LA STRUCTURE TYPIQUE DE LA COMEDIE ANCIENNE
une longue Cérémonie burlesque qui, si elle était moins développée, serait assez analogue à la conclusion de certaines pièces d'Aristophane.
On voit maintenant combien il est inexact de dire qu'une comédie grecque est composée, sur le modèle d'une tragédie, d'une série d'épisodes répartis entre des tnxsiya. La réalité est toute différente: une comédie grecque est composée :
1) D'un prologue, en trimètres, dans lequel on peut reconnaître trois éléments essentiels : une parade, un boniment, une scène qui réalise le thème et engage Y action.
2) D'une parodos, le plus souvent en tétrametres trochaïques, avec apparition successive de deux demi-chœurs.
3) D'une scène de bataille qui peut avoir soit la forme d'un âywv, soit celle d'une scène à renversement, soit une forme plus complexe.
4) D'une joute dialectique ou ôrfw, de structure très précise.
5) D'une scène en trimètres servant de trait d'union entre les deux parties de la pièce.
6) De la parabase.
Ces premières parties forment un tout compact et serré, que n'interrompt jamais un ordwtjiov. C'est vraiment là la partie essentielle et originale de la comédie. — Après la parabase commence une série de scènes groupées suivant divers procédés et séparées par des (Tcdtj'.;j.a qui sont le plus souvent des chansons satiriques. — Enfin la pièce se termine par une sortie bruyante du chœur qui s'accompagne de danses et de chants.
Ainsi posées, ces règles de composition paraîtront au premier abord bien peu fondées et souvent contredites par la réalité. Avec de très légères restrictions, elles sont vraies pourtant et il suffira pour les vérifier de réfléchir un instant aux trois lois suivantes, à laquelle il n'est point d'exception dans toutes les comédies grecques que nous possédons :
i° Il n'y a jamais de yzzv/.it dans la première partie d'une comédie.
20 On ne trouve pas de tétrametres en dehors des parodoi, des scènes de bataille, des iywvs; et des parabases.
I78 LA STRUCTURE TYPTQl F. DE LA COMÉDIE ANCIENNE
3° Toute scène comique qui n'est ni une parodos ni une scène de bataille ni un àywv ni une parabase, est écrite en trimètres iarnbiques1.
Ces trois lois prouvent de façon évidente que la comédie telle qu'elle existait à la fin du v" siècle était composée d'un ancien noyau de scènes en tétramètres qui se retrouvent encore enchaînées rigoureusement les unes aux autres dans la première partie d'une comédie et auquel sont venues s'ajouter des scènes épisodiques en trimètres qui n'ayant point de lien intime entre elles ont été groupées dès lors autour de chants du chœur étrangers à l'action, véritables intermèdes, analogues aux atàaiiiz. qui, dans la tragédie, séparent les épisodes les uns des autres. Entre les scènes mêmes de la première partie vinrent aussi s'intercaler des scènes en trimètres qui leur servirent d'introductions et auxquelles on accorda une certaine liberté de développement. On se servit aussi des trimètres pour construire de courtes scènes de transition entre les deux parties de la comédie. La scène en trimètres n'est jamais isolée dans la comédie grecque ; elle fait toujours partie d'un groupe symétrique de scènes iarnbiques ou bien elle sert soit de prologue soit de conclusion à des scènes en tétramètres.
Si ces remarques sont justes nous pouvons peut-être faire sur les origines de la comédie des hypothèses plus précises et plus vraisemblables qu'on ne le fait généralement. De ces divers éléments qui composent une comédie, quels sont les plus anciens ? Il est évident que ce sont ceux dans lesquels le chœur joue le principal rôle, c'est-à-dire la parodos et la bataille. Je ne doute pas qu'il ne faille accepter la tradition qui fait sortir la comédie du •/.wp.oç. Une troupe de fête, excitée par le vin, qui se répand à travers les rues d'une ville est naturellement provocante. Elle chante des chansons satiriques, elle interpelle les passants. Mais que parmi ces passants se trouve un homme d'esprit vif et de langue prompte, il répond aux plaisanteries et lance des traits
1 . Il faut toujours faire une exception naturellement pour les vers qui accompagnent un jeu de scène: ainsi, à la un des Cavaliers, l'apparition d'Agoracrile invitant le public à la prière sera accompagnée de quelques tétramètres anapestiques ; dans la Paix, l'ascension de Trygée au ciel sera décrite par un système anapestique. Partout aussi pourront intervenir des monodies ou des ensembles lyriques imités de la tragédie; mais jamais l'ensemble d'une scène ne sera écrit en un mètre autre que le trirhètre iambiquc.