Dialogue en trimetres
Mais ce n'est pas la forme seule de ces scènes qu'il convient d'analyser, c'est aussi leur fond. Or, deux d'entre elles sont des scènes capitales qui marquent des moments importants de l'action : c'est la scène de bataille dans laquelle Dicéopolis parvient à se faire écouter des Acharniens, et c'est la scène de débat dans laquelle il parvient à les convaincre. Nous retrouverons ces deux scènes dans presque toutes les autres comédies d'Aristophane. Les Guêpes nous présenteront même la scène de bataille sous cette forme si curieuse de scène à renversement qu'elle revêt ici. La structure de la scène de débat est au contraire particulière aux Acharniens. Nous en avons montré plus haut la raison : l'impossibilité où se trouvait le poète d'instituer un véritable
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débat sur la guerre devant le public athénien. La nature de la scène n'en est pas moins hors de doute. Elle est attestée par son sujet même, qui est celui de tout iywv : l'exposé et la discussion de la thèse. Elle est attestée même par certains détails de sa structure : la division en deux parties commençant chacune par une strophe dochmiaque, et surtout la conclusion, deux tristiques qui se répondent et que les deux adversaires se lancent l'un à l'autre comme des défis ; or, c'est de la même façon que se termine, dans Lysistrata (608 sqq.), un ôywv authentique entre tous.
Quant aux autres scènes, ce ne sont toutes que des introductions aux grandes scènes de bataille et de débat. Nous les retrouverons aussi dans les autres comédies, jamais cependant en aussi grand nombre. Dans les Acharniens, en effet, bataille et débat ont besoin d'être préparés. Si Dicéopolis engageait la lutte avec les vieillards d'Acharnés au moment où il vient de recevoir la fiole de paix, le combat aurait quelque chose de trop âpre, car l'enjeu en serait sérieux, et plus d'un spectateur peut-être souhaiterait la victoire des Acharniens. Mais s'il est attaqué brusquement au moment où il conduit une procession grotesque, s'il cherche à défendre d'abord, non sa vie, mais une marmite de légumes, s'il vient à bout de ses adversaires par un artifice de bouffon, il n'est plus un ennemi dont on souhaite la défaite, mais un fantoche joyeux et avisé dont la victoire est le triomphe de l'esprit et de la bonne humeur sur l'inquiétude soupçonneuse : de là cette procession et cette chanson phalliques qui semblent d'abord inutiles. Si Dicéopolis, après ce premier succès, entamait aussitôt son plaidoyer en faveur de Lacédémone dans son costume de paysan athénien, l'impression comique de la scène précédente s'effacerait vite, et on ne verrait plus en lui que le porte-parole d'un parti délesté d'Athènes : mais s'il parle, couvert de haillons curipidéens, en mêlant à son plaidoyer des lambeaux du discours de Télèphc, les spectateurs pourraient-ils s'indigner des idées qu'il défend, alors qu'ils rient des parodies dans lesquelles il les enveloppe:» De là deux scènes d'introduction à l'àywv qui, toutes deux, ont le même objet : entourer l'àyoW d'un décor burlesque. La première sous la forme d'une syzygie (3/17-392) donne le ton à cette partie de la pièce : des couplets iambiques sonores et oratoires alternent avec
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des strophes dochmiaques et le seul emploi de ce rythme suffit à nous avertir que le poète va suivre un modèle tragique. Dicéopolis expose en effet le thème comique tiré du Télèphe : le discours prononcé sous la hache. La longue scène qui suit souligne la parodie en la réalisant de façon concrète : Dicéopolis revêt un à un tous les vêtements de Télèphe. Le prologue burlesque est achevé : l'zywv peut commencer.