‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 102 sur 142 · LES THESMOPHORIES · texte numérisé non relu

LES THESMOPHORIES

visible, où se montre-t-il donc? Et comment Mnésiloque qui nous décrit si longuement le costume et l'attitude d'Agathon ne trouvet-il pas la moindre plaisanterie à laire sur ce chœur étrange qui vient d'apparaître ainsi à l'improviste ? Est-il donc invisible comme le chœur des Grenouilles? Mais comment Mnésiloque ne demandet-il pas alors : « D'où viennent ces voix ?» Il y a des plaisanteries tellement prévues dans Aristophane que leur absence dans le texte est une indication négative, mais certaine, pour la mise en scène. Il ne reste donc qu'une hypothèse possible : Agathon chante seul ; il travaille sous nos yeux à une tragédie, il en compose un épisode lyrique '. Son chœur est divisé en deux demi-chœurs2 : le premier invite le second à danser. — En l'honneur de quel dieu ? — En l'honneur de Phœbos. — Chantons donc Phœbos. — Et maintenant chante Artémis, etc.. (101-129).

Agathon est interrompu par Mnésiloque. Les trimètres iambiques reprennent et, avec eux, la marche de la pièce. Euripide expose à Agathon le service qu'il attend de lui. Agathon refuse de le lui rendre. C'est alors que Mnésiloque s'offre lui-même à servir son gendre. On le prend au mot et, sans tarder, on le déguise en femme. Les accessoires sont faciles à trouver, puisque Agathon est là. On l'épile, on le chausse, on l'habille. Puis l'eccyclème remporte Agathon ; Euripide sort par la droite ; Mnésiloque reste seul. Il appelle alors une esclave qui portera son panier d'offrandes et, semblable à une femme qui se rend aux fêtes des Thesmophores, il se dirige vers le temple (i3o- 2 9 4).

Le prologue typique que nous connaissions s'est donc cette fois assez sensiblement modifié. La parade qui ouvre la pièce se retrouve seule ici avec des caractères identiques à ceux qu'elle présente ailleurs. Mais la scène d'exposition a été, d'une part, subdivisée en plusieurs parties et, d'autre part, confondue avec la première scène d'action, celle du déguisement de Mnésiloque 3. Elle s'est surtout compliquée d'un élément épisodique, l'apparition d'Agathon qui, dramatiquement, n'a pas d'autre utilité que de donner pour ainsi dire le ton à la

I. Voyez une scène analogue dans le Barbier de Séville, I, 2. •2. On peut aussi supposer un dialogue du coryphée et du chœur. 3. La présence d'Agathon pendant toute celte scène ne nous permet pas de la détacher de la précédente.

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pièce, d'en mettre en lumière dès le début ce qui en sera l'élément essentiel, la parodie littéraire.

Il n'y a point, à proprement parler, de parodos dans les Thesmophories. Le chœur sort en silence des tentes et se répand dans l'orchestra. Une femme qui fait fonctions de héraut commence une longue invocation ' évidemment imitée de très près des formules religieuses 2 des Thesmophorics. Le chœur lui répond par un chant 3 où il invoque pêle-mêle Zeus, Apollon, Artémis, Poséidon, les Néréides, les Oréades. Puis le héraut improvisé continue4 par les malédictions rituelles, appelant la colère des dieux sur tous ceux qui en veulent « au peuple des femmes » et mêlant dans une énumération burlesque les formules du culte et les souhaits plaisants. Le chœur lui répond de nouveau par un chant ' d'une si triomphante banalité qu'il semble être une véritable parodie du style officiel des prières et des actes publics. Enfin l'Assemblée est ouverte. Le héraut lit l'ordre du jour : on met en délibération le cas d'Euripide. Une femme demande la parole, met une couronne sur sa tête et commence son discours 6.

Cette scène de l'Assemblée est divisée en trois parties par les trois discours en trimètres qui y sont prononcés. Chacun de ces discours est suivi d'une brève réplique du chœur approuvant ou désapprouvant l'orateur. — La première femme qui prend la parole demande la mort d'Euripide, car il a si bien prévenu les hommes contre les femmes que ceux-ci sont devenus soupçonneux, méfiants, tyranniques. Le chœur ' exprime son admiration pour cette éloquence ingénieuse

i . En prose.

a. C'est ce qui me semble résulter du rapprochement des noms d'Hermès et des Charités qui se retrouve dans un grand nombre d'inscriptions. Cf. Paix, 456.

3. Mélange assez confus d'iambes, dactyles, péons, anapestes. Le texte n'est pas sûr; la scansion est très incertaine. Voyez cependant celle que propose Wilamowitz, Arisloleles und Athen, II, p. 352.

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