‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 133 sur 142 · Retour de Plutus · texte numérisé non relu

Retour de Plutus

Intermède.

( 8o2-g58. Le Juste et le Sycopliantc.

\ Intermède.

( 959-1096. La vieille et son jeune amant.

Intermède.

( 1097-1170. Hermès.

^ Intermède.

f 1171-1207. Le prêtre de Zeus.

1308-1209. Exodos.

Il en est du Plutus comme de Y Assemblée. Si l'on n'en considère que superficiellement la structure, elle s'analyse sans trop de peine.

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Un prologue, une parodos, une scène épisodique, un âywv, un récit suivi d'une courte scène qui le complète et l'illustre, enfin deux groupes de tableaux parallèles, tout cela ne nous offre rien au premier abord de nouveau et d'inexplicable. Pourtant quelques détails extérieurs étonnent un peu : la parodos est suivie d'un intermède, une parodie de dithyrambe, qui est complètement en dehors de Faction et qui est même en désaccord avec le ton général de la pièce ; l'àywv est précédé d'une scène épisodique, agréable en elle-même, mais qui n'a point d'utilité pour la marche même de la comédie; enfin le récit qui forme le centre de la pièce est développé plus qu'il n'est d'usage. — Mais c'est surtout quand on cherche à pénétrer la pensée du poète, que l'incertitude de composition du Plutus se révèle. Interrogeons l'àyaiv qui, dans l'ancienne comédie, doit être le cœur de la pièce. Il présente déjà celte particularité fort choquante que la discussion y est soutenue par un personnage qui n'intervient dans la pièce que pour y jouer ce rôle et qui disparaît, dès qu'il l'a rempli. La pièce, telle qu'Aristophane l'avait commencée, ne comportait en effet aucun àywv. Le poète a voulu en avoir un cependant. Il a cherché de quel débat Plutus pouvait être l'occasion, et il n'a trouvé à opposer au dieu de la richesse qu'un personnage abstrait, Pauvreté, qu'il a très artificiellement créé et introduit de force dans son drame. Et, si l'on considère la marche même de la discussion, le désordre des idées apparaîtplus nettementencore. Chrémyle soutient la possibilitéet la moralité d'une répartition équitable des richesses ; Pauvreté répond en déplaçant la question et combat l'idée d'une répartition égale des biens. Ce paralogisme fausse tout le débat. Cependant l'ampleur qui est donnée au plaidoyer de Pauvreté, l'accent vigoureux de certains couplets semblent indiquer que le poète est avec elle. On s'attend donc à voir ses prédictions se réaliser et Aristophane, en une succession de tableaux comiques, suivant son habitude, nous montrer la misère des nouveaux riches se lamentant sur leur or inutile. Il n'en est rien : Aristophane n'a nullement pris pour lui la thèse de Pauvreté. Il nous montre au contraire des spectacles de nature à nous faire chanter la gloire de Plutus. L'homme de bien voit la richesse entrer sous son toit ; le sycophante est ruiné et bafoué. Chrémyle avait donc raison : Plutus est équitable et récompense les gens de bien. Mais ce nouveau thème

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est encore abandonné dès la scène suivante, car en quoi le jeune amant de la vieille est-il un juste qui a mérité la fortune ? Quel spectacle édifiant nous donne donc son insolence satisfaite ? Cette nouvelle scène est presque en contradiction avec la première. Et, d'autre part, prise en elle-même, elle est exquise, d'un charme alerte et vivant. Nous retrouvons donc ici ce que nous avions déjà observé dans Y Assemblée, le goût croissant du poète pour la petite comédie insérée dans une comédie plus vaste au sujet équivoque, à la marche incertaine. Mais, du moins, dans Y Assemblée ces petites comédies étaient en rapport direct avec le sujet : il faudrait beaucoup de complaisance pour en dire autant de celles du Plutus.

Le Plutas diffère donc profondément des autres comédies d'Aristophane. La pièce n'est faite ni pour soutenir une thèse du poète ni pour railler une thèse à la mode. Elle n'est pas davantage un tableau désintéressé et vivant de la réalité. Elle est une pure fantaisie. Mais les œuvres de fantaisie doivent être avant tout fantaisistes, c'est-àdire qu'elles n'existent qu'autant que la fantaisie y est vivante, gaie, poétique et sans cesse renouvelée. Or, ce n'est pas le cas du Plutus. L'allégorie y est froide ; le merveilleux s'y mêle d'un réalisme un peu vulgaire qui en souligne l'invraisemblance ; les personnages principaux ne sont que des types de comédie connus et insignifiants, dont les plaisanteries sont souvent conventionnelles ; le style enfin est toujours élégant et clair, mais un peu sec et très voisin de la prose. Ce n'est pas seulement le poète qui a vieilli, c'est aussi son art. L'ancienne comédie attique est morte et les cadres mêmes qui la composaient ne sont plus que des formes vides qu'on utilise encore par pure habitude, mais qui n'en font que mieux ressortir la nouveauté de la matière comique qu'on y fait entrer.

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