindre, tout en lui conservant la propriété d'attirer les couleurs d’aniline.
Cette fixation du tanin se réalise avec l’émétique ou la gélatine.
Nos essais nous ont montré que l’on devait opérer comme suit: Convenablement lavée à l’eau courante, puis à l’eau distillée, la pièce est plongée jusqu’à pénétration suffisante, selon son volume, dans un bain tiède de tanin selon la formule :
ANA PRET NOR SPA ETES ÿ grammes HAUSSE ES ARR ER RE 1.000 —
EMÉTIUENESR ER ON N Se EeE CE 1 gramme ÉD TRE PO RAR RAS EN en 1.000 ee (Additionner de quelques cristaux de soude)
Laver légèrement, laisser bien égoutter jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’eau visible à la surface, puis teinter avec des couleurs d’aniline épaissies par addition d’albumine ou de glycérine.
Un procédé bien supérieur, à notre avis, consiste à passer après le bain taunique dans une solution extrêmement fluide de gélatine. On obtient ainsi une couche solide, sur laquelle prennent très solidement les couleurs à l’aniline-albumine.
Ce procédé, qui se rapproche de la fixation par la gélatine, donne des résultats très beaux avec un peu d'habitude. Les couleurs ont, notamment, un éclat extrèmement brillant.
Couleurs employées. — Les Leintes dont nous nous sommes servi
ont été très diverses et nos essais ont porté sur un grand nombre d’entre elles. Nous retiendrons seulement celles qui nous ont donné des résultats satisfaisants.
A) Dérivés de l'aniline, de la toluidine et de la naphtaline :
. Noir d’aniline soluble.
. Bleu de méthylène.
. Thionine.
. Safranine, . Fuchsine.
. Violet de méthyle.
. Violet de gentiane.
. Violet dahlia.