‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 11 sur 142 · Parabase · texte numérisé non relu

Parabase

626-627. Ko^xcwv, 2 tétramUres anapestiques : le chœur se déclare convaincu ; il se rend aux raisons de Dicéopolis.

628-66/i. llxpioxziq et ietC'fOi. Le poète se défend d'outrager les Athéniens. Il ne cherche qu'à les conseiller au mieux de leurs intérêts. Il jette à Cléon un défi (parodié d'Euripide) : le Bon Droit sera son allié.

665-675. 'Q'.or,, strophe péonique. Invocation à la muse d'Acharnés, hardie et enflammée.

676-691. 'Etc''ppy;[ju. Plainte des vieillards, anciens soldats de Marathon, dépouillés par les artifices juridiques du parti au pouvoir.

692-701. 'AvTcoorj. Appel à la conscience publique : convient-il que de vieux serviteurs de la cité ne soient qu'une proie offerte à quelques étrangers?

702-718. 'Av-ezipprjjj.a. Peinture d'un vieillard ahuri et impuissant en face d'un avocat public jeune, retors et éloquent.

L'intention du poète dans toute cette parabase est assez apparente. Il veut montrer les citoyens opprimés par une minorité, par un parti tout entier composé d'hommes nouveaux. Il affecte donc le ton de l'indignation. Mais c'est une indignation assez superficielle, toute politique, et, malgré l'invocation à la musc d'Acharnés, on sent là plus de malice et de verve jeune que de hardiesse, d'àpreté et de violence. Aristophane observe même une réelle prudence dans les attaques, et son dernier vœu : « Qu'on oppose désormais des vieillards aux vieillards, des jeunes gens aux jeunes gens ! » restreint singulièrement la portée de toutes ses plaintes. Il semblait d'abord protester contre des illégalités, des vexations odieuses ; il ne parle plus maintenant que d'une question de forme. Là, comme dans toute la comédie,

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on voit bien que le poète comprend le danger de son rôle et tient à ne pas déchaîner d'orage.

Dicéopolis a donc gagné son procès devant le chœur et devant le public. Il a conquis la paix et il peut jouir de cette paix sans que les Athéniens trouvent désormais ce spectacle révoltant. Aristophane y mettra d'ailleurs tant de gaîté, d'invraisemblance bouffonne, qu'il est impossible de prendre la farce au sérieux. Il se contentera de nous montrer en une succession de tableaux plaisants le bonheur de Dicéopolis « délivré des soucis et des Lamachos » .

Ces tableaux sont gradués en mouvement et en étendue. Les premières scènes sont plus longues et plus fines, les dernières plus rapides et plus scéniques. Il y a là une sorte de crescendo qui aboutit à la cérémonie burlesque par laquelle se termine la comédie.

D'abord deux scènes symétriques. Dicéopolis a installé son marché en pleine Pnyx devant sa maison1. Successivement un Mégarien et un Béotien viennent vendre dans celte nouvelle agora, l'un ses enfants, l'autre son gibier. A la fin de chaque marché, un sycophante surgit et dénonce les vendeurs comme faisant de la contrebande de guerre. Le premier sycophante est battu, l'autre est saisi, emballé dans de la paille comme une poterie et emporté en Béotie. Ce second dénouement, plus vif que le premier, est souligné par un changement de mètre. Les systèmes iambiques* succèdent aux trimètres, tandis que les acteurs, les choreutes, les figurants s'agitent autour du sycophante qui roule de main en main.

Les deux scènes sont séparées l'une de l'autre par un ^sp-.y.ôv3 (836 sqq.). C'est, cette fois, une sorte de chanson satirique, à quatre couplets, qui ne se rattache à l'action que par un lien tout artificiel. Dicéopolis est sur son marché, dit le chœur : il y est donc seul

i. Cf. p. 18, n. i.

2. Trois systèmes égaux (929-981 = 932-934 = 937-989). Le second système est séparé du troisième par deux dimètres catalectiques (935, 936). Aucun système n'est divisé entre deux ou plusieurs personnages.

3. Strophe iambique terminée par un prosodiaque logaédique catalcctique.

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maître et il sera ainsi à l'abri de tous les sycophantes, de tous les démagogues, de tous les ivrognes, de tous les déclassés qui encombrent l'agora d'Athènes. Chaque couplet répond à une série de fâcheux différente. C'est une énumération burlesque et rapide de noms bien connus du public et comiques par eux-mêmes, car une longue tradition de plaisanteries de théâtre s'attache à eux. Chaque demi-chœur, à son tour, reprend vivement l'énumération, comme s'il craignait que l'autre la laissât incomplète. C'est ce que traduit le début uniforme de chaque strophe : oùBé... *,

Pour que Lamachos et l'antithèse qui est le sujet même de la pièce ne soient pas oubliés, et, en même temps, pour ménager à Dicéopolis une sortie brillante et vraisemblable, Aristophane termine cette partie de la comédie par une courte scène rapide, mais significative. L'esclave de Lamachos sort brusquement de la maison de son maître et vient mendier pour celui-ci l'anguille vendue par le Béotien. Dicéopolis le renvoie avec insolence et, chargé de volailles2, rentre triomphant dans sa maison.

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