Cf. CIA, II, 1238 et
5. Diodore (XIV, 46, 6) place l'ây.;jirj du dithyrambe en 398.
i56 l'assemblée des femmes
chargeait de régler deux ou trois intermèdes orchestiques : des ballets remplaçaient les chansons. On peut donc traduire ainsi le mot ■Xppoo : « Ici, le chœur danse. »
La communauté des biens et la communauté des femmes, voilà les deux utopies qu'a préconisées Praxagora dans l'àywv. Le poète va nous montrer successivement quelles seraient les conséquences de chacune de ces théories mise en pratique. De là deux scènes parallèles en trimètres encadrées entre des danses du chœur.
Le bon citoyen, voisin de Blépyros, sort de sa maison : il apporte un à un tous les objets de son petit mobilier et les dispose contre son mur en leur assignant des places comme aux personnages officiels d'un cortège religieux. Survient un autre citoyen plus sceptique et plus avisé, qui le regarde faire d'un œil ironique, puis l'interroge. Un premier dialogue révèle la naïveté du bonhomme qui n'agit comme il le fait que parce que les autres agissent ou promettent d'agir de même. Il se termine par un assaut de répliques rapides (773-776) où le sceptique désarmé par tant de candeur, au lieu de discuter, se contente de répéter en riant les mots dont l'autre s'est servi. Pour lui, il attendra, il verra ce que feront les autres et enfin... il tergiversera encore. Le bon citoyen s'indigne : d'où un nouvel assaut de répliques (799-803). Le sceptique essaye de convaincre son interlocuteur en lui montrant combien de lois ont été votées à Athènes qui ne furent jamais appliquées. Il n'y réussit pas. A ce même moment, une femme faisant fonctions de héraut public appelle les hommes à la table de la cité. Les rôles sont renversés : cette fois, c'est le sceptique qui tient à se conformer aux lois de son pays. Le duel de répliques recommence une dernière fois, mais maintenant tout est changé : c'est le bon citoyen qui interroge avec ironie son contradicteur. Le sceptique, il est vrai, trouve réponse à toute objection et il sort bien décidé à trouver un moyen de pénétrer dans la salle du banquet.
La scène est composée fort habilement. Un dialogue aisé et spirituel, des stichomythies expressives et plaisamment symétriques ', un ren-
1. 11 n'est pas douteux qu'il ne faille éliminer du texte le vers 800.
l'assemblée des femmes 157
versement piquant et imprévu en font un ensemble remarquable de mouvement et de composition. Ce n'est pas un tableau rapide et caricatural comme dans les autres pièces d'Aristophane, c'est une comédie en raccourci.
Ici, le chœur danse.
A la fenêtre d'une des deux maisons du fond apparaît une vieille femme fardée. Elle attend les hommes, qui ne viennent point (7 trimètres). A la fenêtre en face se montre une jeune fille: elle maudit la vieille qui l'a prévenue et va lui ravir au passage les amants qui viendraient vers elle (6 trimètres). Puis toutes deux commencent à chanter.
Aristophane a lui-même pris soin de nous avertir que les chants de ce genre étaient alors peu en faveur à Athènes : « ils ennuient les spectateurs », dit-il (888). Et cependant il a tenu à les conserver, « car ils ont quelque chose d'agréable et qui convient à la comédie ». Il est assez facile de comprendre ce qu'il veut dire. Les Athéniens ne goûtaient plus dans la comédie que les scènes d'action ; ils aimaient peu ces ensembles lyriques parfois très complexes qui les ravissaient au contraire trente ans plus tôt. Nous voyons par le Ptutus que la comédie tendait à devenir rapide et sèche ; le style même se rapprochait de plus en plus de la prose. Aristophane a certainement cherché à réagir contre ces tendances, et, dans une scène au moins, il a voulu que le lyrisme comique eût sa place. Ce lyrisme ne sera d'ailleurs pas de la même nature que celui de la Paix ou des Oiseaux. Les rythmes sont moins nets et moins purs ' : la tragédie et le dithyrambe ont tant innové en quelques années qu'il règne une certaine confusion dans cette partie de l'art ; Euripide et Timothée ont donné l'exemple d'une richesse peu ordonnée et l'on ne peut plus composer en 392 comme en [\ 21 ou en l\\[\. Enfin le style même de ces chants n'a plus l'aisance et la clarté d'autrefois ; il est contourné, tendu et obscur.
1. Cf. p. i58, n. 1. — Notez aussi le goût des demi -correspondances, c'est-à-dire des strophes qui paraissent se répondre et présentent cependant des différences très sensibles; ainsi 898-899 et 900-905, dont le rythme général est le même; ainsi 953-909 et 960-968, où les débuts et les fins de strophe sont identiques.
i58 l'assemblée des femmes
La vieille1 commence par une strophe Irochaïque (893-899) : c'est un appel à l'amant désiré qui trouvera chez elle l'expérience du plaisir et la fidélité. La jeune fille ' répond par une strophe trochaïque (900- 9o5), d'une structure assez différente : elle fait l'éloge de la jeunesse qui, seule, donne la volupté. A la fin de la strophe, une injure lancée à la vieille provoque une réponse directe de celle-ci. Elle accable3 la jeune fille de souhaits burlesquement obscènes (906-911). Mais la jeune fille ne l'écoute plus : dans l'ardeur de son désir elle chante4 une monodie confuse et haletante (912-917). La vieille5 la raille grossièrement (918-920) ; lajeune fille 6 lui répond par un défi (921-923). — La scène s'achève par des trimètres. Les deux femmes se lancent invectives et menaces (92/1-937). Puis elles feignent de se retirer, mais restent en réalité dans l'embrasure de leur fenêtre, invisibles Tune à l'autre, toujours visibles du public.
A ce moment arrive un jeune homme légèrement pris de vin '. Il se dirige vers la maison de la jeune fille en chantonnant8 à mi-voix son espoir (938-9^1). Sur le même air, la vieille qui monologue à sa fenêtre lui prédit tout autre chose que ce qu'il espère (g/ii-g^S). Mais voici qu'elle a avancé un peu trop la tête : le jeune homme l'aperçoit. Aussitôt il cherche à se dérober à cette dangereuse surveillance : il se jette dans la ruelle. A ce même moment lajeune fille, pensant que la vieille a dû se retirer, se penche à sa fenêtre (946-901, trimètres iambiques). Elle chante9un chantd'appel (902-959) et le jeune homme10 lui répond (960-968) : les deux chants ont même début et même refrain : ils se correspondent à demi. Mais, encouragée par le silence de la
1 . Ce sont des tétrapodies, mais il n'y a point de catalexe à la fin de la strophe. L'anapeste remplace plusieurs fois le trochée aux pieds pairs. Je ne connais qu'un exemple d'une substitution de ce genre dans les autres comédies (Ois. 388).
2. La strophe est faite de deux périodes, chacune terminée par un phérécratien,
3. La strophe se compose de deux périodes rigoureusement égales: le rythme est trochaïque ; les deux clausules sont deux phérécratiens.
l\. Trochées, iambes, logaèdes. La scansion et le texte sont également incertains. 5. Le premier élément est peut-être trochaïque; le second est une tétrapodie iambique, le troisième un trimètre.
G. Logaèdes et choriambes.